Assainissement de Kinshasa : des « bâtisseurs » attaqués, un encadre blessé au lendemain de la visite de Tshisekedi
Assainissement de Kinshasa : des « bâtisseurs » attaqués, un encadre blessé au lendemain de la visite de Tshisekedi
AFP
Au lendemain de la visite présidentielle, l’opération d’assainissement de Kinshasa a viré à l’affrontement. Un commandant du Service national encadrant les « bâtisseurs de la nation » a été agressé et blessé, selon un communiqué de la Task force présidentielle chargée de la salubrité, diffusé samedi 18 juillet par l’Agence congolaise de presse. La veille, le 17 juillet, Félix Tshisekedi était venu constater sur le terrain, dans le district de la Tshangu, le travail de ces ex-délinquants urbains rééduqués et déployés pour nettoyer la capitale.
Le communiqué désigne des « fauteurs de troubles ». « Au lendemain de la visite du président Félix Tshisekedi, venu constater le travail des bâtisseurs, un commandant du Service national a été agressé et blessé par un groupe de fauteurs de troubles, des personnes mal intentionnées, habituées aux désordres, au marché pirate et au mauvais stationnement », y lit-on. La Task force impute donc l’attaque à des individus dont les commerces sauvages et les stationnements anarchiques sont visés par l’opération, et non à un mouvement de riverains.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et des témoignages concordants situent les violences à Masina, dans le Quartier 3, et au pont Matete, deux points de l’est de Kinshasa. Selon ces sources, les équipes d’assainissement ont été prises pour cible par des jeunes armés de pierres, de machettes et de bâtons, et un encadreur a été grièvement blessé à la tête. BETO n’a pas pu authentifier de manière indépendante ces images ni établir un bilan précis, que le communiqué officiel ne détaille pas non plus.
Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national et de la Task force, a condamné ces violences et réaffirmé le caractère « apolitique » des bâtisseurs, dont « la seule mission est l’assainissement de la ville ». Cette insistance sur la neutralité du dispositif n’est pas neutre elle-même. Elle intervient à quatre jours de la marche de l’opposition prévue le 22 juillet, dans un climat où toute agitation de rue peut être lue à travers ce prisme.
L’incident s’inscrit dans une série de frictions que BETO a déjà documentées. Dès le lancement des travaux, mi-juillet, des vendeuses de Masina dénonçaient l’usage du fouet par les bâtisseurs et réclamaient des espaces de vente aménagés. Le 17 juillet, le jour même de la visite présidentielle, Kasongo Kabwik avait publiquement recadré ses hommes, leur interdisant de « tracasser la population », de fouetter ou d’arrêter qui que ce soit, et menaçant de sanctions les récalcitrants. Vitrine et tension coexistent depuis le premier jour de cette opération, saluée par les uns comme un retour de l’ordre, contestée par les autres comme une méthode brutale.
Il faut ici s’en tenir à ce qui est établi et attribuer le reste. La version officielle est celle de la Task force, qui se présente en victime d’individus hostiles à l’assainissement. La version de terrain, portée par des images non encore vérifiées, décrit une confrontation dont les origines restent à éclaircir. Aucune source indépendante n’a permis, à ce stade, de dire qui a déclenché les violences, ni si elles répondent à un différend local, à une provocation ou à une agression gratuite. La Task force n’a pas annoncé de plainte ni de bilan consolidé.
Ce que l’incident confirme, c’est que le déploiement de plusieurs centaines d’anciens kulunas dans les rues de Kinshasa ne se fait pas sans heurts. Entre l’image d’une capitale nettoyée que le pouvoir met en avant et la réalité d’un rapport de force quotidien avec une population qui n’a pas été consultée, la marge est étroite. Un encadreur blessé le samedi, au lendemain des félicitations présidentielles, en est le rappel le plus net.
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