Bunia : quatre incendies en deux semaines pour un seul camion en état de marche
Au moins quatre incendies ont ravagé des habitations et un commerce à Bunia en deux semaines. La ville, qui compte une cinquantaine de stations-service, dispose d’un seul véhicule anti-incendie opérationnel, acquis par des opérateurs économiques.
Photos des manifestations des femmes veuves militaires déplacées de guerre de Goma à Beni. (Droit tiers)
AFP
Au moins quatre incendies ont été enregistrés dans différents quartiers de Bunia en l’espace de deux semaines. Le dernier a détruit une maison d’habitation située près d’un restaurant-bar, au quartier Hoho. Les autres ont touché des habitations et un commerce proche du marché central, selon les constats restitués le 19 août 2026 par Radio Okapi. La ville dispose d’un seul véhicule anti-incendie opérationnel.
Le chef-lieu de l’Ituri compte une cinquantaine de stations-service, dont certaines sont séparées de quelques centaines de mètres seulement. Trois causes reviennent dans les constats : la mauvaise manipulation de cigarettes, des installations électriques défectueuses et des dysfonctionnements de panneaux solaires. La même restitution fait état de délais d’intervention souvent jugés trop longs et d’habitants qui demandent aux autorités provinciales de doter chacune des communes de la ville d’un camion anti-incendie et de renforcer les capacités des services de secours.
Un camion acquis par des opérateurs économiques, vingt policiers formés en trente jours
L’engin unique de la ville n’a pas été acquis sur fonds publics. « Depuis des années, la ville de Bunia, en province de l’Ituri, ne comptait que sur la MONUSCO pour éteindre le feu en cas d’incendie », rappelle la Mission des Nations unies dans un compte rendu publié le 20 octobre 2023. Le camion a été acheté par des opérateurs économiques locaux, puis confié à la gestion du maire.
Restait à trouver des servants. « Lorsque nous avons reçu cet engin, on ne pouvait pas l’utiliser dans l’immédiat. Il fallait un personnel formé et on s’est naturellement tourné vers la MONUSCO qui dispose déjà d’une unité anti-incendie et elle a accepté », a indiqué Jean-Bosco Mbuyi Kola, maire de Bunia. Vingt policiers de l’unité de protection civile de la Police nationale congolaise, dont cinq femmes, ont suivi trente jours de cours théoriques et pratiques dispensés par l’unité anti-incendie de la section Aviation de la Mission. « On nous a aussi appris comment maîtriser le feu. On n’aborde pas un incendie sans réfléchir. Il faut d’abord en déterminer le type, ce que j’ignorais », a déclaré l’un des lauréats, Peter Ramazani. Radio Okapi avait pour sa part dénombré dix-huit policiers formés en cinq semaines, un mois plus tôt.
Six morts en février 2023 dans une station-service du quartier Yambi Yaya
Le précédent le plus lourd documenté dans la ville remonte au vendredi 24 février 2023. « A ce jour nous avons enregistré six morts dont deux Somaliens, un Kényan, deux Congolais. Parmi les deux Congolais, un a été complètement calciné et inhumé samedi. Cinq autres ont été blessés au troisième degré », a déclaré à l’ACP le commissaire supérieur Gérard Abeli Mwangu, commandant urbain de la Police nationale congolaise à Bunia. Un camion-citerne, une voiture, une moto, trois pompes de carburant, un hangar et deux groupes électrogènes avaient été détruits ou endommagés. Un ressortissant somalien est mort pendant son évacuation vers Kampala, deux autres blessés ont succombé à l’aéroport de Bunia avant de pouvoir être évacués.
En décembre 2021, une société installée dans la ville, Alinoti Logistics and Safety Fire, proposait extincteurs à poudre ABC, à eau pulvérisée et à dioxyde de carbone, détecteurs autonomes de fumée et couvertures anti-feu. Le directeur provincial de la protection civile recommande aux ménages, aux commerces et aux stations-service de se doter d’extincteurs afin de maîtriser rapidement tout début d’incendie, rapporte Radio Okapi.
De 236 011 à plus d’un million : une population que les sources ne recoupent pas
Le dimensionnement du service se heurte à l’absence d’un chiffre de population partagé. Les projections d’OCHA pour 2024 donnent 236 011 personnes dans la zone de santé de Bunia et 118 009 dans celle de Rwampara. UN-Habitat relevait 234 089 habitants sur 576 kilomètres carrés lors de son étude de profil urbain, conduite à partir de juillet 2004, pour une ville alors organisée en trois communes et douze quartiers. Radio Okapi évoque une ville de plus d’un million d’habitants.
L’écart tient pour partie au déplacement. En janvier 2026, OCHA recensait plus de 922 000 déplacés internes en Ituri, dont près de 32 000 nouveaux depuis le début de l’année, et attribuait plus de 98 % de ces mouvements aux attaques et affrontements armés. Les femmes représentent 51 % de cette population. Près de 902 000 retours ont par ailleurs été enregistrés en dix-huit mois, dont 54 % dans le territoire de Djugu.
La doctrine du service, elle, est posée depuis 2022. « La protection et la sécurité relèvent du gouvernement, les partenaires ne venant qu’en appui », déclarait Robert Ndjalonga Dz’ro, coordonnateur provincial de la protection civile en Ituri, lors d’une réunion d’évaluation des mécanismes de protection civile tenue à Bunia. Lors de plusieurs interventions récentes, les véhicules anti-incendie de la MONUSCO ont permis de limiter l’ampleur des dégâts, rapporte Radio Okapi.
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