Faits divers Bunia : un seul camion anti-incendie, et aucun décompte public des incendies de la ville
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Bunia : un seul camion anti-incendie, et aucun décompte public des incendies de la ville

Bunia ne dispose que d'un seul camion anti-incendie opérationnel, jugé insuffisant, selon Radio Okapi le 19 août 2026. La radio y rapporte au moins quatre incendies en deux semaines dans différents quartiers de la ville.

BUNIA, REP.DEM.CONGO 07/juin/2003 Des miliciens Hemas tentent de repousser les assaillants Lendus du centre ville. Vue depuis le camp de réfugiés de la MONUC. PHOTOS PATRICK ROBERT CORBIS SYGMA
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 21:29 WAT · 9 min de lecture

Bunia ne dispose que d’un seul camion anti-incendie opérationnel, jugé insuffisant, selon Radio Okapi le 19 août 2026. La radio y rapporte au moins quatre incendies en deux semaines dans différents quartiers de la ville, le dernier dans une maison d’habitation proche d’un restaurant-bar au quartier Hoho, les autres dans des habitations et dans un commerce voisin du marché central.

Le camion a été offert par des opérateurs économiques de l’Ituri et sa gestion confiée au maire. En septembre 2023, dix-huit policiers, dont cinq femmes, ont achevé cinq semaines de formation au métier de sapeur-pompier, dispensée par l’unité anti-incendie de la section aviation de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo. En octobre 2023, la mission énumérait ce dont la ville devait encore se doter : une caserne de pompiers, des points d’eau dédiés au remplissage des engins, une ligne d’alerte ouverte en permanence, des échelles et des tenues adaptées. Un membre de sa section aviation, Jean-Marie Tshibuabua, déclarait alors que « la ville de Bunia est devenue autonome et n’aura ainsi plus besoin, dorénavant, de compter ni de recourir à la Mission comme c’était le cas avant ».

En novembre 2024, quand l’orphelinat La Compassion, au quartier Lengabo, a brûlé entièrement, toit, murs, berceaux, matelas et dortoirs, son responsable Gael Sivirwa décrivait à Radio Okapi les secours reçus : quelques extincteurs de la mairie, et le camion anti-incendie de la mission onusienne. Sur ce dernier, il ajoutait : « Ça nous a beaucoup aidé. N’eut-été cela, même les bâtiments voisins auraient été atteints. » Sur les enfants : « Nous avons 73 enfants, seulement 12 étaient restés à la maison. Ils étaient sauvés grâce à l’intervention des voisins. Le reste des enfants étaient à l’école, et c’était ça notre chance. »

Beni compte ses incendies, Lubumbashi les ventile par commune

Aucune institution ne publie le nombre d’incendies de Bunia, ni pour 2026, ni pour les années précédentes. Ni la coordination provinciale de la protection civile de l’Ituri, ni la mairie, ni le commissariat provincial de la police nationale, ni le gouvernorat n’en publient. Les incendies de la ville ne sont connus qu’un par un, quand ils font l’objet d’un compte rendu séparé. Sollicités, la coordination provinciale de la protection civile et le maire de Bunia n’ont pas répondu.

D’autres villes en publient. À Beni, le coordonnateur urbain de la protection civile, Jean Paul Kapitula, déclarait à l’Agence congolaise de presse le 27 avril 2026 : « Cette année 2026, depuis le mois de janvier jusque fin mars, nous avons identifié plus de vingt cas d’incendie. » Il décrivait le même jour les moyens de sa ville : « Malheureusement nous n’avons pas de moyen de réponse aux incendies. Nous nous limitons à la sensibilisation, à la vulgarisation des textes mais nous n’avons pas de capacités de réponses. C’est-à-dire on n’a pas de camion anti incendie moins encore des extincteurs. »

À Lubumbashi, la brigade anti-incendie de la ville a compté 154 cas en 2025, contre 179 en 2024. Son commandant, David Dibu Lwanaut-a-Karl, en ventilait la répartition à l’Agence congolaise de presse le 1er mars 2026 : « Pour les sept communes, la commune de Lubumbashi est sortie championne avec 45% de cas d’incendies à elle seule, la commune de Kampemba vient en deuxième position avec 20 % et les cinq communes se partagent le reste. » Il décrivait aussi son organisation : « Nous travaillons 24h/24 et le maire intérimaire Joyce Tunda prend toujours de dispositions pour que le camion anti-incendie soit chargé en carburant chaque fois qu’il faut intervenir. »

La seule statistique qui touche Bunia vient de la mission onusienne. Sur vingt-deux cas traités par son unité anti-incendie dans le pays entre janvier et septembre 2025, Goma en compte quatorze, Kinshasa sept, et Bunia un, « touchant une propriété privée ».

Un service public créé en février 2024, absent du budget de 2026

L’architecture juridique existe. La Constitution du 18 février 2006 range la protection civile et les calamités naturelles parmi les matières de compétence concurrente du pouvoir central et des provinces, aux points 12 et 14 de son article 203. La loi organique n° 08/016 du 7 octobre 2008 place « l’organisation et la gestion d’un service anti-incendie » parmi les matières d’intérêt urbain sur lesquelles délibère le conseil urbain, à son article 11 point 10, et « l’organisation et la gestion d’un service de secours et des premiers soins aux populations de la commune » parmi les matières d’intérêt communal, à son article 50 point 10.

Le 12 février 2024, trois décrets ont refondu le dispositif. Le décret n° 24/02 crée un service public doté de l’autonomie administrative et financière, la Direction générale de secours et d’incendie, placée sous l’autorité directe du ministre ayant la protection civile dans ses attributions. Son article 4 dispose que « La DGSI a pour objet la prévention, la protection et la lutte contre les incendies. » Son article 3 prévoit des directions provinciales, des divisions urbaines et des antennes municipales, et crée en son sein un corps de sapeurs-pompiers. Son article 22 précise que, en attendant la mise en place effective par les villes et communes des services prévus par la loi organique de 2008, la direction générale « assure les services précités dans ces entités ». Le décret n° 24/01 du même jour a abrogé le Conseil de protection civile institué en 1996, et met à la charge du trésor public, à son article 24, les frais d’acquisition du matériel de sauvetage du service public chargé de la lutte contre les incendies.

La loi de finances n° 25/060 du 29 décembre 2025 pour l’exercice 2026 ne comporte aucun chapitre au nom de la Direction générale de secours et d’incendie, ni du corps des sapeurs-pompiers. Elle dote en revanche un chapitre 25206 « Conseil de Protection Civile » de 231 612 911 francs congolais, répartis en six rubriques, dont 61 208 641 francs de frais de mission à l’intérieur et 23 883 024 francs de titres de voyage, sans aucune ligne d’équipement ni d’acquisition de véhicules. Sa synthèse par fonctions porte une sous-fonction 03200 « Service de protection civile » dotée de 296 323 850 531 francs congolais, soit 0,61 % du budget. Elle porte une rubrique 263044 « Sinistres et calamités liés aux catastrophes naturelles » de 123 350 000 000 francs, un chapitre 70204 d’assistance aux victimes des catastrophes naturelles de 634 395 912 francs, un chapitre 70303 de caisse de solidarité nationale et de gestion humanitaire des catastrophes de 754 178 831 et 3 319 070 956 francs, et un chapitre 84210 de direction de la prévention des risques et des catastrophes de 144 871 974 francs.

Dans le compte rendu du quarantième Conseil des ministres, publié par l’Agence congolaise de presse le 21 avril 2025, le vice-Premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani énumérait parmi les décisions prises « l’Opérationnalisation urgente de la Direction Générale des Secours et Incendies (DGSI) et du Corps des sapeurs-pompiers, la mise en œuvre rapide du Plan opérationnel de gestion des catastrophes, le curage des rivières, collecteurs et caniveaux ». Dans la nomenclature par programmes du projet de loi de finances déposé en septembre 2025, l’action 233 « Coordination de la gestion des catastrophes » était dotée de 454 078 849 francs congolais, soit environ 156 600 dollars au taux moyen de 2 900,3 francs pour un dollar retenu par ce projet.

L’Ituri sous état de siège depuis mai 2021

L’assemblée provinciale de l’Ituri ne siège pas et l’exécutif est militaire. Aucun édit budgétaire provincial n’est publié en ligne, et l’administration a continué d’exécuter l’édit n° 20/02 du 31 décembre 2020 portant budget de l’exercice 2021.

Le projet de loi de finances pour 2026 attribue à la province 203 076 879 230 francs congolais au titre du transfert de 40 % des recettes à caractère national, soit 2,54 % de l’enveloppe nationale, contre 241 447 505 736 francs en loi de finances initiale pour 2025 et 166 689 056 919 francs dans la loi rectificative de la même année. Le fonds de péréquation lui alloue 74 712 706 394 francs. La ligne du programme de développement local pour l’Ituri, 29 664 102 930 francs, se répartit entre les cinq territoires d’Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa. Ce programme, intitulé Programme du développement local, 145 territoires, ne finance que des territoires : aucune ville du pays n’y figure.

Kinshasa a engagé un équipement. Le commandant des sapeurs-pompiers de la capitale, Mugiama Kangafu, déclarait à l’Agence congolaise de presse le 7 novembre 2025 : « Dans le cadre du projet de constitution de la caserne des sapeurs-pompiers à Kinshasa, il est prévu l’achat de 25 camions anti-incendie. La commande a déjà été passée. Nous n’attendons plus la livraison. » Il ajoutait sur la charge de fonctionnement : « Il nous faudra former une centaine d’autres pompiers pour appuyer ceux qui travaillent déjà. Cela va nécessiter aussi des moyens financiers pour les nourrir et du carburant en permanence parce qu’une seule peut prendre cinq à six heures pendant lesquelles le moteur du véhicule tourne en continu. »

Six morts dans une station-service en 2023, cinq commerces en planches en 2024

Les sinistres documentés à Bunia donnent la mesure de ce que la ville affronte. Le vendredi 24 février 2023, l’incendie d’une station-service au quartier Yambi Yaya a fait quatre morts selon le premier bilan du commandant urbain de la police nationale, le commissaire supérieur Gérard Abeli Mwangu, puis six selon le bilan qu’il donnait le lendemain à l’Agence congolaise de presse : « A ce jour nous avons enregistré six morts dont deux Somaliens, un Kényan, deux Congolais. Parmi les deux Congolais, un a été complètement calciné et inhumé samedi. Cinq autres ont été blessés au troisième degré. » Le feu avait incendié un camion-citerne et une voiture, et fortement endommagé un bâtiment en dur, trois pompes, un hangar et deux groupes électrogènes. La police des mines et hydrocarbures a protégé le site jusqu’à la fin des enquêtes.

Dans la nuit du 27 au 28 février 2024, au quartier Hoho, au moins cinq maisons de commerce construites en planches ont brûlé avec leurs marchandises, dont des téléphones portables et des ordinateurs. Radio Okapi donne l’incendie pour « d’origine criminel » et l’œuvre d’un groupe de bandits armés. La même rédaction rapporte que les patrouilles de police sont intervenues tardivement et sans résultat, et que les habitants ont déploré l’absence d’un véhicule anti-incendie.

Radio Okapi donne une cinquantaine de stations-service dans la ville, sans en nommer la source. La ville compte une entreprise privée, Alinoti logistics and safety fire, qui vend extincteurs, détecteurs de fumée et couvertures anti-feu et en assure la maintenance, sans capacité d’intervention. Le camion municipal, attesté en septembre 2023 et en août 2026, est donné pour absent par les habitants lors de l’incendie de février 2024 et n’apparaît pas dans le compte rendu de celui de l’orphelinat en novembre de la même année.

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B
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