Faits divers Bukavu : le centre artisanal brûle pour la quatrième fois depuis 2018, dans une ville bâtie pour 300 000 habitants
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Bukavu : le centre artisanal brûle pour la quatrième fois depuis 2018, dans une ville bâtie pour 300 000 habitants

Le 13 août au soir, avenue Industrielle à Bukavu, le centre de la Confédération du monde de l'artisanat a brûlé. Soixante-quatre ateliers détruits, les outils de près de trois cents artisans, plus de 700 000 dollars de pertes selon les responsables du centre.

Bukavu : le centre artisanal brûle pour la quatrième fois depuis 2018, dans une ville bâtie pour 300 000 habitants
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 02:48 WAT · 7 min de lecture

Le 13 août au soir, avenue Industrielle à Bukavu, le centre de la Confédération du monde de l’artisanat a brûlé. Soixante-quatre ateliers détruits, les outils de près de trois cents artisans, plus de 700 000 dollars de pertes selon les responsables du centre. C’était le quatrième incendie à frapper ce centre depuis 2018. Le responsable, Bwami Dieudonné, a décrit les dégâts devant Radio Okapi le lendemain : « Nous avons tout perdu. Nos ateliers sont entièrement calcinés. Nous encadrons des enfants en situation de rue, des filles, des femmes et plusieurs autres catégories de personnes vulnérables. Nous demandons aux autorités provinciales et nationales de nous venir en aide. »

Le 26 juillet, avenue Kisangula dans le quartier Chahi, un incendie avait laissé plus de cent ménages sans toit, avec des équipes de pompiers arrivées tardivement. Le président de la société civile du quartier, Shukuru Lwekyya, décrivait alors devant la même antenne ce qui suit un sinistre : « Nous condamnons également les personnes qui se rendent sur le lieu de l’incendie avec des balances pour acheter des mabendes, ferrailles ou objets récupérés auprès des victimes. Ce comportement est inhumain, porte atteinte à la dignité des familles sinistrées et aggrave leur souffrance au lieu de leur apporter assistance et solidarité. »

Une ville bâtie pour 300 000 habitants, projetée à 1 096 141

La ville de Bukavu compte trois zones de santé dont la population est projetée pour 2024 à 516 239 habitants pour Ibanda, 420 950 pour Kadutu et 158 952 pour Bagira, soit 1 096 141 personnes selon les données de projection compilées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies. Sa surface, elle, n’a pratiquement pas bougé. Une étude exploratoire de l’African Cities Research Consortium publiée en 2021 en donne la mesure : « La ville a attiré les colons et s’est progressivement étendue, passant de 3 km² à 58,26 km² à la veille de l’indépendance. Sa superficie ne s’est pas beaucoup agrandie depuis l’indépendance. » Le même document ajoute que « la ville de Bukavu a été construite pour une population de 300 000 habitants, mais celle-ci a quadruplé sans la mise en œuvre d’une stratégie de planification efficace », et que l’une des conséquences de cette densification « a été l’empiètement sur la plupart des espaces verts et inoccupés de la ville ».

Rapportée à ces deux chiffres, la densité moyenne de la ville avoisine 18 800 habitants au kilomètre carré, sur la base d’une projection de population de 2024 et d’une surface mesurée avant l’indépendance.

La province, elle, a changé de composition. Au 31 mai 2026, le Sud-Kivu comptait 1,59 million de personnes déplacées internes et 1,66 million de retournées, selon le rapport de situation du Bureau de la coordination des affaires humanitaires. Ce même bureau décrivait en janvier, à propos des déplacés du territoire de Fizi, la manière dont ces mouvements se logent dans le bâti existant : « Les personnes déplacées ont trouvé refuge principalement au sein de familles d’accueil, souvent dans des conditions de forte promiscuité. »

Le matériau, et l’argent qui ne vient pas pour le remplacer

Le plan de réponse humanitaire pour la RDC publié en janvier 2026 pointe le verrou en amont de la reconstruction : « Dans le Sud-Kivu, plus de 65 % des ménages retournés déclarent ne pas avoir accès à des matériaux de construction, ce qui fragilise leur processus de relèvement et/ou de réinstallation. »

Le secteur qui devrait prendre en charge un ménage dont la maison a brûlé figure parmi ceux dont les moyens ont le plus reculé. Le même document est explicite : « Les secteurs Coordination et Gestion des Camps (CCCM) et Abris et articles ménagers essentiels (AME) figurent parmi les plus durement touchés, avec une baisse de financement de 96 % et 52 % respectivement. » Il chiffre à environ 73 % la baisse des financements du secteur eau, hygiène et assainissement. Pour 2026, 3,4 millions de personnes sont estimées avoir besoin d’un abri ou d’articles ménagers essentiels en RDC, 1,1 million sont ciblées, et le besoin de financement s’établit à 67,9 millions de dollars.

Un camion à faible capacité en 2020, un second remis par la MONUSCO

L’état de départ du dispositif de lutte est documenté par la MONUSCO. En octobre 2020, en remettant un camion anti-incendie à la mairie de Bukavu, la mission écrivait : « Le camion anti-incendie va fortement contribuer à la lutte contre les fréquents incendies dans les trois communes de la ville de Bukavu, jusque-là assurée par un seul camion à faible capacité. Durant les deux dernières années, une centaine de personnes ont trouvé la mort par suite d’incendies, et des milliers d’habitations sont parties en fumée. »

Un dispositif dédié a été mis en place en juillet 2026. L’ONG AFEDEM, avec l’appui du bailleur Start Network, a formé pendant deux jours soixante relais communautaires de la zone de santé d’Ibanda, dans le cadre d’un projet intitulé « Réponse Incendie Bukavu ».

À Beni, au Nord-Kivu, quinze sinistres ont été enregistrés depuis le début de l’année 2026, et le coordonnateur de la Protection civile, Jean-Paul Kapitula, y résumait le 5 août devant Radio Okapi la dépendance qui en résulte : « Nous continuons à plaider pour que la ville de Beni soit dotée d’un camion anti-incendie. Cela devient presque gênant de toujours faire appel à la MONUSCO, alors que ses véhicules sont destinés à sécuriser l’aéroport. »

Ce qui n’est pas compté

Il n’existe pas de décompte officiel des incendies domestiques du Sud-Kivu. Les rapports de situation du Bureau de la coordination des affaires humanitaires consacrés à la province n’en font pas mention, et aucun mécanisme public d’indemnisation ou de relogement des sinistrés d’incendie n’y figure.

Une note de plaidoyer adressée au président de la République par l’organisation citoyenne BARAZA LA RAIYA, rendue publique le 17 août, avance un cumul de 1 857 maisons détruites et de plus de 15 000 personnes sans assistance pour les années 2024 à 2026, sur Bukavu et les territoires de Kabare, Kalehe et Mwenga, ainsi que plus de quinze décès sur la même période. Ces chiffres émanent de l’organisation et ne proviennent d’aucun décompte humanitaire ou administratif publié.

L’AFC/M23, vecteur de l’agression rwandaise, a pris le contrôle de Bukavu en février 2025, prise de contrôle actée par le plan de réponse humanitaire des Nations unies, qui recense également Goma et Uvira parmi les villes tombées. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires désigne ses interlocuteurs sur place comme les « autorités de facto à Bukavu ». Le même document note que l’avancée de l’AFC/M23 et la régionalisation du conflit ont rendu l’axe Bukavu-Uvira inaccessible aux acteurs humanitaires.

Au centre artisanal de l’avenue Industrielle, les trois cents artisans qui y travaillaient encadraient, selon leur responsable, des enfants en situation de rue et des femmes vulnérables. Le bâtiment avait déjà brûlé trois fois en huit ans.

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B
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