Marche de la C64 : le fiasco d’un pari politique sans stratégie
Mobilisation limitée à Kinshasa, cortèges dispersés, leaders attendus en vain : ce que la marche du 15 septembre révèle des faiblesses stratégiques de la C64.
Marche de la C64 : le fiasco d’un pari politique sans stratégie
AFP
Annoncée comme une démonstration nationale de force, la marche du 15 septembre n’a produit ni la mobilisation massive ni la pression politique espérées. Au-delà des incidents, cette journée révèle les faiblesses stratégiques de la C64.
La Coalition Article 64 avait fait du 15 septembre son jour de vérité. Après un ultimatum resté sans effet et plusieurs semaines de préparation, elle promettait une mobilisation nationale contre tout changement de la Constitution. Le résultat est loin de l’ambition affichée : à Kinshasa, les cortèges n’ont réuni que plusieurs centaines de personnes, dans une capitale où la coalition prétend pourtant incarner une large majorité populaire.
Les signes de faiblesse étaient visibles dès la matinée. À l’échangeur de Limete, des militants ont longtemps attendu l’arrivée de leurs dirigeants avant que la marche ne démarre. Dans plusieurs quartiers, la circulation et les activités sont restées normales. La capitale ne s’est ni arrêtée ni rangée derrière le mot d’ordre de l’opposition.
À Moulaert, un point de départ resté vide
Le constat de nos équipes au rond-point Moulaert, à Bandalungwa, est plus net encore. À 9 h 54, alors que le cortège devait s’y former, aucun manifestant de la C64 ne s’y trouvait et aucun responsable de la coalition ne s’était présenté. L’un des deux points de départ annoncés est resté vide.
Le contraste avec le dispositif de sécurité est frappant. À 14 h 19, le colonel Faustin Numbi, commandant adjoint de la police nationale dans la ville de Kinshasa, déclarait que trois quarts des effectifs policiers de la capitale avaient été déployés pour encadrer la journée.
Trois quarts d’une police de capitale, pour une place où personne n’est venu et une foule qui attendait ailleurs des chefs qui tardaient : le rapport de force annoncé s’est inversé en une matinée.
Des leaders nombreux, mais une rue clairsemée
La C64 rassemble pourtant plusieurs poids lourds de l’opposition : Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo. Sur le papier, cette addition de personnalités devait produire une démonstration impressionnante. Dans la rue, elle a surtout mesuré l’écart entre la notoriété des chefs et leur capacité à mobiliser ensemble.
Un mois de préparation, une journée désordonnée
Le revers est d’autant moins excusable que la coalition disposait d’un mois pour préparer l’échéance. Dès le 17 août, BETO avertissait que la crédibilité politique de la C64 se jouerait le 15 septembre.
Les organisateurs avaient annoncé plusieurs points de départ, une convergence vers le boulevard Triomphal et le dépôt d’un mémorandum. Le changement tardif du point de chute, l’attente prolongée des responsables et la progression désordonnée des cortèges ont brouillé le dispositif.
Les incidents n’effacent pas le déficit de mobilisation
Les heurts survenus à Limete ne peuvent pas transformer cette faiblesse numérique en victoire politique. Des manifestants s’y sont opposés à des militants favorables au pouvoir, entraînant l’intervention de la police, l’usage de gaz lacrymogènes et, selon des témoins cités par Reuters, des tirs de sommation.
Ces violences doivent être condamnées et les responsabilités établies. Elles ne sauraient toutefois expliquer à elles seules une journée déjà laborieuse avant les affrontements.
Une contestation sans débouché politique
En province, les interdictions, dispersions et interpellations ont limité l’expression de la contestation. Des rassemblements ont été empêchés à Matadi, Kananga, Kisangani et Lubumbashi, et aucune marche n’a eu lieu à Mbuji-Mayi. Ce contexte pèse, et il doit être pris en compte.
Il n’efface pas le problème central. Même à Kinshasa, où un accord avait été trouvé sur l’itinéraire, la coalition n’a pas démontré l’ancrage populaire qu’elle revendique.
Le fiasco du 15 septembre est donc moins celui d’une revendication que celui d’un choix politique mal construit. La C64 a voulu faire de la rue un référendum anticipé sur sa légitimité. Elle a obtenu une affluence limitée, une marche dispersée et des images dominées par les tensions. Aucun mémorandum spectaculaire, aucune occupation symbolique, aucune démonstration nationale décisive n’est venu couronner la journée.
La question que l’opposition devra trancher
Peut-elle continuer à lancer des mots d’ordre maximalistes sans organisation commune, sans discipline collective et sans présence coordonnée de ses dirigeants sur le terrain ?
À force d’annoncer des démonstrations de force qui n’en sont pas, la C64 risque d’offrir au pouvoir ce qu’elle voulait précisément lui retirer : l’image d’une opposition bruyante dans ses déclarations, mais encore incapable de transformer ses coalitions en puissance populaire.
Odon Bakumba, rédacteur en chef adjoint