Marché Sakombi: ce qu’il faut retenir du démontage des kiosques avant leur démolition
Une campagne lancée en mai 2025, des textes de 1973 et 1993, un édit provincial de 2023 jamais promulgué et trois autorités sur la même rue : ce qu'il faut retenir de la démolition du marché Sakombi.
Marché Sakombi: ce qu’il faut retenir du démontage des kiosques avant leur démolition
AFP
Les commerçants du marché Sakombi, dans la commune de Ngaliema à Kinshasa, ont commencé à démonter leurs kiosques. La brigade d’assainissement du Service national avait annoncé le dimanche 23 août 2026 la démolition des installations le long de l’avenue Mbeseke. Le mardi 25 août, les vendeurs récupéraient eux-mêmes tôles et planches, selon Radio Okapi. Le démontage volontaire est une pratique connue dans la capitale : il permet de sauver les matériaux avant le passage des engins, quand une démolition d’office ne laisse rien à récupérer.
Ce que la ville applique
L’opération n’est pas isolée. Elle applique une campagne lancée par un communiqué de l’Hôtel de ville le 8 mai 2025 sous le mot d’ordre « Bala bala eza Wenze te », la rue n’est pas un marché. Le principe invoqué est celui de l’emprise publique : les routes, trottoirs et espaces publics sont inaliénables et imprescriptibles, et nul ne peut s’y installer à titre privé. Les étals installés le long d’une avenue rétrécissent la chaussée, gênent l’écoulement des eaux et entretiennent les embouteillages, trois griefs constants de l’exécutif provincial.
Les bases légales que l’exécutif provincial invoque sont anciennes : l’ordonnance-loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, et l’arrêté interministériel n° 0021 du 29 octobre 1993. L’Assemblée provinciale de Kinshasa avait pourtant adopté le 5 octobre 2023, par trente-trois voix sur quarante-huit députés, un édit dédié à la protection des emprises, aires protégées et espaces publics, cinq chapitres et trente articles. Ce texte n’a jamais été promulgué, et les communiqués de démolition ne le citent pas.
Trois autorités sur la même rue
Le dispositif s’est empilé au fil des mois. La police d’assainissement a déclaré close la phase de sensibilisation le 22 avril 2026. Le 25 mai 2026, un communiqué du ministère provincial des Infrastructures ordonnait la libération immédiate des emprises autour du marché central, sous peine de démolition des étalages et de saisie des marchandises. Le 29 mai 2026, le Conseil des ministres créait une Task Force de salubrité pilotée par le commandant du Service national, dont dépend la brigade qui intervient à Ngaliema.
Le ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba, a résumé en août l’objectif poursuivi : « Le Gouverneur de la ville, Daniel Bumba, a voulu que nous mettions fin aux occupations des emprises publiques et que nous les nettoyions. C’est pour cela que nous allons placer des équipes de surveillance pour sanctionner ceux qui vont réoccuper ces places. »
Ce que la démolition ne règle pas
Le mot qui revient est celui de réoccupation, et il désigne la limite de l’exercice. Une vendeuse de Kinshasa l’a formulée sans détour : « Nous n’avons pas de marché pour vendre. Même si on nous chasse, nous reviendrons toujours parce que nous n’avons nulle part où aller. »
Le contentieux existe. La Coalition DESC a saisi la justice le 22 novembre 2025 contre l’Hôtel de ville après la démolition du site Funa, qui avait laissé plus de cent familles du quartier Boyoma sans logement.
À Sakombi, l’opération tombe à quelques jours de la rentrée scolaire, fixée au 1er septembre 2026, et c’est ce calendrier qui inquiète. « La rentrée scolaire n’est pas loin. Pour l’instant, je n’ai encore rien fait. Je me bats encore pour avoir quelque chose et préparer la rentrée de mes enfants », confie un commerçant à Radio Okapi. Tous ne contestent pas l’intervention : Éléphant Nzevu, président d’une association de taxis-motos, la soutient, au nom du dégagement de la voie publique. Aucun acte administratif fondant la démolition du 23 août n’a été rendu public, le nombre de vendeurs concernés n’est pas connu, et rien n’a été dit d’un site de relogement, d’une indemnisation ou d’un délai.
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