Politique La sécession du Katanga
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Politique

La sécession du Katanga

Onze jours. Le Congo n'a que onze jours d'indépendance lorsque, le 11 juillet 1960, à Élisabethville, Moïse Tshombe proclame l'État indépendant du Katanga.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Onze jours. Le Congo n’a que onze jours d’indépendance lorsque, le 11 juillet 1960, à Élisabethville, Moïse Tshombe proclame l’État indépendant du Katanga. La province la plus riche du pays, celle dont le cuivre et le cobalt font vivre les budgets, vient de se retirer de la République à peine née. Léopoldville perd d’un coup son poumon financier. Et le monde découvre que la décolonisation belge, vantée comme un modèle d’ordre, a accouché en quelques jours d’un État fracturé.

Le Katanga n’est pas une province comme les autres. Depuis 1906, l’Union minière du Haut-Katanga y exploite l’un des sous-sols les plus convoités de la planète. Autour de la mine s’est construite une société à part, avec ses villes, ses cadres, ses intérêts, et une méfiance ancienne envers le reste du pays. Quand Tshombe fait sécession, il ne le fait pas seul : derrière lui se tiennent des intérêts miniers qui craignent pour leurs avoirs, des conseillers et des militaires belges, et bientôt des mercenaires recrutés à l’étranger. La question de savoir qui, de l’homme politique katangais ou de ses parrains, a tenu la plume de cette sécession, reste l’un des débats que les historiens n’ont jamais tout à fait clos. Ce qui est établi, c’est que la nouvelle entité n’aurait pas tenu sans appuis extérieurs.

Pour le gouvernement de Lumumba, c’est une blessure double. Politique, parce qu’un pays ne peut pas naître amputé de sa province la plus stratégique. Financière, parce que les redevances du cuivre s’évaporent au moment précis où l’État a le plus besoin d’argent. Léopoldville demande l’intervention des Nations unies. Les Casques bleus arrivent, nombreux, mais leur mandat initial ne les autorise pas à briser la sécession par la force. Ce décalage entre la détresse congolaise et la prudence onusienne nourrit la colère de Lumumba et précipite la crise au sommet de l’État.

La sécession durera deux ans et demi. Elle s’achève en janvier 1963, après des opérations militaires de l’ONU au cours desquelles l’organisation paiera elle-même un prix lourd, jusqu’à la mort, en septembre 1961, de son secrétaire général Dag Hammarskjöld dans un accident d’avion près de Ndola, dont les circonstances font encore l’objet d’enquêtes. Le Katanga rentre dans le rang, mais le pays n’oubliera pas la leçon. La richesse minière, loin d’être une garantie d’unité, peut devenir un moteur de division quand des acteurs, dedans et dehors, ont intérêt à la capter.

C’est cette leçon qui donne à la sécession katangaise sa résonance actuelle. Le Congo a passé l’essentiel de son histoire à se demander à qui appartient son sous-sol, et qui en tire profit. La bataille du cuivre des années 1960 annonce celle de la Gécamines, puis celle du cobalt et des creuseurs du XXIe siècle, que cette série raconte plus loin. Le nom des minerais change, la question reste la même : comment un pays garde-t-il la maîtrise de ce que le monde lui envie ?

Soixante-six ans plus tard, la carte de la RDC porte encore la trace de ce moment. Le Katanga a été redécoupé, ses provinces rebaptisées, mais le Sud minier demeure le moteur économique d’un pays dont le centre du pouvoir est resté à l’Ouest, et dont l’Est s’embrase pour d’autres ressources. La tension entre les régions riches et l’État central, entre ce que produit le sol et ce qui revient aux Congolais, n’a jamais cessé. Elle s’est seulement déplacée. La sécession du Katanga fut le premier avertissement, et le pays n’a pas fini d’en tirer les conséquences.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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