Économie La zaïrianisation
Économie

La zaïrianisation

Le 30 novembre 1973, Mobutu prononce un discours qui va changer, en quelques mois, la vie économique de millions de Congolais. Au nom de la souveraineté, il annonce la zaïrianisation.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Le 30 novembre 1973, Mobutu prononce un discours qui va changer, en quelques mois, la vie économique de millions de Congolais. Au nom de la souveraineté, il annonce la zaïrianisation. Les commerces, les plantations, les petites et moyennes entreprises détenus par des étrangers, pour l’essentiel des Belges, des Grecs, des Portugais, des Asiatiques, seront transférés à des nationaux. Sur le papier, c’est l’aboutissement logique de l’authenticité : rendre aux Zaïrois ce que la colonisation avait mis dans les mains des autres. Dans les faits, ce sera l’une des plus grandes erreurs économiques de l’histoire du pays.

L’intention affichée séduit. Pourquoi un Zaïrois indépendant devrait-il rester employé dans le magasin d’un étranger, sur la terre de ses ancêtres ? La zaïrianisation promet de créer, d’un trait de plume, une bourgeoisie nationale, des patrons congolais, une économie enfin tenue par ses fils. Des milliers de biens changent de main. On les appelle les acquéreurs, ces Zaïrois qui reçoivent, parfois du jour au lendemain, une boutique, une ferme, une flotte de camions.

Mais une économie ne se décrète pas. Beaucoup d’acquéreurs sont choisis pour leur proximité avec le pouvoir, non pour leur expérience. Certains gèrent leurs nouveaux biens en bons entrepreneurs. D’autres pillent les stocks, revendent les machines, et abandonnent des entreprises qu’ils ne savent pas faire tourner. Les circuits d’approvisionnement, construits sur des années, se rompent. La production agricole chute, les rayons se vident, les emplois disparaissent. La mesure censée enrichir le pays l’appauvrit. Dès 1974 et 1975, le pouvoir tente de corriger le tir, par une phase dite de radicalisation, puis par une rétrocession partielle des biens à leurs anciens propriétaires, aveu d’échec à peine voilé.

Ce qui rend la zaïrianisation si instructive, c’est qu’elle réunit en un seul épisode les forces et les pièges de l’époque. La force, c’est la volonté légitime de décoloniser l’économie, de ne plus subir. Le piège, c’est la confusion entre la souveraineté et l’improvisation, entre la justice et le clientélisme. En distribuant les biens à ses fidèles, le régime a transformé une réforme nationale en machine à récompenser une clientèle. La souveraineté économique, vraie nécessité, a servi de prétexte à un partage du butin.

Les effets se sont fait sentir longtemps. La zaïrianisation a désorganisé des pans entiers du tissu productif, accéléré la fuite des compétences, et installé une méfiance durable des investisseurs. Elle a aussi ancré une idée toxique, celle que l’on peut s’enrichir par décision politique plutôt que par le travail et l’investissement. Cette culture de la rente, de l’accès aux biens par la proximité du pouvoir, a survécu bien au-delà de Mobutu.

Soixante-six ans après l’indépendance, la leçon reste d’une brûlante actualité, à l’heure où le Congo débat à nouveau de la place des étrangers dans son économie, du contenu local dans les mines, de la part qui doit revenir aux nationaux. La question posée en 1973 est toujours la bonne : comment faire en sorte que la richesse du pays bénéficie d’abord à ses habitants ? Mais la réponse de 1973 est un avertissement. La souveraineté économique se construit, par la formation, l’investissement, des règles stables et appliquées à tous. Elle ne se proclame pas dans un discours, et elle ne se confond jamais avec le partage des dépouilles entre amis du pouvoir.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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