Politique Dialogue en RDC : les lignes rouges que le pouvoir refuse de franchir
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Dialogue en RDC : les lignes rouges que le pouvoir refuse de franchir

Révision constitutionnelle, condition anti-Rwanda, amnistie, partage du pouvoir : depuis le 17 juillet, le pouvoir a fixé au dialogue national un périmètre de lignes rouges. Inventaire, et logique qui les tient.

Dialogue en RDC : les lignes rouges que le pouvoir refuse de franchir
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 JUILLET 2026 - 04:27 WAT · 5 min de lecture

Derrière le mot « inclusif », un périmètre. Depuis qu’il a annoncé, le 17 juillet, un dialogue national « inclusif, apaisé et résolument républicain », le pouvoir a moins décrit ce qu’il attend de ce rendez-vous que ce qu’il en exclut. Au fil des prises de parole de son porte-parole, Patrick Muyaya, un ensemble de lignes rouges s’est dessiné. Les énumérer, c’est lire en creux ce que le dialogue pourra être, et ce qu’il ne sera pas.

La première, la plus gardée, porte sur la Constitution. Interrogé sur une éventuelle révision, Patrick Muyaya a coupé court : « Cette question n’a jamais été examinée au sein du gouvernement. » La formule verrouille le sujet avant qu’il ne s’ouvre. Le calcul se lit : toute discussion sur la Loi fondamentale ramènerait au débat que le pouvoir veut éteindre, celui de la limitation des mandats et du soupçon d’un troisième bail présidentiel, qui a nourri les cortèges de l’opposition. En posant que le dialogue se tiendra « dans le respect de la Constitution », le chef de l’État en fait un cadre, pas un objet.

La deuxième ligne conditionne l’entrée. Pour être admis à la table, il faut, selon le gouvernement, avoir nommé l’agresseur. « Il faudrait que les Congolais qui viendront dans ces discussions n’aient pas d’ambiguïté ; qu’ils démontrent qu’ils coupent le lien avec celui qui est le bourreau, le Rwanda », a martelé le porte-parole, pour qui le dialogue doit « construire un front intérieur ». La logique a sa cohérence : l’agression rwandaise et le soutien de Kigali à l’AFC/M23 sont établis par les rapports des Nations unies, et le pouvoir entend éviter que la table ne devienne le procès de sa propre gestion de la guerre plutôt que celui de l’agresseur. Reste que le même critère, appliqué par une seule partie, sert aussi à écarter ceux qu’elle désigne comme « supplétifs ».

Viennent ensuite deux limites moins commentées, mais tout aussi fermes. La première touche à la justice. Le pouvoir n’entend pas faire du dialogue une fabrique d’amnisties : pas d’effacement des crimes commis, en particulier dans l’Est, pas de solde de tout compte judiciaire échangé contre une signature. Cette ligne heurte de plein fouet la « décrispation » que les Églises médiatrices ont évoquée, et les dossiers qu’elle recouvre, dont celui de l’ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par contumace et qui conteste ce verdict, ou celui de Corneille Nangaa, chef de l’AFC/M23. Entre décrispation et impunité, la frontière que le pouvoir trace est étroite.

La seconde de ces limites vise la nature même du rendez-vous. « Le dialogue ne sera ni un cadre de règlement d’intérêts particuliers ni une tribune pour des ambitions politiques », a prévenu Patrick Muyaya. La phrase congédie un précédent : celui de Sun City, en 2002, où la sortie de crise s’était réglée par un partage du pouvoir et la distribution de postes. Cette fois, le pouvoir refuse par avance que la table serve à redécouper l’exécutif ou à redistribuer des postes. Ce n’est pas un hasard si l’opposition, elle, y voit le lieu naturel d’une recomposition.

Une dernière ligne, plus implicite, concerne les groupes armés. Rien n’a été dit d’une intégration ou d’un « mixage » de leurs combattants dans l’armée, et le silence vaut position : récompenser militairement une rébellion, au moment où les combats ont repris dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, serait pour le pouvoir un aveu de faiblesse et une prime à la violence. Le volet militaire, insiste Kinshasa, se traite ailleurs, à Washington et à Doha, pas à la table interne.

Mises bout à bout, ces lignes rouges dessinent une cohérence. Chacune protège un pan du pouvoir : la Constitution garde le verrou des mandats, la condition d’entrée garde le narratif de l’agression, le refus du partage garde les postes, l’exclusion de l’amnistie garde la justice comme levier, et l’ordonnance présidentielle, qui fixera les critères, garde la main sur qui entre. Le dialogue que le pouvoir propose n’est pas une page blanche : c’est un espace borné, dont il tient lui-même les marges.

C’est là que le heurt avec l’opposition devient frontal. Là où le pouvoir voit de la fermeté, la Coalition Article 64 voit un filtre. Ses propres préalables, la libération des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites à caractère politique, le respect des libertés publiques, se cognent aux lignes rouges d’en face : ce que l’une réclame comme gage de bonne foi, l’autre le lit comme une concession qui l’affaiblirait. Deux listes de conditions se font face, et aucune ne recoupe l’autre.

Reste alors une question que les lignes rouges posent sans la trancher : un dialogue dont un seul camp fixe les bornes peut-il être dit inclusif ? Le pouvoir répond que la fermeté est la condition du sérieux. Ses contradicteurs répliquent qu’un cadre verrouillé n’est pas un dialogue, mais une convocation. Entre les deux, l’ordonnance à venir dira jusqu’où les marges peuvent bouger, ou si elles ne bougeront pas.

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B
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