Ebola : au Nord-Kivu, près de sept malades sur dix meurent, et MSF ouvre un centre à Beni
714 cas confirmés et 490 décès au 22 août dans la province, soit une létalité de 68,6 % contre 47,9 % au niveau national. MSF ouvre un nouveau centre de traitement à Beni.
Ebola : au Nord-Kivu, près de sept malades sur dix meurent, et MSF ouvre un centre à Beni
AFP
Sept malades sur dix. C’est ce que dit le chiffre que Médecins sans frontières publie pour le Nord-Kivu : 714 cas confirmés et 490 décès au 22 août. Rapporté l’un à l’autre, cela donne une létalité de 68,6 %, quand la moyenne nationale s’établit à 47,9 % à la même date. Plus de vingt points d’écart. C’est dans cette province que l’organisation vient d’ouvrir, avec le ministère de la Santé, un nouveau centre de traitement Ebola à Beni.
À l’échelle du pays, MSF recense au 22 août plus de 5 514 cas confirmés et 2 642 décès, dans six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et la Tshopo. L’organisation décrit la plus grande épidémie de maladie à virus Ebola jamais enregistrée en République démocratique du Congo, et celle dont la propagation est la plus rapide jamais observée. Quatre jours plus tôt, l’Institut national de santé publique arrêtait le compte à 5 208 cas et 2 476 décès : 306 cas et 166 morts de plus en quatre jours.
Beni et Butembo, deux villes qui concentrent
L’essentiel des cas confirmés reste en Ituri. Mais au Nord-Kivu, les villes de Beni et Butembo concentrent une proportion significative des infections. MSF y soutenait déjà les autorités sanitaires avec un centre de traitement et des centres d’isolement à Butembo. Le nouveau centre de Beni doit permettre une prise en charge plus rapide, renforcer le suivi des contacts et appuyer les autorités dans l’une des zones les plus touchées.

« Chaque heure compte dans la lutte contre la maladie à Ebola », déclare Albert Stern, coordinateur des urgences de MSF. « Un diagnostic et un traitement précoces dès l’apparition des premiers symptômes augmentent significativement les chances de survie des patients, tout en réduisant le risque de transmission au sein des familles et des communautés. »
Cette insistance sur l’heure prend tout son sens au regard du taux de létalité de la province. Une mortalité de près de 69 % ne mesure pas seulement l’agressivité du virus : elle mesure aussi le moment auquel les patients arrivent, quand ils arrivent. Or le Nord-Kivu est aussi la province où la riposte a été visée par des attaques, douze recensées par l’OMS, dont huit incendies de structures.
L’autre épidémie, celle des malades qui ne viennent plus
Le second front que décrit MSF n’est pas Ebola. « La peur de contracter le virus dans les établissements de santé, ainsi que la propagation de fausses rumeurs concernant les soins qui y sont dispensés, peuvent dissuader de nombreuses personnes de consulter », explique Albert Stern, coordinateur médical d’urgence de MSF à Beni.
« Les patients souffrant de maladies telles que le paludisme, qui demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité dans le pays, ainsi que les femmes et les filles enceintes, risquent de ne pas recevoir les soins dont elles ont besoin. En l’absence de prise en charge appropriée, ces pathologies peuvent entraîner des complications graves, voire des décès qui ne sont pas directement liés à la maladie à virus Ebola », poursuit-il.
Ce risque est déjà documenté ailleurs. En Ituri, les décès de femmes en couches ont doublé depuis le début de l’épidémie. MSF indique soutenir à Beni les soins de santé sexuelle et reproductive et travailler à rendre les accouchements plus sûrs dans tous les centres de santé qu’elle appuie.

Quatre centres de santé, dix-huit chambres d’isolement
Le dispositif est décrit avec précision. À Beni, des consultations gratuites pour les maladies courantes sont disponibles dans quatre centres de santé : Kanzulinzuli, Malepe, Madrandele et Kasabinyole. Dix-huit chambres d’isolement sont en service, cinq autres en construction à Kasabinyole.
Ces structures accueillent des patients atteints de paludisme, d’infections respiratoires ou de diarrhée, comme ceux qui présentent des symptômes compatibles avec Ebola. Ils y sont hospitalisés rapidement, isolés dans des conditions dignes, nourris, et maintiennent un contact avec leurs proches dans le respect des mesures de prévention. La logique est celle que MSF applique désormais dans la province : soigner Ebola là où l’on soigne aussi tout le reste, pour que le lieu ne fasse pas peur.
L’organisation dit enfin travailler avec des leaders locaux, des représentants communautaires et des organisations de la société civile, pour sensibiliser, faire accepter les mesures de santé publique et repérer les malades assez tôt pour les orienter.
Trois éléments manquent pour mesurer l’apport de ce nouveau centre : sa capacité en lits, sa date d’ouverture effective, et la répartition des 714 cas du Nord-Kivu entre Beni, Butembo et le reste de la province.
Odon Bakumba