Sécurité & Défense Les guerres du Shaba
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Sécurité & Défense

Les guerres du Shaba

En 1977, puis de nouveau en 1978, la province la plus riche du Zaïre est envahie. On l'appelle alors le Shaba, nom donné par l'authenticité à l'ancien Katanga.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

En 1977, puis de nouveau en 1978, la province la plus riche du Zaïre est envahie. On l’appelle alors le Shaba, nom donné par l’authenticité à l’ancien Katanga. Des combattants venus d’Angola, regroupés dans le Front de libération nationale du Congo, franchissent la frontière et menacent le cœur minier du pays. Pour Mobutu, treize ans après sa prise de pouvoir, c’est l’épreuve de vérité. Le régime de l’ordre et de l’unité se révèle incapable de défendre seul son territoire.

Les deux offensives, que l’on a appelées Shaba I et Shaba II, disent la même faiblesse. L’armée zaïroise, gonflée de titres et minée par la corruption, ne tient pas le choc. En 1978, les assaillants s’emparent de Kolwezi, ville minière où vivent des milliers de travailleurs, congolais comme étrangers. La prise de la ville tourne au drame. Des civils sont tués, l’ordre s’effondre, et le monde découvre des images de chaos dans la cité du cuivre. Mobutu, incapable de reprendre la situation par ses propres moyens, appelle ses parrains occidentaux à la rescousse.

La réponse vient du ciel. Des parachutistes français de la Légion étrangère et des troupes belges sont largués sur Kolwezi pour reprendre la ville et évacuer les ressortissants étrangers. L’opération sauve des vies, mais elle révèle aussi, crûment, la nature du régime. Le Zaïre dit souverain, le Zaïre de l’authenticité, ne survit que parce que des armées européennes viennent le secourir. Le bilan humain de l’épisode de Kolwezi, lourd et longtemps disputé, reste une plaie, et le nombre exact des victimes congolaises a souvent été éclipsé par le sort des Européens dans les récits de l’époque.

Pourquoi le Shaba a-t-il attaqué, et pourquoi là ? Parce que le Katanga minier n’a jamais cessé d’être le nœud de l’histoire congolaise. Les combattants du FNLC se réclamaient en partie de l’héritage de la gendarmerie katangaise des années de sécession, et la guerre froide, encore, faisait sentir sa main, le conflit angolais voisin servant d’arrière-plan et de base arrière. Une fois de plus, la richesse du sous-sol attirait la violence, et une fois de plus, le sort du Congo se jouait pour partie hors de ses frontières.

Les guerres du Shaba marquent un tournant dans la perception du régime. Jusque-là, Mobutu pouvait encore se présenter en garant de la stabilité. Après Kolwezi, l’image se fissure. On a vu l’armée fuir, l’État vaciller, et les anciennes puissances coloniales rétablir l’ordre à la place du pouvoir national. La dépendance militaire et la fragilité interne, masquées par la propagande, apparaissent au grand jour. Le déclin, qui s’accélérera dans les années 1980 et 1990, a ici l’un de ses signes avant-coureurs.

Soixante-six ans après l’indépendance, ces deux guerres oubliées résonnent encore. Elles annoncent un schéma que le pays connaîtra par cœur dans les décennies suivantes, à l’Est cette fois : une frontière poreuse, des combattants qui vont et viennent entre deux pays, des ressources convoitées, et un État central trop faible pour protéger ses propres populations sans recours extérieur. Le Shaba de 1977 et 1978 n’est pas seulement un épisode de la guerre froide africaine. C’est une répétition générale de la grande question congolaise, celle d’un pays immensément riche et durablement incapable d’assurer, seul, la sécurité de ses richesses et de ses habitants.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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