Torture dans les zones occupées par le M23 : ce que les experts de l’ONU ont vraiment documenté
Le 21 juillet, des experts indépendants de l'ONU ont dénoncé une « terreur par la torture » du M23 dans les zones occupées de l'est de la RDC. Ce que vous lirez ici : ce qui est réellement documenté, par qui, sur les détentions, la peur administrée et la responsabilité rwandaise, et ce qui reste difficile à vérifier.
Torture dans les zones occupées par le M23 : ce que les experts de l’ONU ont vraiment documenté
AFP
Le 21 juillet, depuis Genève, un groupe d’experts indépendants de l’ONU a lancé un appel pour que cesse ce qu’ils décrivent comme une « terreur par la torture » exercée par le M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces experts, mandatés par le Conseil des droits de l’homme, affirment que le groupe armé soutenu par le Rwanda a installé, dans les territoires qu’il occupe, un système d’autorité de fait où l’arrestation arbitraire, la torture, le travail forcé et le recrutement sous la contrainte servent à tenir la population civile. L’accusation est grave et le sujet, saturé de propagande de part et d’autre, appelle une question simple : que sait-on réellement, et sur quelles preuves ?
Ce qui est documenté, et par qui
- Experts indépendants de l’ONU (Procédures spéciales), appel du 21 juillet 2026 : la torture et la détention arbitraire comme instruments de contrôle dans les zones occupées.
- Rapport du Secrétaire général de l’ONU (S/2026/321) : plus de 90 000 cas de violences sexuelles recensés en 2025 dans le contexte du conflit armé, tous acteurs confondus.
- Human Rights Watch, rapport de juin 2026 « Death Was Everywhere » : détentions arbitraires, exécutions et recrutements forcés attribués au M23 et à l’armée rwandaise.
- Constat des experts : les violences sexuelles attribuées au M23 auraient plus que doublé entre 2024 et 2025.
Le premier point établi, c’est la nature du reproche. Les experts ne parlent pas d’exactions isolées mais d’un mode de gouvernement. Dans les zones tenues par le mouvement, disent-ils, les gens sont arrêtés sur des motifs qui n’ont rien de judiciaire : un soupçon de collaboration avec les forces armées congolaises ou les groupes Wazalendo, le refus de se plier au travail communautaire obligatoire, une simple suspicion. À cela s’ajoutent des enlèvements, des incendies volontaires et du chantage. « Les viols, viols collectifs, agressions violentes et meurtres de civils sont une caractéristique du mode opératoire du M23 », écrivent-ils, en précisant que ces crimes ne lui sont pas exclusifs mais que « le nombre de personnes touchées est vertigineux ». La torture, ici, n’est pas un dérapage : elle est décrite comme l’outil d’un contrôle social.
Des prisons non officielles, et des morts en détention
Le deuxième volet concerne le sort des personnes arrêtées. Selon les experts, elles sont transférées vers des lieux de détention non officiels, surpeuplés et insalubres, où l’accès aux soins est quasi nul et où la privation de nourriture et d’eau est systématique. Les détenus y subiraient des violences physiques répétées, des passages à tabac quotidiens, et plusieurs décès en détention auraient été enregistrés. Dans de nombreux cas, la libération dépendrait d’une rançon exigée des proches. C’est un mécanisme cohérent, où la détention devient à la fois une punition, une source de peur et un commerce. « Ces violences sont inacceptables. Elles doivent cesser immédiatement et faire l’objet d’enquêtes approfondies pour que les responsables répondent de leurs actes », ont exigé les experts.
Sur l’ampleur des violences sexuelles, la prudence s’impose autant que la gravité. Le chiffre de plus de 90 000 cas recensés en 2025 vient du Secrétaire général de l’ONU et couvre l’ensemble du conflit, pas le seul M23. Mais les experts constatent une hausse propre au mouvement entre 2024 et 2025, et rappellent qu’une telle violence, qui frappe d’abord les femmes et les filles, exige une réponse centrée sur les victimes. C’est une ligne que le journalisme doit tenir aussi : documenter sans exhiber, nommer les faits sans transformer les survivantes en spectacle.
Ce qui est solide, ce qui reste difficile à vérifier
Reste la question de la certitude. Ces constats reposent en grande partie sur des témoignages recueillis par des mécanismes onusiens et des organisations de défense des droits humains, dans des zones où l’accès indépendant est limité. Le conditionnel qui revient dans le communiqué n’est pas une faiblesse, c’est une honnêteté de méthode. Ce qui donne au tableau un poids inhabituel, c’est la convergence : une rapporteuse spéciale sur la torture, un groupe de travail sur la détention arbitraire, une rapporteuse sur les violences faites aux femmes, le Secrétaire général et Human Rights Watch décrivent, séparément, la même mécanique. Ce qui demeure hors de portée, faute d’accès, c’est le décompte exhaustif et la vérification cas par cas.
Enfin, la responsabilité. Les experts qualifient le M23 de groupe « soutenu par le Rwanda », disent avoir alerté le gouvernement congolais et porté leurs préoccupations auprès du gouvernement rwandais, et appellent les États et l’ONU à ressusciter le cessez-le-feu signé en décembre 2025. Autrement dit, l’instance qui documente la torture pointe aussi, en creux, qui arme et soutient l’appareil qui l’exerce. Ce que l’on sait réellement tient donc en une phrase : plusieurs organes indépendants, qui ne se coordonnent pas, décrivent dans les territoires occupés un système où la peur est administrée. Le reste, le chiffre exact, le nom de chaque victime, la chaîne précise des ordres, appartient aux enquêtes qui restent à mener, et que les experts eux-mêmes réclament.
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