Sécurité & Défense Neutralisation des FDLR : comment Kinshasa manœuvre pour priver le Rwanda de son prétexte

Neutralisation des FDLR : comment Kinshasa manœuvre pour priver le Rwanda de son prétexte

Un membre du gouvernement angolais auprès du président Félix Tshisekedi à Kinshasa @Photo Droits tiers.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 21:12 WAT · 5 min de lecture

Pendant que l’accord de paix signé à Washington entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame s’enlise, la RDC a ouvert un autre front, diplomatique et discret. Son ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, s’est lancé depuis la mi-juillet dans un marathon qui l’a mené en Ouganda, au Togo, au Burundi et en Tanzanie, avant Bruxelles et Paris les 20 et 21 juillet. Officiellement, il s’agit de la situation sécuritaire dans l’Est. En réalité, révèle le magazine Jeune Afrique, Kinshasa cherche à convaincre ses partenaires régionaux et occidentaux qu’elle progresse bel et bien dans la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR.

Au cœur de cette offensive, un document. Selon Jeune Afrique, Anzuluni a présenté à ses interlocuteurs un protocole prévoyant la démobilisation et le désarmement des FDLR, officiellement paraphé par Victor Byiringiro, président de la branche politique du mouvement. Le texte est présenté par la partie congolaise comme un accord en vue de la reddition volontaire des combattants et de la dissolution du mouvement, au terme d’une phase de sensibilisation. Contacté par le magazine, le porte-parole de Byiringiro n’a pas répondu. Kinshasa, lui, en fait une étape décisive.

L’enjeu, pour la RDC, dépasse la seule démobilisation d’un groupe armé. Les FDLR, fondées par d’anciens génocidaires hutu et considérées comme une menace existentielle par Kigali, sont le prétexte que le Rwanda invoque pour justifier sa présence militaire et son soutien à l’AFC/M23 dans l’est du Congo. Aux yeux des autorités congolaises, ces accusations servent de couverture à l’agression. Priver Kigali de ce levier, en démontrant que les FDLR sont en voie de dissolution, c’est renvoyer la pression sur le Rwanda, qui n’a toujours pas retiré ses troupes, estimées entre quatorze mille et dix-huit mille hommes par les experts de l’ONU.

Cette manœuvre répond aussi à une contrainte immédiate. La neutralisation des FDLR est l’un des deux piliers de l’accord de Washington, avec le retrait rwandais, et les deux sont au point mort. Si Washington a multiplié les sanctions contre le Rwanda, accusé d’entraver l’accord, il a aussi, fin juin, reproché à Kinshasa de ne pas avancer suffisamment sur son propre engagement. La crainte d’un durcissement américain, et de sanctions, explique l’empressement congolais. Le 17 juillet, le bureau des Affaires africaines du Département d’État affirmait déjà que « la RDC et le Rwanda ont fait état de progrès concernant la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives du Rwanda dans l’est de la RDC ». La séquence se poursuit, avec, selon Jeune Afrique, une réunion du mécanisme de supervision de l’accord prévue le 24 juillet à l’ambassade américaine à Paris, où le Rwanda doit être représenté par deux émissaires, puis une autre réunion à la mi-août en Allemagne.

Reste que le protocole se heurte à un précédent, celui des annonces sans lendemain. Ce n’est pas la première fois que Kinshasa fait état d’avancées. En octobre 2025, l’armée congolaise appelait déjà toutes les factions des FDLR à déposer les armes, sous peine d’opérations militaires. Sur le terrain, quelques redditions individuelles, suivies de rapatriements facilités par la MONUSCO, ont eu lieu au compte-gouttes, pour un bilan que les observateurs jugent mitigé. Des opérations annoncées en mars dans la zone de Pinga, au Nord-Kivu, n’ont été suivies d’aucune action concrète. C’est pourquoi certains partenaires jugent l’initiative « concrète », selon Jeune Afrique, tout en restant mesurés sur ses chances de mise en œuvre.

Derrière ce dossier se joue aussi une guerre de récits. Kigali assure documenter la persistance d’une collusion entre les autorités congolaises et les FDLR, quand Kinshasa affirme que ses seuls contacts avec le mouvement visent à l’inciter à se rendre. Le protocole paraphé par Byiringiro s’inscrit dans cette bataille, il vaut autant comme preuve de bonne foi à présenter aux partenaires que comme instrument de démobilisation.

Le pari congolais est donc clair. Il s’agit de transformer les FDLR, d’argument du Rwanda en preuve de la bonne volonté de Kinshasa, et de reporter ainsi la charge sur un voisin qui maintient ses troupes en RDC. Mais un protocole sur le papier ne convaincra ni Washington ni Kigali tant qu’il ne se traduira pas par des combattants réellement désarmés. Les prochaines semaines, de Paris à l’Allemagne, diront si la manœuvre discrète de la RDC devient un levier, ou rejoint la longue liste des annonces sur les FDLR.

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