Santé Ebola : les États-Unis ont confiné sur une base militaire quatorze de leurs citoyens revenus du Congo
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Ebola : les États-Unis ont confiné sur une base militaire quatorze de leurs citoyens revenus du Congo

Ebola : les États-Unis ont confiné sur une base militaire quatorze de leurs citoyens revenus du Congo
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 23 JUILLET 2026 - 19:54 WAT · 5 min de lecture

Les autorités sanitaires américaines ont placé en quarantaine quatorze citoyens des États-Unis pendant quatre jours sur une base militaire de l’État de New York, à leur retour de la République démocratique du Congo, où sévit une épidémie d’Ebola. L’information, révélée par l’agence Reuters à partir de documents et de deux sources proches du dossier, illustre l’escalade des mesures américaines contre les voyageurs venus du Congo, jusqu’à viser les nationaux du pays lui-même. Les intéressés ne présentaient aucun symptôme et n’étaient pas considérés comme un risque de transmission.

Le cas met en scène des familles ordinaires. Selon les sources citées par Reuters, le groupe comptait des citoyens américains récemment naturalisés, revenus du Congo où ils avaient rendu visite à leurs proches, dont deux adolescents et une personne de 70 ans. Deux familles avaient rejoint le Canada par avion, avant d’être bloquées, jeudi, alors qu’elles tentaient de rentrer aux États-Unis par voie terrestre, à des postes-frontières du Vermont et de New York. Après une nuit passée au poste du Vermont, elles ont été conduites le vendredi à Fort Drum, base de l’armée américaine située à une trentaine de kilomètres de la frontière canadienne, où elles ont été logées dans des appartements et observées par des agents des Centres de contrôle des maladies, avant leur libération le lundi. Les membres du groupe ont ensuite regagné leurs destinations par bus et par avion.

Cette quarantaine s’inscrit dans la politique de l’administration Trump pour tenir Ebola hors du territoire américain. Ce mois-ci, un ordre dit « do not board » a imposé aux citoyens américains se trouvant au Congo de passer vingt et un jours en pays tiers avant de rentrer par un vol commercial. Aucun texte n’interdit en revanche le retour par voie terrestre, ce qui n’a pas empêché le blocage de ces familles. Le même dispositif a conduit Washington à faire construire un centre d’isolement au Kenya, où sept humanitaires américains ont été confinés, et à envoyer deux malades se faire soigner en Allemagne. La porte-parole du ministère de la Santé, Emily Hilliard, a indiqué que l’ordre couvrait une période de trente jours, avec « l’intention de réévaluer en permanence l’évolution rapide de la situation sur le terrain ».

La légalité de ces mesures est mise en doute. Des experts de santé publique et du droit rappellent qu’on ne peut refuser à des citoyens américains l’entrée dans leur propre pays, même exposés ou infectés, la quarantaine étant seule permise en cas d’exposition à une maladie hautement contagieuse. James Hodge, directeur d’un centre de droit de la santé publique à l’université d’État d’Arizona, souligne que l’ordre s’applique à quiconque a séjourné au Congo, y compris hors des zones épidémiques. « La question serait, selon quel critère mesure-t-on si vous avez été exposé à Ebola ? Simplement parce que vous étiez au Congo ? Ce n’est pas un critère qui puisse résister à la plupart des examens juridiques », a-t-il déclaré. À l’intérieur même de l’administration, la mise en œuvre sème le désordre, des responsables des Centres de contrôle des maladies devant, au cas par cas, demander à leur direction politique si telle personne arrivant du Congo peut être admise.

L’armée, elle, a fourni le lieu. Un responsable du Pentagone a indiqué que Fort Drum avait accueilli les familles pour offrir « une installation temporaire et isolée d’évaluation et de soutien vital ». Le général de division Scott Naumann a écrit au Congrès que la base avait mis à disposition « une installation de quarantaine isolée temporaire » à la demande des autorités sanitaires, sans « danger pour le public ni pour le personnel ». Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a assuré au président de la commission des forces armées du Sénat que cette quarantaine n’affecterait pas l’entraînement ni la disponibilité opérationnelle.

Au-delà des questions de droit, l’affaire dit quelque chose de la logique à l’œuvre. La volonté de tenir Ebola à distance, dirigée contre le Congo, finit par frapper des Congolais devenus américains, coupables d’être allés voir leur famille, retenus sur une base militaire alors qu’ils ne présentaient aucun signe de la maladie. C’est précisément la stigmatisation contre laquelle l’Organisation mondiale de la santé met en garde, en rappelant que la propagation d’Ebola n’est pas déterminée par la nationalité. Alors que le Congo compte près de 2 500 cas confirmés de la souche Bundibugyo, troisième plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée, un simple voyage au pays expose désormais la diaspora à être confinée au retour, quel que soit son état de santé.

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B
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