Musique Tshala Muana et le mutuashi
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Musique

Tshala Muana et le mutuashi

Venue du Kasaï, Tshala Muana a pris un rythme et une danse du patrimoine luba, le mutuashi, et elle en a fait une musique populaire et moderne.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 3 min de lecture

Il y a des artistes qui suivent la mode, et d’autres qui rapportent un trésor de chez eux pour l’offrir au monde. Tshala Muana est de la seconde espèce. Venue du Kasaï, elle a pris un rythme et une danse du patrimoine luba, le mutuashi, et elle en a fait une musique populaire, moderne, qui a conquis Kinshasa et bien au-delà. Là où d’autres puisaient dans la rumba urbaine, elle a rappelé que la richesse musicale du Congo plonge aussi ses racines dans les terroirs, dans les traditions des provinces, dans des rythmes anciens.

Le mutuashi n’était pas, au départ, une musique de vedette internationale. C’était un patrimoine régional, une danse, une cadence, un héritage. En le portant sur les grandes scènes, en l’habillant d’arrangements modernes sans le dénaturer, Tshala Muana a fait un geste culturel fort. Elle a prouvé qu’une tradition locale pouvait devenir une fierté nationale, qu’on pouvait être pleinement moderne en assumant ses origines. À une époque où la musique congolaise regardait beaucoup vers les villes et vers l’étranger, elle a ramené le centre de gravité vers les racines.

Sa réussite est aussi celle d’une femme dans un métier difficile. Comme les pionnières que cette série évoque par ailleurs, elle a dû s’imposer, tenir, diriger sa carrière, et elle l’a fait jusqu’à devenir l’une des grandes voix féminines du pays, surnommée reine du mutuashi. Sa présence scénique, son tempérament, son sens du spectacle en ont fait une figure majeure, capable de remplir les salles et de marquer durablement le public. Elle a incarné une féminité assumée, puissante, qui a compté dans l’imaginaire congolais.

Tshala Muana n’est pas restée à l’écart de la chose publique, et c’est une autre facette de son parcours. Engagée en politique à certaines périodes, elle a connu, comme beaucoup d’artistes qui prennent position, les tensions que cela suppose dans un pays où la parole libre se paie. Cet engagement, qui devra être restitué avec précision et prudence, dit quelque chose de la place de l’artiste au Congo, rarement cantonné au divertissement, souvent sommé de choisir, parfois inquiété pour l’avoir fait.

Sa disparition, en 2022, a été ressentie comme la perte d’une gardienne, celle qui avait su faire vivre un héritage et le transmettre. Avec elle s’éteignait une part de la mémoire musicale du Kasaï, mais le mutuashi, lui, continue de se danser, preuve que le pari de toute une vie avait réussi. Elle n’a pas seulement chanté, elle a sauvegardé et transmis.

Soixante-six ans après l’indépendance, Tshala Muana rappelle que la culture congolaise n’est pas une, mais multiple, faite de la rumba de Kinshasa comme des rythmes du Kasaï, du Katanga, de l’Est, de toutes les provinces. La fierté nationale se nourrit de cette diversité, et les artistes qui la font remonter à la surface accomplissent un travail aussi précieux que ceux qui inventent le son de demain. Dans un pays-continent traversé par les divisions, rappeler que chaque terroir a quelque chose à offrir à l’ensemble n’est pas un détail folklorique. C’est, à sa manière, un acte d’unité.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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