Sécurité & Défense RDC : les Banyamulenge redisent leur loyauté, sur des plateaux bombardés et privés d’aide

RDC : les Banyamulenge redisent leur loyauté, sur des plateaux bombardés et privés d’aide

Le président de la communauté banyamulenge a fait lire une déclaration à la télévision nationale le 18 août. Sur les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, six villages avaient été vidés le 24 juillet et Human Rights Watch y dénombre 2,4 millions de déplacés.

Déplacés de guerre en République démocratique du Congo

Human Rights Watch dénombre 2,4 millions de déplacés internes au Sud-Kivu. Photo d'archives.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 19 AOÛT 2026 - 16:12 WAT · 6 min de lecture

Le président de la communauté banyamulenge en République démocratique du Congo a fait lire une déclaration à la télévision nationale le mardi 18 août 2026. « Notre identité ne servira pas au projet expansionniste du Rwanda. Ce n’est pas possible. Notre loyauté envers la République démocratique du Congo ne sera pas négociée », y déclare Enock Ruberangabo, selon la dépêche de l’Agence congolaise de presse du 19 août. Il y refuse que le nom de sa communauté serve à habiller une guerre : « Le Rwanda ne peut pas provoquer ou alimenter une guerre contre la RDC, puis l’habiller du nom de Banyamulenge. »

La déclaration n’est pas la première. Le 19 mai 2026, en conférence de presse à Kinshasa, le même homme qualifiait de façade le retrait annoncé de l’AFC/M23 et des troupes rwandaises de la plaine de la Ruzizi, décrivant un repositionnement plutôt qu’un départ. Quatre mois séparent les deux prises de parole. La formulation retenue par l’ACP, « président de la communauté Banyamulenge en République démocratique du Congo », est plus large que celle employée par Radio Okapi en mai, « président de la branche de Kinshasa de la communauté banyamulenge », et la maison n’a pas pu établir laquelle fait foi.

Ce qui vaut d’être regardé n’est pas la répétition du message, c’est l’endroit d’où il est prononcé et l’endroit dont il parle. Il est lu sur la chaîne publique, à Kinshasa. Il concerne les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, à plus de deux mille kilomètres, où vivent ceux au nom de qui il est prononcé.

Ce que le terrain enregistrait pendant ce temps

Le 8 juillet 2026, des combats ont opposé les Forces armées congolaises au Twirwaneho, que Radio Okapi désigne comme un groupe armé rebelle appuyé par les forces rwandaises, à Minembwe, Rugezi, Mulima, Point Zéro, Kazaroho, Bilalo Mbili et Mikenge, dans le territoire de Fizi. Le bombardement de Mulima avait fait 16 civils tués et 12 blessés, parmi lesquels des femmes et des enfants. Les déplacés qui commençaient à rentrer ont rebroussé chemin, « de peur d’être la cible des drones de l’armée de l’air du Rwanda », rapportait une source locale.

Le 24 juillet, les habitants de Mulima, Point Zéro et Rugezi dans le territoire de Fizi, de Kipupu, Mikenge et Kiseke dans celui de Mwenga, ont fui vers la brousse. Six villages vidés. Le député national élu de Fizi, Nyamangyoku Ishibwela, a lancé l’alerte cinq jours plus tard : « les habitants se retrouvent en brousse, les blessés n’ont nulle part où se faire soigner, les enfants meurent de faim ». Il demandait une assistance alimentaire et non alimentaire au gouvernement national.

Le tableau d’ensemble avait été posé le 15 avril par Human Rights Watch. L’organisation dénombrait 2,4 millions de déplacés internes au Sud-Kivu, soit 44 % des 5,61 millions recensés dans le pays, et documentait au moins huit frappes de drones entre janvier et mars 2026, dans un contexte d’attaques aériennes intensifiées depuis novembre 2025. Son constat sur l’aide vise toutes les parties : « Les Forces armées de la RDC et plusieurs groupes armés opérant dans les hauts plateaux du Sud-Kivu entravent l’acheminement de l’aide humanitaire et empêchent les civils de fuir les zones de combat. » Sa chercheuse principale sur les Grands Lacs, Clémentine de Montjoye, ajoutait que « les civils dans les hauts plateaux du Sud-Kivu vivent dans la peur d’exactions commises par toutes les parties au conflit ». Le retrait de la Monusco du Sud-Kivu était achevé depuis juin 2024.

La question que la déclaration laisse ouverte

Une communauté n’est pas un groupe armé, et le papier ne confond pas les deux : le Twirwaneho combat dans les Hauts-Plateaux, la déclaration du 18 août émane d’une représentation communautaire à Kinshasa, et rien dans les documents consultés ne permet de les tenir pour une même entité. C’est précisément ce que la déclaration défend, la distinction entre un peuple et ce qu’on prétend faire en son nom.

Reste la contrepartie, qui est la question de la maison. Une loyauté déclarée à l’antenne publique appelle une protection publique. Sur les trois territoires cités par Human Rights Watch, Fizi, Mwenga et Uvira, aucun plan de protection des civils, aucun couloir humanitaire, aucun budget d’assistance n’a été rendu public depuis l’alerte du 29 juillet. Le gouvernement n’a pas répondu publiquement à la demande du député de Fizi.

Quatre pièces manquent pour suivre ce dossier : le texte intégral de la déclaration du 18 août et le mandat exact de son signataire, la réponse du gouvernement à l’alerte du 29 juillet, le bilan humain consolidé des bombardements de juillet dans les Hauts-Plateaux, et l’état de l’accès humanitaire à Minembwe. Elles sont à réclamer à la communauté banyamulenge, à la Primature, au ministère des Affaires sociales et au bureau de coordination humanitaire.

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