Corneille Nangaa, une version Android de Laurent Nkunda
Corneille Nangaa, une version Android de Laurent Nkunda
AFP
Nous avons déjà vu ce film, tourné avec une pellicule différente mais le même scénario indigent. Rappelez-vous Laurent Nkunda, ce général d’opérette, marionnette surarticulée, grimaçant d’ambition mal contenue. Nous sommes en 2008. Le Rwanda l’exhibe à la tête du CNDP, prélude du M23, répétition d’une pièce jouée mille fois et dont l’issue ne varie jamais. Nkunda danse. Oui, littéralement : il tourne sous les projecteurs, Obasanjo à son bras, persuadé qu’il entre dans l’histoire alors qu’il ne fait qu’entrer dans un piège. Il se met à rêver de Kinshasa, comme un voleur de bicyclettes se rêverait propriétaire d’une écurie de Formule 1.
Fini le prétexte des FDLR, oublié le slogan de la défense des Tutsi. Il s’imagine chef d’État, dictant sa loi, conquérant un trône qui n’a jamais été prévu pour lui. Mais, hélas, il avait oublié son rôle. Il a oublié de lire sa job description. Il n’était qu’un outil, une diversion, un effet de manche dans le tour de passe-passe rwandais. Le Rwanda ne voulait pas de lui roi, seulement de lui échec. Quand il dépasse sa fonction, il devient un problème. Alors on l’écarte, proprement. Kigali lui coupe les ailes, le débranche, signe un accord avec Kabila, et l’expédie aux oubliettes de l’histoire. Un accord signé par Kabila qui continue, certes, de nous hanter.
Nangaa, la version Android « Made in France »
Et aujourd’hui, voici Corneille Nangaa, l’édition Android de Laurent Nkunda. Même illusion de grandeur, même surestimation de ses moyens, même destin programmé à l’échec. Mais avec des mises à jour numériques. Là où Nkunda était un militaire en treillis trop large, Nangaa est un civil aux costumes taillés trop petits pour contenir son ambition gonflée. Il porte parfois du treillis, FASHION 47, acheté dans une boutique à Nairobi. Là où Nkunda gesticulait en se croyant stratège, Nangaa tweet, intrigue, multiplie les interviews, persuadé qu’un flux d’algorithmes peut réécrire la réalité. Là où Nkunda rêvait de Kinshasa comme d’une conquête militaire, Nangaa en rêve comme d’une prise de contrôle via une mise à jour système.
Au départ, c’était simple. Un opportuniste en quête d’un marché : les mines de Rubaya, des dollars gelés par les sanctions américaines, des deals de l’ombre. Mais voilà qu’il commence à se croire acteur principal. Son entourage l’encourage, une petite cour de journalistes flatteurs – des musiciens ratés reconvertis en influenceurs – lui souffle des rêves d’empire. Il répand des rumeurs, s’invente des soutiens dans les coulisses du pouvoir.
Mais comme son prédécesseur, il se trompe sur sa propre fonction. Il croit que l’attention médiatique est une preuve de puissance, alors qu’elle n’est qu’un projecteur braqué sur un pantin. Il fait croire à des alliances et à des partisans à Kinshasa, tendant un piège de paranoïa à la Nation. Pourtant, il suffit de se poser la question : pourquoi ceux qui trahissent réellement ne se vantent-ils jamais de leurs taupes dans l’armée ? Pourquoi révéler des alliances fictives alors que les véritables manœuvres se font en silence ?
Nkunda a été un pion. Nangaa, lui, n’est qu’un fichier temporaire. Alors qu’il se met à parler de Kisangani, ou plutôt, à faire parler de Kisangani par ses « fact-checks » rédigés par des âmes de musiciens ratés, il vole donc haut, tel Icare. Trop près du soleil. Et ses ailes savent déjà comment ce déjà-vu va se terminer.
À Kinshasa, le temps sera donc à la lucidité. Au calme. À la lutte. Jamais laisser place à la paranoïa. Nangaa ne vanterait pas ses alliés via des journalistes. Kamitatu, qui parle en son nom, n’a pas besoin de se déclarer. Alors, calmons-nous. Ne paniquons pas. Laissez Bahati et Kamerhe tranquilles. Mzee nous l’a dit : la guerre que nous menons est celle de l’intelligence contre la force brute.
Utilisons alors l’intelligence et comptons désormais les jours de Nangaa, comme l’Éternel a compté ceux de Nabuchodonosor. Mais n’oublions pas Boabdil. Qui, alors qu’il s’exilait, s’arrêta sur une colline surplombant Grenade pour jeter un dernier regard sur sa cité et pleura son royaume perdu. Ne pouvant rester insensible à son émotion, sa mère lui adressa ces mots, amers : « Ne pleure pas comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme. »
Litsani Choukran,
Le Fondé.