Frappe de drone à Goma : les vérités du Groupe d’experts de l’ONU
Le groupe d'experts de l'ONU (S/2026/466) reconstitue la frappe qui a tué l'humanitaire française de l'Unicef Karine Buisset à Goma le 11 mars : une munition aérienne de fragmentation, tirée par un drone venu du lac Kivu. L'attribution, elle, reste contestée.
Frappe de drone à Goma : les vérités du Groupe d’experts de l’ONU
AFP
Onze mars 2026, vers 4 heures du matin, quartier Himbi, à Goma. Deux détonations à cinq minutes d’intervalle : la première étouffée sur le lac Kivu, la seconde sur une maison d’habitation. Dans cette maison, Karine Buisset, humanitaire française de l’Unicef, est tuée sur le coup. Le groupe d’experts de l’ONU sur la RDC a reconstitué cette frappe dans son rapport S/2026/466.
Employée de l’Unicef chargée de programmes de protection contre l’exploitation et les abus sexuels, Karine Buisset a été tuée avec deux autres civils, selon la Monusco, qui a parlé de « drones d’attaque ». Sa mort avait été annoncée par le président français Emmanuel Macron. Goma est sous le contrôle de l’AFC/M23 depuis janvier 2025.
À partir de preuves photographiques et vidéo, de témoignages et d’expertises, les enquêteurs décrivent une frappe menée par un aéronef sans pilote. La munition a été délivrée par une plateforme à hélice approchant par le lac Kivu, qui a largué deux charges successives : la première a explosé dans le lac, la seconde sur la maison cinq à dix minutes plus tard. Des sources confidentielles font état d’un second drone, possiblement en rôle d’observation.
L’ampleur des dégâts dépasse celle des munitions improvisées légères larguées par de petits drones, écrivent les experts, qui privilégient l’hypothèse d’une munition planante d’environ 70 millimètres de calibre, porteuse d’une charge explosive de 5 à 10 kilos, combinant possiblement des effets incendiaires et de fragmentation. La façade de la maison porte une forte densité d’impacts métalliques à haute vitesse, signature d’une charge à fragmentation.
Le rapport décrit une détonation en altitude, déclenchée par un capteur avant l’impact direct, à hauteur de la partie supérieure de la fenêtre de la chambre de la victime. L’angle d’attaque est estimé entre 25 et 45 degrés, selon une trajectoire descendante. En l’absence de cratère au sol, les experts situent l’explosion au niveau de la toiture.
Ce que ce chapitre du rapport ne tranche pas, c’est l’identité de l’auteur de la frappe. L’attribution reste un point de bataille. L’AFC/M23 a accusé l’armée congolaise d’avoir lancé les drones ; Kinshasa a présenté ses condoléances et ouvert une enquête sans désigner de coupable, tout en pointant une « agression technologique » rwandaise. Des sources sécuritaires citées par la presse estiment que les frappes visaient des chefs de groupes armés et que la maison a été touchée par erreur. En février, l’organisation ACLED avait recensé une trentaine de frappes de drones et de raids aériens dans l’Est, un record mensuel.
Le rapport apporte une pièce technique à un dossier lourd : la mort d’une humanitaire dans une ville densément peuplée, sous les drones. La trajectoire par le lac Kivu en est une donnée ; l’identité du tireur, elle, reste à établir.
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