Corridor de Lobito : après deux mois d’arrêt, le cuivre de Kolwezi reprend la route de l’Atlantique
Le premier train de cuivre congolais depuis les inondations a rejoint le port de Lobito. Pour la RDC, l’artère atlantique du Katanga rouvre, mais elle relance la question de la transformation locale.
Corridor de Lobito : après deux mois d’arrêt, le cuivre de Kolwezi reprend la route de l’Atlantique
AFP
Un premier train chargé de cuivre congolais a atteint le port angolais de Lobito, mettant fin à près de deux mois de coupure sur l’artère qui relie les mines du Katanga à l’océan Atlantique. L’opérateur Lobito Atlantic Railway a annoncé l’arrivée de ce convoi le 15 juin, après la réouverture du tronçon entre Lobito et Huambo, endommagé par des inondations.
Pour la République démocratique du Congo, premier producteur mondial de cobalt et premier producteur africain de cuivre, l’enjeu dépasse la seule logistique. Le corridor de Lobito, bâti sur l’ancien chemin de fer de Benguela, offre à la production du Katanga une sortie occidentale d’environ 1 739 kilomètres entre Kolwezi et le port atlantique, pour un transit annoncé autour de sept jours. C’est, sur le papier, une alternative plus courte aux routes historiques vers l’océan Indien, par Dar es-Salaam, ou vers le sud, par les ports d’Afrique australe.
La coupure aura duré près de deux mois. Fermé après les inondations qui ont frappé l’Angola, le tronçon a été rétabli grâce à des réparations d’urgence, selon le communiqué publié le 13 juin par l’opérateur. Pendant l’interruption, LAR dit avoir maintenu une partie des flux par un plan de contingence, transférant la marchandise entre trains et camions de part et d’autre de la section endommagée.
« L’arrivée de ce premier train international en provenance de la RDC démontre la résilience de notre exploitation et l’engagement extraordinaire de nos équipes », a déclaré Nicholas Fournier, directeur général de Lobito Atlantic Railway, dans ce communiqué. Le même dirigeant avait fixé, plus tôt cette année, un objectif chiffré : « En 2026, Lobito Atlantic Railway transportera 240 000 tonnes de cuivre de Kolwezi à Lobito. »
La concession ferroviaire est tenue par un consortium réunissant le négociant Trafigura, le groupe de BTP Mota-Engil et l’opérateur Vecturis. Le corridor s’inscrit dans une compétition d’infrastructures entre puissances : Washington le présente comme une vitrine de son engagement minier en Afrique centrale, tandis que l’Union européenne finance, dans le cadre de sa stratégie Global Gateway, un programme de simplification douanière lancé à Kolwezi le 18 mars, mis en œuvre par TradeMark Africa.
La séquence rappelle aussi une dépendance. Pendant deux mois, une partie des exportations qui font vivre l’économie congolaise est restée suspendue à l’état d’une voie ferrée située hors des frontières nationales, exploitée par des opérateurs étrangers. La fragilité d’un tronçon angolais a suffi à ralentir l’évacuation du cuivre de Kolwezi.
Reste la question de fond, que le discours officiel congolais a remise au premier plan. Ces trains transportent du métal brut, destiné à être raffiné et valorisé ailleurs. Le corridor de Lobito accélère la sortie des minerais ; il ne change rien, à lui seul, à l’endroit où se crée la valeur. Pour Kinshasa, qui répète vouloir transformer sur place, la vraie victoire ne se mesurera pas au nombre de trains qui rejoignent l’Atlantique, mais au nombre d’usines qui s’installent avant le départ.