Sud-Kivu: quinze élèves meurent en fuyant les flammes, dans une ville qui n’a pas un camion anti-incendie
Quinze élèves des écoles Ujamaa et Furaah sont morts piétinés ce jeudi à Kasheke, près de Bukavu, selon un bilan provisoire. Depuis février 2025, 2 831 maisons ont brûlé au Sud-Kivu et la ville n’a aucun moyen de lutte contre le feu.
Sud-Kivu: quinze élèves meurent en fuyant les flammes, dans une ville qui n’a pas un camion anti-incendie
AFP
Quinze élèves sont morts et plusieurs autres ont été grièvement blessés ce jeudi 10 septembre à Kasheke, dans les environs de Bukavu, au Sud-Kivu, selon un bilan provisoire donné par les autorités locales. Les victimes sont des élèves des écoles Ujamaa et Furaah. Elles ne sont pas mortes dans les flammes : elles ont été piétinées dans la bousculade qui a suivi le départ du feu. D’autres personnes, asphyxiées, sont prises en charge, rapporte la Radio Okapi.
Le bilan est provisoire et il faut le dire d’emblée. Au moment où nous écrivons, ni Radio Okapi ni l’Agence congolaise de presse n’ont publié sur ce sinistre. Le décompte, la localisation exacte et l’origine du feu restent à confirmer.
La bousculade comme cause de mort dans un incendie n’est pas une singularité. C’est le mécanisme qui a tué à Kinshasa il y a moins d’une semaine.
Dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 septembre, un incendie s’est déclaré dans une salle de fêtes de Lingwala pendant un mariage. Le bourgmestre de la commune, Norbert Mutshiga Zihindula, a annoncé un bilan provisoire de 22 morts, quand le gouvernorat de Kinshasa évoquait une dizaine de décès. Plusieurs personnes, écrivait alors Radio Okapi, auraient été piétinées pendant l’évacuation.
Le précédent enseigne deux choses utiles pour lire le bilan de Bukavu. D’abord que la part de la bousculade dans la mortalité n’est presque jamais quantifiée. Ensuite que les bilans provisoires congolais bougent : après la bousculade du concert de Mike Kalambayi au stade des Martyrs, le 28 juillet 2024, le décompte est passé de sept à neuf morts en vingt-quatre heures. En novembre 2022, une bousculade au même stade, lors d’un concert de Fally Ipupa, avait fait onze morts.
Une ville qui brûle depuis dix-neuf mois
Bukavu vit une série d’incendies dont l’ampleur est chiffrée.
Depuis février 2025, 2 831 maisons ont brûlé à travers le Sud-Kivu. Rien que dans la semaine du 6 septembre, environ 700 maisons ont été consumées à Bukavu. Dans la nuit du 5 au 6 septembre, au moins soixante-dix constructions ont disparu avenue Mulengeza, au quartier Panzi. Le 6 septembre, une galerie du marché de Kadutu a brûlé : soixante-six portes détruites, quatre dépôts de boissons réduits en cendres, environ quatre-vingts opérateurs économiques ruinés et une centaine de familles sans abri.
Une enquête du Parlement citoyen pour la démocratie et la bonne gouvernance, relayée le 20 août, dénombrait déjà plus de 10 000 victimes d’incendies au Sud-Kivu, plus de 1 900 ménages touchés et au moins 1 500 maisons brûlées à Bukavu depuis février 2025, sans assistance.
Les morts, eux, étaient jusqu’ici surtout des enfants. Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2025, au quartier Mosala, un incendie a tué quatorze personnes, dont douze enfants, deux familles entières. Le 19 octobre 2025, trois enfants avaient péri au quartier Nyalukemba.
Deux écoles déjà détruites la semaine dernière
Le sinistre de ce jeudi n’est pas le premier à frapper une école de Bukavu ce mois-ci.
Dans la nuit du 2 au 3 septembre, au quartier Cahi, l’école primaire Uhuru et l’Institut Fariala ont été entièrement détruits par le feu. Plus de cinq cents élèves se sont retrouvés sans classe, une semaine après la rentrée. Il n’y a eu ni mort ni blessé, l’incendie s’étant déclaré la nuit.
Un détail avait alors retenu l’attention de la société civile locale : les deux établissements n’étaient raccordés ni au réseau électrique ni à des cuisines. Aucune des deux causes habituelles ne pouvait donc être invoquée. La piste criminelle avait été évoquée. Aucune conclusion d’enquête n’a été rendue publique depuis.
Pas un camion anti-incendie
C’est le point sur lequel toutes les sources concordent depuis des années : Bukavu ne dispose d’aucun moyen de lutte contre le feu.
En octobre 2025, après l’incendie de Mosala, Adolphe Bandeke, ancien responsable de la protection civile au Sud-Kivu, déclarait à l’AFP que « Bukavu ne dispose même pas de camions anti-incendies ». Deux ans plus tôt, il expliquait déjà que 108 sapeurs-pompiers venaient d’être formés dans la province et attendaient leurs équipements, que le véhicule offert par la MONUSCO à la mairie avait été endommagé dans un accident, et que le service dépendait d’un camion prêté par une entreprise privée. « La protection civile existe depuis 1931 mais c’est un service qui n’a pas été beaucoup développé », disait-il.
Sur le terrain, ce sont les volontaires de la Croix-Rouge et les jeunes du quartier qui interviennent, à mains nues. Dans plusieurs sinistres documentés, des maisons ont été volontairement abattues pour couper la propagation, faute d’eau et de lances.
Un élément aggrave encore la situation : le bâti. Radio Okapi documentait dès 2023 des quartiers de Bukavu construits sans aucun espacement entre les maisons et sans rues permettant le passage d’un véhicule de secours. Un député provincial y avertissait que la ville risquait de disparaître, soit par les incendies, soit par les érosions.
Quand il n’y a ni camion, ni accès, ni lance, l’évacuation devient le seul dispositif de survie. C’est exactement le point où la bousculade devient la cause de mortalité.
Ce que la loi n’exige pas des écoles congolaises
La loi-cadre n° 14/004 du 11 février 2014 de l’enseignement national fixe une seule norme physique chiffrée pour un établissement : une superficie d’au moins cinq mètres carrés par élève, exigée à l’article 50 pour l’agrément. L’article 66 prévoit une enquête de viabilité portant sur « les conditions d’hygiène et de salubrité des locaux ». Les articles 145 à 149 soumettent les établissements à un contrôle « pédagogique, administratif, financier et sanitaire ».
Nulle part le texte ne mentionne les issues de secours. Ni les extincteurs. Ni les exercices d’évacuation. Ni un effectif maximal par salle. Ni une assurance incendie. Le contrôle est sanitaire, il n’est pas incendie, et aucune périodicité d’inspection n’est fixée.
La comparaison avec ce que fait l’État depuis une semaine est instructive. Après l’incendie de Lingwala, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur a ordonné dès le 6 septembre un contrôle systématique. Le 9 septembre, le vice-gouverneur de Kinshasa a lancé le contrôle de conformité des salles de fêtes, salles de spectacles et espaces événementiels, portant précisément sur les dispositifs de lutte contre l’incendie, l’état des installations électriques, la présence et la conformité des issues de secours et la capacité d’accueil. Les responsables devaient se présenter à l’Hôtel de Ville entre le 10 et le 15 septembre, sous peine de fermeture.
Cette exigence vaut pour les lieux festifs. Elle ne vaut pas pour les écoles. Le 7 septembre, le Petit Collège Saint-Pierre de Kinshasa brûlait à la suite d’un court-circuit survenu au retour du courant, sans faire de victime. Aucun texte du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique n’a été publié depuis sur la sécurité incendie des établissements.
Quinze morts est un chiffre provisoire, et la qualité exacte de l’autorité qui l’a communiqué reste à préciser. Bukavu est occupée depuis février 2025, et Kinshasa ne reconnaît pas les désignations opérées dans la ville par l’AFC/M23.
BETO actualisera cet article dès que les faits seront confirmés.
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