Société Watsa, Boende, Idiofa, Lubumbashi : six évasions depuis janvier, et ce qu’elles ont en commun
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Watsa, Boende, Idiofa, Lubumbashi : six évasions depuis janvier, et ce qu’elles ont en commun

Soixante-dix évadés à Watsa le 17 juillet, douze à Lubumbashi le 23. Depuis janvier, au moins six évasions dans cinq provinces en paix. Ce qui cède n’est presque jamais le mur, et aucun décompte national n’est publié.

Watsa, Boende, Idiofa, Lubumbashi : six évasions depuis janvier, et ce qu’elles ont en commun
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 31 JUILLET 2026 - 17:17 WAT · 8 min de lecture

Le vendredi 17 juillet 2026, vers 16 heures, soixante-dix détenus ont quitté la prison centrale de Watsa, dans le Haut-Uele. Ils n’ont pas creusé, ils n’ont pas scié. Selon les informations rapportées par la société civile locale, ils ont attendu que le portail principal s’ouvre pour les visiteurs, neutralisé un agent pénitentiaire, et marché dehors. Une quinzaine d’entre eux purgeaient des peines pour détention ou utilisation illégale d’armes. L’établissement venait d’être réhabilité sur financement du gouvernement provincial, avec parmi les objectifs affichés le renforcement de sa sécurité.

Le 29 juillet 2025, quinze détenus s’étaient déjà évadés de cette même prison, construite dans les années 1930, en perçant un mur d’enceinte. Un seul policier assurait alors la garde. Les habitants réclamaient à l’époque la mise en service de la nouvelle prison de Watsa, achevée mais restée inutilisée. Douze mois plus tard, dans un établissement rénové, ils sont soixante-dix à sortir par la porte.

Six épisodes, cinq provinces, sept mois

Watsa n’est pas un cas isolé, et le recensement des évasions rapportées par la presse congolaise depuis janvier 2026 dessine une géographie qui n’a rien d’oriental.

Dans la nuit du 25 au 26 janvier, à la prison d’Osio, dans la commune de Lubunga à Kisangani, six détenus condamnés à la peine capitale ont été abattus par les sentinelles après avoir ouvert une brèche dans un mur. « Ils ont réussi à ouvrir une brèche dans le mur et à s’extraire de l’enceinte. Les sentinelles militaires ont alors ouvert le feu pour stopper leur fuite », rapportait le bourgmestre de Lubunga, Baudouin Kayongo Bulaya.

Le 23 février, sept détenus se sont évadés de la prison centrale d’Idiofa, dans le Kwilu, en forçant un mur en tôle ; un policier était de garde. Le 15 mars, près de cinquante détenus ont quitté la prison de Boende, dans la Tshuapa. Le 15 mai, dix-neuf autres sont ressortis d’Idiofa, en plein jour, par le même mur en tôle. Le 23 juillet, douze détenus se sont évadés à Lubumbashi pendant leur transfèrement vers la prison de Kasapa, au retour d’une comparution devant le tribunal militaire.

Cinq provinces : Tshopo, Kwilu, Tshuapa, Haut-Uele, Haut-Katanga. Aucune n’est occupée. Aucune ne connaît de combats. Le total des détenus sortis lors de ces épisodes, en excluant Osio où l’évasion a été arrêtée par les armes, dépasse cent cinquante hommes en sept mois, sur les seuls faits rapportés.

Ce qui cède n’est presque jamais le mur

Le point commun de ces épisodes tient moins à la maçonnerie qu’à la garde et au mouvement.

À Boende, le ministre provincial de la Justice, Trésor Bofaya, s’est rendu sur les lieux et a constaté qu’aucune effraction n’avait été commise : les portes des cellules sont restées intactes. Les éléments de garde ont tiré des coups de sommation sans effet. Seuls les détenus malades et quelques militaires et policiers incarcérés sont restés. « Beaucoup de détenus, y compris des bandits de grand chemin déjà condamnés, se sont évadés. Nous attendons l’arrivée du greffier pour établir les statistiques exactes. Pour l’instant, les causes de cette évasion massive restent inconnues », déclarait-il le 16 mars. Le directeur de la prison a été placé en état d’arrestation dans l’attente des conclusions de l’enquête. Quatre mois et demi plus tard, ces conclusions n’ont pas été publiées.

À Lubumbashi, les douze détenus voyageaient dans un minibus loué, menottés, sous la surveillance de militaires armés. Le coordonnateur provincial de la Commission nationale des droits de l’homme, Joseph Kongolo, a relevé que le véhicule n’était pas adapté. La société civile du Haut-Katanga demande l’acquisition de véhicules spécialisés et propose que certaines audiences se tiennent dans l’enceinte de Kasapa, établissement qui héberge plus de 2 500 détenus et dont le centre de santé a brûlé trois jours après cette évasion.

À Idiofa, le mur cède parce qu’il est en tôle. « Ils ont donné un coup de bâton aux tôles parce que les murs sont composés de tôles. Les tôles se sont déchirées, et ils ont eu l’occasion de s’évader. Ça, ce n’est même pas une prison. Ces gens qui sont là-bas sont des volontaires. Ils ne peuvent même pas faire trois ou quatre jours là-bas », résume Arsène Kaniama, coordonnateur de la Nouvelle société civile d’Idiofa. Sur les cinquante-cinq détenus restés sur place après le 15 mai, plusieurs n’avaient jamais été jugés depuis des mois.

Deux des six épisodes se sont produits hors les murs, pendant un transfert. Deux se sont produits dans le même établissement, à trois mois d’intervalle. Un s’est produit dans une prison que l’État venait de réhabiliter.

Ce que l’État répare, et ce qu’il ne répare pas

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la MONUSCO daté du 19 mars 2026 décrit l’effort en cours. La Mission indique avoir fourni du matériel de surveillance à quatre établissements pénitentiaires prioritaires, lancé la construction d’un service réservé aux détenus à l’hôpital général de Beni, et formé 136 membres du personnel, dont 46 femmes, à la gestion des foules et au fonctionnement des systèmes de vidéosurveillance.

Quatre établissements. Le pays en compte plus d’une centaine, et aucun des six sites concernés par les évasions de 2026 ne figure dans les descriptions de ce programme.

Le diagnostic, lui, est ancien et il est signé par l’État. La politique nationale de réforme de la justice 2017-2026 décrivait dès 2016 des « conditions de détention contraires à la dignité humaine : promiscuité et insalubrité des lieux de détention, insuffisance quantitative et qualitative de nourriture, de soins de santé et d’hygiène, taux de mortalité élevé, sanctions illégales, violence ». En 2021, devant la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, la ministre de la Justice Rose Mutombo reconnaissait que « la situation carcérale en RDC n’est pas reluisante car l’essentiel de prisons, maisons d’arrêt et centres de détention datent de l’époque coloniale ».

L’institut de recherche congolais Ebuteli rappelle l’ordre de grandeur du décalage : la prison centrale de Makala a été construite en 1957 pour 1 500 détenus, dans une ville qui comptait alors environ 250 000 habitants et en compte aujourd’hui près de dix-sept millions ; avant les libérations de 2024, elle en accueillait environ 15 000. La même analyse rappelle que la détention préventive représente, selon le ministre de la Justice, 80 % de la population carcérale.

Le chiffre que personne ne publie

Combien de détenus se sont évadés en République démocratique du Congo depuis le 1er janvier 2026 ? La question n’a pas de réponse officielle. Ni le ministère de la Justice ni l’administration pénitentiaire centrale ne publient de décompte périodique des évasions, par établissement ou par province.

Le dernier chiffre agrégé rendu public remonte à mars 2025 et vient d’un rapport du Secrétaire général de l’ONU : au moins 8 064 prisonniers évadés dans les provinces de l’Est entre janvier et mars 2025, dont 7 208 des prisons de Muzenze à Goma, de Bukavu et de Kabare lors de l’offensive de l’AFC/M23, 553 à Uvira le 19 février et plus de 300 à Kalemie. Parmi eux, 4 502 étaient considérés comme des détenus à haut risque, soit 62 % du total.

Ce chiffre a une cause identifiée, la guerre. Les six épisodes de 2026 recensés ici n’en ont aucune : ils se produisent dans des provinces en paix, dans des bâtiments qui tiennent debout et des convois qui roulent.

Le 13 juin 2025, le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, adressait aux procureurs généraux près les cours d’appel une instruction leur demandant d’intensifier les recherches des détenus en fuite, de les replacer sous les liens de la détention et de les poursuivre pour évasion. Il exigeait des rapports détaillés. Treize mois plus tard, ces rapports n’ont pas été rendus publics, et aucune autorité n’a communiqué le nombre d’évadés effectivement repris.

Après chaque évasion, la même séquence se répète : une traque est annoncée, une enquête est ouverte, un responsable est parfois arrêté. Le bilan de la traque n’est jamais publié, les conclusions de l’enquête non plus. À Watsa, les habitants attendent toujours la nouvelle prison qu’ils réclamaient il y a un an.

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B
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