Ebola : les États-Unis bloquent le retour direct de leurs citoyens présents en RDC

Ebola : les États-Unis bloquent le retour direct de leurs citoyens présents en RDC
AFP
Deux douzaines d’Américains devaient embarquer mardi pour rentrer chez eux. Ils ne le pourront pas. L’administration Trump a annoncé, le lundi 13 juillet 2026, empêcher les citoyens américains se trouvant en République démocratique du Congo de regagner directement les États-Unis par vols commerciaux, en raison de l’épidémie d’Ebola qui frappe le pays. La mesure, révélée par un responsable de la Maison-Blanche à l’agence Reuters, place ces ressortissants sur une liste d’interdiction d’embarquement jusqu’à ce qu’ils aient passé au moins trois semaines dans un pays tiers.
Le dispositif s’appuie sur une autorité de transport dite Title 49. Concrètement, les Américains présents en RDC, ou en étant récemment partis, sont inscrits sur une liste « do-not-board » tant qu’ils n’ont pas séjourné vingt et un jours, la durée maximale d’incubation du virus, dans un État tiers. Le département d’État a indiqué qu’il accompagnerait les personnes concernées durant cette période d’attente. Plus tôt dans la journée, le secrétaire américain à la Santé, Robert Kennedy Jr, avait signé un ordre motivant la décision par un risque accru, évoquant notamment la propagation du virus « à quelques heures seulement » de Kinshasa.
Cette dernière affirmation mérite d’être maniée avec prudence, car elle ne correspond pas à la géographie officielle de l’épidémie. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, tous les foyers se concentrent dans le nord-est du pays, à plus de 1 500 kilomètres de la capitale. L’Ituri reste l’épicentre, avec 1 745 cas et 601 décès, et l’épidémie s’est récemment étendue à la Tshopo et au Haut-Uélé. Aucun cas n’a été signalé à Kinshasa ni dans les provinces de l’ouest. La formule de l’ordre américain, qui renvoie sans doute à un temps de vol depuis Kisangani, relève de la justification administrative plus que du constat épidémiologique.
La décision intervient toutefois après une série de cas qui ont touché des ressortissants américains. Le vendredi 10 juillet, les Centres de contrôle des maladies avaient annoncé qu’un citoyen des États-Unis, employé d’une organisation humanitaire en RDC, avait été testé positif à la souche Bundibugyo. Un autre Américain contaminé a été admis tôt lundi à l’hôpital universitaire de Francfort, en Allemagne, où son état est jugé stable, devenant le deuxième patient américain soigné dans ce pays. Un précédent cas, celui du docteur Peter Stafford, membre d’une organisation missionnaire, avait été évacué vers l’Allemagne dès le mois de mai.
Le bilan de l’épidémie, lui, ne cesse de s’alourdir. Les données officielles arrêtées dimanche font état de 1 926 cas confirmés et 702 décès à travers le pays, pour une maladie provoquée par la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin ni traitement homologué n’existe à ce jour. C’est cette progression, doublée de l’extension à de nouvelles provinces, que Washington invoque pour justifier des restrictions déjà amorcées en mai, avec la suspension des services de visa à Kinshasa et un avis déconseillant tout voyage vers la RDC.
Il faut mesurer la portée exacte de la décision. Elle ne constitue ni une interdiction générale de vols vers la RDC, ni une fermeture des frontières congolaises, mais vise les seuls citoyens américains cherchant à rentrer au pays. Elle n’en envoie pas moins un signal, celui d’une nation traitée comme un foyer à contenir, au moment où l’histoire récente invite à la circonspection. L’Organisation mondiale de la santé rappelle de longue date qu’elle « n’a jamais recommandé de restrictions de voyage pour retarder ou empêcher la propagation internationale » d’Ebola, leur préférant le dépistage à la sortie, la surveillance et le traçage. Lors de l’épidémie ouest-africaine de 2014, les annulations de vols avaient surtout isolé les pays touchés et entravé l’acheminement de l’aide.
Du côté congolais, la mesure américaine n’avait suscité, à ce stade, aucune réaction officielle. Le gouvernement, qui vient de confier la riposte de terrain au virologue Steve Ahuka, concentre sa communication sur la lutte contre la maladie et sur les premiers guéris, plus de deux cents selon le ministère de la Santé. Reste que la décision de Washington, quels que soient ses motifs sanitaires, place la RDC dans une position délicate, celle d’un pays dont on protège les visiteurs étrangers en les empêchant d’en revenir, pendant que ses propres soignants continuent d’affronter le virus sans vaccin ni renfort suffisant.
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