BTP & Infrastructures Ndjili : le collecteur de l’avenue du Bassin achevé à 94 %, un pont annoncé

Ndjili : le collecteur de l’avenue du Bassin achevé à 94 %, un pont annoncé

John Banza Lunda a inspecté mardi le collecteur de l’avenue du Bassin, à Ndjili, et annoncé des études pour un troisième pont sur la rivière Ndjili. Le projet qui a payé le collecteur ferme le 31 décembre et est décaissé à 99 %.

Ndjili : le collecteur de l’avenue du Bassin achevé à 94 %, un pont annoncé
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 10 SEPTEMBRE 2026 - 13:46 WAT · 9 min de lecture

Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a inspecté mardi 8 septembre l’avenue du Bassin, au quartier 8 de Ndjili, à Kinshasa. Une ancienne décharge publique y a été transformée en collecteur d’eau vers la rivière Ndjili. Selon le ministère, une montagne de déchets atteignant près de vingt mètres de profondeur a été évacuée avant le chantier, le collecteur s’étend sur environ six cents mètres et il a été construit en près d’un an. Il achemine les eaux de ruissellement de la grande route vers la rivière, pour mettre fin aux inondations récurrentes du quartier.

Le ministre a saisi l’occasion pour ordonner le lancement d’études urgentes en vue d’un nouvel ouvrage d’art : un pont sur la rivière Ndjili, présenté comme le troisième après celui du boulevard Lumumba et celui de Kulumba, d’une portée d’environ quarante mètres, destiné à relier Ndjili, Matete et Kisenso. Les études de faisabilité seront menées par la Cellule Infrastructures avec l’Office des voiries et drainage.

Le collecteur, lui, existe. Le pont, pour l’instant, est une intention. Et entre les deux, il y a un calendrier.

Ce que la visite a acté

Le collecteur relève du projet Kin Elenda, le Projet de développement multisectoriel et de résilience urbaine de Kinshasa, financé par la Banque mondiale et exécuté par la Cellule Infrastructures.

Le marché de rattachement le plus probable est le lot 1 de l’appel d’offres lancé pour l’amélioration de la desserte dans certains quartiers de Lemba, Matete, Kisenso et Ndjili. Ce lot 1, pour la seule commune de Ndjili, porte sur 5,29 kilomètres de chaussée en béton armé et 2,135 kilomètres de collecteurs, pour un délai d’exécution de quatorze mois. Les offres avaient été closes le 19 juillet 2024.

Un document de la Banque mondiale daté du 31 juillet 2026 donne l’état exact de ce lot : « La réhabilitation de la route et du collecteur de N’djili est achevée à 94 %, restent la finition d’environ 0,6 mètre de caniveaux de bord de chaussée et l’achèvement du Collecteur n° 2, attendus pour le 14 septembre 2026 ; ces travaux de drainage sont essentiels pour empêcher la stagnation de l’eau et préserver la durabilité de la route. »

Le ministre a donc inspecté un chantier à quatre points de son achèvement, six jours avant l’échéance fixée avec le bailleur.

Le projet qui paie ferme dans cent onze jours

C’est le point que la dépêche ne dit pas, et il commande la suite.

Kin Elenda a été approuvé par le conseil d’administration de la Banque mondiale le 30 mars 2021, pour 500 millions de dollars entièrement adossés à l’Association internationale de développement, moitié en crédit, moitié en don. Sa clôture était fixée au 31 juillet 2026. Le 28 juillet dernier, à la demande écrite du gouvernement congolais datée du 21 juillet, elle a été repoussée de cinq mois, au 31 décembre 2026. C’est la première prolongation depuis 2021, et elle a été accordée sans coût additionnel.

Le projet est décaissé à plus de 99 %. Au 19 août 2026, il restait 0,37 million de dollars non décaissés sur le crédit et 0,14 million sur le don. L’argent est parti.

La structure du projet a beaucoup bougé. En cinq restructurations, la composante consacrée aux infrastructures et services résilients est passée de 355 à 405 millions de dollars, celle consacrée aux communautés inclusives et résilientes de 125 à 26 millions, et la ligne gestion de projet de 20 à 69 millions. La Banque mondiale a relevé le risque global du projet de « substantiel » à « élevé » et note sa performance environnementale et sociale comme « moyennement insatisfaisante ».

Un troisième pont, ou un quatrième ?

La numérotation retenue par le ministère mérite d’être regardée de près, parce que les sources documentaires ne la confirment pas.

L’ACP écrivait en mars 2021 que le pont du boulevard Lumumba est l’unique traversée routière : « atteindre l’aéroport international de N’djili n’est possible qu’à partir du boulevard Lumumba en ce qui concerne le transport terrestre ». En septembre 2023, des experts réunis à Kinshasa formulaient le même constat : « Cette rivière n’offre qu’une seule traversée aux engins terrestres. » En avril 2025, pendant la crue, l’agence décrivait encore le pont du boulevard Lumumba comme « la principale voie qui mène vers l’aéroport international de Kinshasa ». Il existe en outre un pont ferroviaire, qui assure la liaison du centre-ville vers l’aéroport.

Quant au « pont de Kulumba », aucune source consultée ne décrit d’ouvrage de ce nom franchissant la rivière Ndjili. L’avenue Kulumba est un chantier documenté, mais il se situe à Masina, relie la commune à la 15e rue de Limete industrielle, et l’ouvrage en béton armé qui y était prévu devait franchir la rivière Nsanga, pas la Ndjili.

Un autre élément complique le décompte. Un pont sur la Ndjili est déjà en construction, dans le cadre des rocades Sud-Est et Sud-Ouest financées par le programme sino-congolais. La Première ministre Judith Suminwa a visité ce chantier le 13 mai 2026 : soixante-treize kilomètres, plusieurs ponts sur les rivières Ndjili, Lukaya, Mfuti et Ngudiabaka, un avancement d’environ 42 % et une livraison attendue en septembre 2027.

Une recommandation vieille de trois ans

L’idée annoncée mardi n’est pas neuve. Elle a même déjà été formulée avec plus de précision.

Les 14 et 15 septembre 2023, un atelier réunissant des experts de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique et de plusieurs ministères congolais concluait que le désenclavement de l’est de Kinshasa passait par « la construction de deux nouveaux ponts, en amont et en aval de l’ancien » sur la Ndjili. Les experts précisaient les emplacements : l’un à hauteur du pont ferroviaire, « et l’autre au niveau de la commune de Matete pour assurer la liaison avec la route By-Pass ». Ils parlaient déjà de « la combinaison de ces trois ponts ».

Trois ans plus tard, le ministère annonce le lancement d’études pour un ouvrage vers Matete. Entre les deux, aucune étude de faisabilité n’a été rendue publique.

Aucun financement identifié

C’est la question centrale, et elle reste ouverte.

Le communiqué ministériel ne mentionne ni coût, ni bailleur, ni calendrier. Kin Elenda, qui a payé le collecteur, ferme dans cent onze jours et n’a plus de trésorerie. Le Projet de résilience urbaine intégrée, doté de 200 millions de dollars et exécuté par la même Cellule Infrastructures, prévoit bien dans son cadre de résultats trois études de faisabilité ou plans d’investissement pour la gestion du risque d’inondation d’ici juin 2030, mais la valeur actuelle de cet indicateur est de zéro, et rien n’indique que le pont de Ndjili en fasse partie.

Un ordre de grandeur permet de mesurer l’enjeu. Le nouveau pont Kwango sur la RN1, dont le même ministre a lancé les travaux le 3 septembre, mesure 283 mètres pour une enveloppe prévisionnelle de 23 millions de dollars. L’ouvrage envisagé sur la Ndjili en ferait quarante, mais il s’accompagnerait de la modernisation d’une route de jonction et, dans une zone aussi dense, d’expropriations.

Pourquoi ce collecteur compte

Le contexte, lui, ne laisse aucune place au doute sur l’utilité de l’ouvrage inauguré.

Les inondations de décembre 2022 à Kinshasa ont fait 120 morts selon le gouvernement, au moins 169 selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, et ont donné lieu à trois jours de deuil national. En avril 2025, la crue de la Ndjili a tué 43 personnes, submergé le pont du boulevard Lumumba au point que des piétons l’ont traversé en pirogue, et sinistré plus de 30 000 ménages selon la division provinciale de la Santé. En additionnant les seuls épisodes documentés depuis 2021, on arrive à un plancher de plus de deux cents morts par inondation dans la capitale. Il n’existe aucun décompte officiel consolidé.

Une étude de la Banque mondiale consacrée au bassin versant de la Ndjili recense environ six cents têtes d’érosion en progression dans l’aire métropolitaine, qui coupent régulièrement les axes de transport.

Le civisme, et ce qui vient avant

Le coordonnateur de la Cellule Infrastructures, Billy Tshibambe Ndibu, a appelé la population au civisme, pour que les ordures ménagères ne finissent pas dans les canalisations neuves. L’appel est fondé : les documents de la Banque mondiale établissent que « les déchets non collectés bloquent les drains et les canaux, aggravant les inondations ».

Il appelle une précision. À Kinshasa, seuls 19 % des déchets produits arrivent à la décharge, et le seul centre d’enfouissement technique de la ville ne suffit pas. Le civisme d’un habitant du quartier 8 se heurte à l’absence d’une chaîne de collecte. La dépêche ne dit pas non plus où sont partis les vingt mètres de déchets excavés avenue du Bassin.

Un dernier élément, enfin, mérite d’être versé au dossier. Le registre des incidents de la Cellule Infrastructures, cité par la Banque mondiale, documente un accident survenu en octobre 2025 sur un chantier de nettoyage de collecteurs : l’entrepreneur avait ôté les dalles de couverture, le mur séparant deux collecteurs parallèles, dépourvu de raidisseurs, s’est effondré sur trente-cinq mètres. Deux ouvriers sont morts, un troisième a été grièvement blessé. Ces accidents ont conduit à la suspension de chantiers et à l’élaboration de plans de sécurité propres à chaque site.

Six cents mètres de collecteur à Ndjili, c’est un ouvrage réel et il manquait. Le reste, pour l’instant, est une étude que personne n’a encore financée.

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B
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