Déforestation en RDC : 559 439 hectares de forêt primaire perdus en 2025, province par province
La base de l’université du Maryland diffusée par Global Forest Watch le 29 avril 2026 chiffre à 559 439 hectares la forêt primaire humide disparue en RDC en 2025, troisième total mondial. La Tshopo, le Kasaï et le Sankuru concentrent 28,5 % de cette perte.
Déforestation en RDC : 559 439 hectares de forêt primaire perdus en 2025, province par province
AFP
Le 10 août 2026, à Mapangu, dans le territoire d’Ilebo, la ministre de l’Environnement Marie Nyange Ndambo et le ministre de l’Agriculture Mohindo Nzangi ont visité l’usine de Brabanta. La province du Kasaï, où ils se trouvaient, est celle qui a perdu le plus de couvert arboré en RDC en 2025 : 95 612 hectares. Le compte rendu publié deux jours plus tard par le ministère ne mentionne pas ce chiffre.
Il figure dans la base de l’université du Maryland diffusée par Global Forest Watch, dont la version couvrant 2025 a été mise en ligne le 29 avril 2026. Elle mesure, à 30 mètres de résolution, la disparition de végétation ligneuse d’au moins cinq mètres de haut là où la densité de couvert atteignait 30 % en 2000.
559 439 hectares de forêt primaire en 2025, après un maximum de 589 812 en 2024
Deux séries coexistent et ne mesurent pas la même chose. La perte de couvert arboré englobe tout, plantations et coupes temporaires comprises : 1 287 662 hectares en 2025, en recul de 6,5 % sur les 1 377 807 hectares de 2024. La perte de forêt primaire humide ne retient que les forêts tropicales matures : 559 439 hectares en 2025, contre 589 812 hectares en 2024, plus haut niveau de la série ouverte en 2001.
Le recul d’une année ne renverse pas la pente. Entre 2001 et 2010, la RDC perdait en moyenne 151 895 hectares de forêt primaire par an ; sur la décennie 2016-2025, 510 569 hectares par an, soit 5 105 694 hectares en dix ans. Le cumul depuis 2001 atteint 8 097 893 hectares, 7,74 % des 104 580 298 hectares de forêt primaire mesurés en 2000.
Cette perte de 2025 pèse 13,1 % des 4 286 331 hectares de forêt primaire tropicale disparus dans le monde. Seuls le Brésil, 1 626 785 hectares, et la Bolivie, 622 093 hectares, font davantage. La forêt primaire congolaise subsistante couvrait 97 041 844 hectares au 1er janvier 2025 : la perte de l’année en représente 0,58 %. Le World Resources Institute, qui diffuse ces données, chiffre ce taux à 0,5 % et le donne inférieur à celui de beaucoup de pays.
La Tshopo, le Kasaï et le Sankuru concentrent 28,5 % de la perte de forêt primaire de 2025
Ventilation par province, en hectares de forêt primaire perdus en 2025 puis en cumul depuis 2001.
| Province | 2025 | Cumul 2001-2025 |
|---|---|---|
| Tshopo | 57 324 | 914 492 |
| Kasaï | 51 779 | 610 569 |
| Sankuru | 50 147 | 661 817 |
| Ituri | 44 637 | 434 659 |
| Mai-Ndombe | 41 466 | 578 732 |
| Équateur | 40 187 | 494 348 |
| Bas-Uele | 36 816 | 558 065 |
| Sud-Ubangi | 32 553 | 511 537 |
| Mongala | 28 975 | 471 434 |
| Maniema | 26 597 | 531 373 |
| Haut-Uele | 25 246 | 309 820 |
| Kwilu | 19 591 | 188 248 |
| Kasaï-Central | 18 317 | 316 515 |
| Tshuapa | 18 190 | 378 738 |
| Sud-Kivu | 15 988 | 305 519 |
| Nord-Kivu | 15 784 | 321 938 |
| Nord-Ubangi | 14 208 | 185 738 |
| Kwango | 8 999 | 98 716 |
| Kongo-Central | 6 581 | 111 484 |
| Tanganyika | 1 795 | 26 966 |
| Haut-Lomami | 1 622 | 22 393 |
| Lomami | 1 250 | 19 130 |
| Lualaba | 963 | 20 594 |
| Kasaï-Oriental | 251 | 17 625 |
| Kinshasa | 168 | 7 365 |
| Haut-Katanga | 7 | 78 |
Les valeurs par province sont arrondies à l’hectare. Leur addition donne 559 441 hectares, deux de plus que le total national de 559 439, calculé sur les valeurs non arrondies.
Les six provinces qui portaient le plus de forêt primaire en 2000, la Tshopo, la Tshuapa, le Bas-Uele, l’Équateur, le Mai-Ndombe et le Sankuru, en détenaient 64,66 millions d’hectares, soit 61,8 % du stock national. Elles ont perdu 244 129 hectares en 2025, soit 43,6 % de la perte du pays. La Tshopo, plus vaste province de RDC, mène les deux colonnes du tableau.
Rapportée à l’étendue mesurée en 2000, la perte change de visage : le Kongo-Central a vu partir 26,7 % de sa forêt primaire, le Kasaï-Central 22,3 %, le Kwilu 19,9 %, le Sud-Ubangi 19,5 %. La Tshuapa n’a perdu que 3,1 % de la sienne, la Tshopo 5,1 %.
L’agriculture itinérante pèse 79,1 % de la perte de couvert arboré
La couche de facteurs adossée à la base attribue 1 018 972 hectares de la perte de 2025, soit 79,1 %, à l’agriculture itinérante sur brûlis, et 173 044 hectares, soit 13,4 %, à l’agriculture permanente. Suivent les feux de végétation avec 42 310 hectares, les matières premières minérales avec 22 733 hectares et l’exploitation forestière avec 19 232 hectares. Sur 2001-2025, celle-ci cumule 174 859 hectares, moins de 0,8 % du total.
Une seconde mesure du feu, qui compte toute perte associée à un incendie quel que soit le facteur dominant attribué, donne 55 648 hectares en 2025, après 95 251 hectares en 2024. Le 15 octobre 2025, la ministre de l’Environnement présentait le programme « La forêt, c’est nous ! » comme la réponse nationale. « […] Il comprend des actions de sensibilisation et de formation des communautés à la prévention et à la gestion des feux de brousse. Nous allons éduquer les populations afin de les dissuader d’allumer des feux non contrôlés dans les savanes, car ces incendies détruisent nos forêts », déclarait Marie Nyange Ndambo.
Dans les provinces minières, un rapport de l’organisation congolaise AFREWATCH publié en mars 2026 chiffre à 873 926 hectares la forêt perdue au Lualaba et au Haut-Katanga entre 2000 et 2024, dont 419 723 hectares sur la seule période 2016-2024. Sur les emprises de douze sociétés minières, la forêt tombe de 117 481 hectares en 2000 à 49 764 hectares en 2024, quand les infrastructures minières passent de 10 628 à 78 798 hectares. Avec 21 % d’électrification au Lualaba et 28 % au Haut-Katanga, le charbon de bois reste l’énergie domestique dominante.
866,6 millions de tonnes de CO2 en une année, un puits net de 5,89 gigatonnes depuis 2001
La perte de couvert arboré de 2025 correspond à 866,6 millions de tonnes d’équivalent CO2 d’émissions brutes, contre 926,8 millions en 2024. La RDC a émis par ailleurs 6,1404 millions de tonnes de CO2 hors usage des terres en 2023, selon la Banque mondiale : les émissions brutes liées à la forêt valent 141 fois ce volume.
La comparaison s’arrête là. Sur 2001-2025, la même base compte 14,40 gigatonnes d’émissions brutes et 20,29 gigatonnes d’absorptions, soit un flux net de -5,89 gigatonnes. La forêt congolaise retire encore plus de carbone qu’elle n’en relâche. Sur la perte de 2025, 52 193 hectares se situent dans des tourbières cartographiées.
8,6 millions d’hectares sous concession, moratoire maintenu le 7 juillet 2026
Le moratoire sur l’attribution de nouveaux titres forestiers a été institué le 14 mai 2002. Le 3 juillet 2026, une coalition de 70 organisations a écrit à la Première ministre pour demander son maintien. Le mardi 7 juillet 2026, lors d’un briefing presse sur la RTNC, la ministre Marie Nyange Ndambo a indiqué qu’il ne serait pas levé.
« Nous saluons cette prise de position de Madame la Ministre. Elle constitue un signal fort en faveur de la protection des forêts du Bassin du Congo et une reconnaissance de l’importance du moratoire pour préserver les droits des communautés, la biodiversité et la stabilité climatique. […] », a déclaré Bonaventure Bondo, chargé de campagne Forêts Bassin du Congo à Greenpeace Afrique, le 13 juillet 2026.
La couche cartographique de l’Atlas forestier de la RDC recense 81 titres couvrant 8 608 366 hectares dans sa version publiée en juin 2021 ; le ministère dénombrait alors 57 concessions, dont 29 disposaient d’un plan d’aménagement validé au 31 janvier 2021. Les aires protégées terrestres couvrent 14,9 % du territoire en 2024, contre 13,8 % en 2019, soit environ 33,8 millions d’hectares.
« La majorité des concessions forestières ont déjà été converties en concessions de conservation. […] Dès lors, on peut légitimement se demander quel type d’opérateurs forestiers bénéficierait réellement d’une levée du moratoire », a indiqué le 6 juillet 2026 Blaise Mudodosi Muhigwa, coordonnateur national de l’ONG Actions pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés.
268,7 millions de dollars décaissés, 45 % des jalons non exécutés
La deuxième Lettre d’intention entre la RDC et l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale a été signée en novembre 2021, à la COP26 de Glasgow, par le président Félix Tshisekedi et le Premier ministre britannique Boris Johnson. CAFI la présente comme un accord de dix ans, 2021-2031, portant 500 millions de dollars. Le FONAREDD, lui, écrit que « La seconde Lettre d’Intention RDC-CAFI (2021-2026) a défini 90 jalons ». Son rapport annuel consolidé, arrêté au 31 décembre 2024 et daté du 30 mai 2025, recense 302 646 295 dollars mobilisés, dont 97 % de CAFI et 4 978 009 dollars du Royaume de Suède. Sur ce montant, 268 695 865 dollars ont été décaissés vers les agences, soit 88,8 %, dont 55 400 706,58 dollars sur la seule année 2024.
Le même rapport évalue les 75 jalons de la période 2021-2024, soit 83 % des 90 jalons de cette première phase : 20 % sont totalement atteints, 35 % en progression, 45 % non encore exécutés. Le jalon portant sur le décret de levée du moratoire est classé en report, avec cette observation : « Ce jalon ne peut être évalué dans la mesure où la levée du moratoire n’a pas fait l’objet de démarche admin et politique. »
Le Couloir vert Kivu-Kinshasa, créé en janvier 2025 sur 544 000 kilomètres carrés, chevauche pour 72 % de sa surface des blocs pétroliers et pour 23 % des concessions minières, selon une note de Greenpeace Afrique du 27 juillet 2026. À Mapangu, le 10 août 2026, le ministre de l’Agriculture annonçait une extension : « Nous avons l’intérêt à pouvoir planter dans d’autres provinces, dans d’autres milieux, pour accroître la production de l’huile de palme dans le pays. »