Parc de la Maiko : à Lubutu, des mines rongent un sanctuaire sous protection armée
Sanctuaire de l'okapi et du gorille de Grauer, le parc de la Maiko est grignoté par l'exploitation minière illégale. L'État suspend deux sociétés, mais ne contrôle qu'un tiers du parc.
Parc de la Maiko : à Lubutu, des mines rongent un sanctuaire sous protection armée
AFP
Le 2 juin 2026, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a signé un arrêté suspendant à titre conservatoire les activités de deux sociétés, Stone Mining et Xin Hong Kuan Ye, opérant aux abords du parc national de la Maiko, dans le territoire de Lubutu, au Maniema. La décision faisait suite à une alerte de l’Institut congolais pour la conservation de la nature, adressée mi-avril. Trois griefs sont retenus, le détournement d’un permis de recherche à des fins d’exploitation, l’atteinte à une aire protégée, et l’intrusion d’individus armés non identifiés.
Le joyau qu’il s’agit de défendre est immense. Créé en 1970 et géré par l’ICCN, le parc de la Maiko s’étend sur plus de dix mille huit cents kilomètres carrés, à cheval sur le Nord-Kivu, la Tshopo et le Maniema. Il abrite les trois espèces emblématiques de l’est congolais, le gorille de Grauer, l’okapi et le paon congolais, aux côtés de l’éléphant de forêt et du chimpanzé oriental. C’est l’un des derniers refuges d’une faune poussée au bord de l’extinction, le gorille de Grauer ayant perdu près de 77 % de sa population régionale en vingt ans.
L’intrusion minière, elle, avance vite. Selon la presse spécialisée, quatre-vingt-cinq hectares du secteur sud du parc seraient occupés depuis janvier 2026, pour extraire or, diamant, cassitérite et coltan. Des images satellites de début juin montreraient de grosses machines en action et une drague sur la rivière Osso, transformée en déversoir de déchets miniers. Une milice, présentée comme dominant le village d’Osso de longue date, protègerait les exploitants, selon la même source, une allégation rapportée au conditionnel et non établie.
Face à cette avancée, l’ICCN mise sur le dialogue autant que sur la répression, car les communautés riveraines vivent aussi de la forêt. « On veut réunir tout le monde autour d’une table pour discuter, connaître les besoins de la communauté », expliquait le directeur du parc, Mathieu Mirambo. En face, les riverains disent leur dépossession. « Le parc a pris une grande partie de notre forêt. On ne peut plus pêcher, chasser ni exploiter les mines », résumait un président de communautés voisines, Ngomyangi Lengwamene. Entre conservation et survie, la ligne est étroite.
La réponse de l’État se heurte à un mur, celui du contrôle du terrain. Outre la suspension des deux sociétés, une mission interministérielle a été annoncée, et un partenariat de gestion durable signé fin 2025 avec une fondation de conservation. Mais l’aveu est dans les chiffres. En 2025, l’ICCN n’a pu surveiller que le tiers de l’étendue du parc. Le reste, tenu par l’insécurité et la présence de groupes armés, échappe à toute autorité.
Pour Kinshasa, la Maiko résume un dilemme national, celui d’un pays riche d’une biodiversité mondiale et incapable d’en garantir la protection sur son propre sol. Suspendre un permis est un acte de souveraineté, mais tant que l’ICCN ne contrôle qu’un tiers du parc, l’arrêté ne rendra ni la forêt ni la rivière. Le sanctuaire restera un front tant que l’État ne pourra pas y remettre les pieds.
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