Dialogue national en RDC : les Églises peuvent-elles rapprocher le pouvoir et une opposition méfiante ?
Chargées de préparer le dialogue annoncé par Félix Tshisekedi, la CENCO et l’ECC tentent de rétablir la confiance entre deux camps divisés sur l’inclusivité, la Constitution et le contrôle du processus.
Dialogue national en RDC : les Églises peuvent-elles rapprocher le pouvoir et une opposition méfiante ?
AFP
La Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo se retrouvent au centre du jeu politique congolais. Après l’annonce, le 17 juillet, d’un dialogue national inclusif par Félix Tshisekedi, les deux confessions religieuses ont engagé des consultations avec les forces politiques. Leur mission consiste à construire un cadre apaisé susceptible de consolider la paix, la cohésion nationale et la stabilité institutionnelle.
Cette position leur offre un avantage important : elles peuvent parler au pouvoir comme à l’opposition sans appartenir officiellement à l’un des deux camps. La CENCO et l’ECC disposent aussi d’un réseau national et d’une expérience de médiation acquise lors de précédentes crises politiques. Leur crédibilité ne garantit cependant pas automatiquement l’adhésion de tous les acteurs, surtout dans un climat marqué par une profonde méfiance envers les institutions.
Une confiance encore fragile
Lors de leurs premiers échanges avec la Coalition Article 64, les responsables religieux ont été interrogés sur l’inclusivité du dialogue, le sort de la Constitution et les conditions concrètes de participation. L’opposition veut notamment éviter que les assises soient contrôlées par le pouvoir ou utilisées pour légitimer une réforme constitutionnelle qu’elle combat.
Le report de la marche prévue le 22 juillet représente un premier résultat de cette médiation. La C64 a accepté de suspendre sa mobilisation à la demande de la CENCO et de l’ECC, mais elle exige que le dialogue soit officiellement convoqué avant le 15 août. Ce geste montre que les Églises peuvent obtenir une décrispation, sans pour autant effacer les exigences de l’opposition.
Une médiation à l’épreuve du format
Les divergences apparaissent déjà sur l’organisation du processus. Selon les éléments rapportés après les consultations, les responsables religieux souhaitent qu’aucun sujet ne soit exclu à l’avance et que les participants définissent eux-mêmes l’ordre du jour. Le gouvernement affirme, de son côté, qu’une ordonnance présidentielle précisera les modalités du dialogue. Cette différence pourrait raviver les soupçons d’un processus encadré depuis la présidence.
Pour rapprocher les deux camps, la CENCO et l’ECC devront obtenir des garanties visibles : une médiation acceptée par tous, une représentation équilibrée, un ordre du jour ouvert et des mesures de confiance permettant aux opposants de participer sans crainte. Elles devront également éviter les exclusions, tout en clarifiant la place des acteurs poursuivis par la justice ou associés aux groupes armés.
Les Églises peuvent donc réduire la distance entre le pouvoir et l’opposition, mais elles ne pourront pas remplacer la volonté politique des protagonistes. Leur première réussite sera d’amener les parties autour d’une même table. La plus difficile sera de convaincre chacune qu’elle ne s’y rend pas pour cautionner un processus déjà décidé, mais pour participer réellement à la définition d’un compromis national.
Odon Bakumba