Politique Une nuit à la Cité de l’OUA: comment l’UDPS a soldé sa guerre des chefs
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Une nuit à la Cité de l’OUA: comment l’UDPS a soldé sa guerre des chefs

Sur Télé 50, le secrétaire général adjoint de l'UDPS détaille les cinq orientations données par Félix Tshisekedi. Un an après, le congrès annoncé n'a toujours pas eu lieu.

Félix Tshisekedi au milieu de Déo Bizibu et Augustin Kabuya
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 7 SEPTEMBRE 2026 - 11:16 WAT · 12 min de lecture

« Nous, de l’intérieur, nous avons cette démocratie-là, exactement, qui est vivante. » Sur le plateau de Télé 50, le secrétaire général adjoint de l’UDPS Déogratias Bizibu Balola raconte comment le parti au pouvoir a soldé la crise qui l’a coupé en deux pendant treize mois. Le récit part d’une nuit, celle du vendredi 19 au samedi 20 septembre 2025, à la Cité de l’Union africaine.

« Je disais que le président du parti est intervenu, il nous a reçus dans la nuit du 19 au 20 septembre. Il a écouté tout le monde, les uns et les autres. » Autour de Félix Tshisekedi ce soir-là : Augustin Kabuya Tshilumba, secrétaire général contesté, Déo Bizibu, que la Convention démocratique du parti avait installé un an plus tôt comme secrétaire général intérimaire, ainsi que Peter Kazadi, Jacquemain Shabani et Jean-Claude Tshilumbayi.

Bizibu récuse l’idée d’un arbitrage imposé. « Contrairement à ce que vous avez dit qu’il a imposé, non. Il fait observer ce qui doit être fait : le manquement des uns et des autres par rapport au texte du parti, par rapport à la ligne du parti. Et en fin de compte, il a donné des orientations, cinq orientations au total. »

« Vous devez aller au congrès »

La première parole rapportée du chef de l’État porte sur l’issue, pas sur la méthode. « Voilà, pour mettre fin à tout ceci, vous irez, vous devez aller au congrès », rapporte Bizibu, qui ajoute qu’une date avait été retenue pour décembre.

Viennent ensuite les cinq consignes. « Voilà, vous allez faire cinq choses. Première chose : chacun doit rentrer à sa place, dans les fonctions qu’il occupait », dans l’organe où il était avant la crise.

« De deux : vous allez signer un communiqué conjoint, où vous appelez les combattants au retour à l’unité au sein du parti, au retour à la sérénité. »

« Troisièmement : vous devez vous retrouver encore dans les réunions de la présidence du parti, donc l’exécutif du parti réunifié. » Et Bizibu précise l’état des lieux d’alors : « nous étions fractionnés en deux. Une partie était avec moi, une partie avec le SG Augustin Kabuya. »

« Et puis, en quatrième lieu, il dit : vous devez tenir une matinée politique, un meeting conjoint à Limete. »

« En cinquième lieu, vous devez mettre en place deux commissions. La première, c’est la commission préparatoire, qui va préparer matériellement la tenue du congrès. La deuxième commission, c’est la commission qui va revisiter les textes du parti. »

Aucun de ces cinq points n’a été publié sous forme de document. Ni la Présidence de la République ni le secrétariat général de l’UDPS n’ont diffusé de communiqué sur cette réunion. La seule trace écrite qui en découle est une mise au point des secrétaires généraux adjoints, rendue publique le 25 septembre 2025 et relayée le lendemain par la RTNC : « Il a été décidé par la Haute Autorité Politique de Référence que notre collègue, le Secrétaire Général Adjoint Deo Bizibu Balola regagne le siège du Parti à Kinshasa/Limete afin d’y reprendre ses fonctions. » C’est l’orientation numéro un, et c’est la seule dont on possède la trace écrite.

Treize mois de guerre des chefs

La crise s’ouvre le 11 juillet 2024, quand des cadres du parti contestent la légitimité d’Augustin Kabuya, secrétaire général depuis le 18 mai 2019. Ils lui reprochent une gestion solitaire, du clientélisme et des abus. Le lendemain, l’exécutif national réuni autour de lui prend acte du « retrait » des contestataires et l’invite à « suppléer à ces départs volontaires ». Le 18 juillet, une trentaine de secrétaires nationaux annoncent sa destitution. Kabuya répond : « J’ai encore la signature et je peux révoquer les fauteurs des troubles. »

Une commission de médiation présidée par la députée Clotilde Kapinga siège trois jours au Collège Boboto à partir du 21 juillet et recommande une résolution sans délai. Le 11 août 2024, la Convention démocratique du parti tranche dans l’autre sens : « Monsieur Augustin Kabuya Tshilumba est relevé de ses fonctions de secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social. » Bizibu est désigné intérimaire pour six mois. Le lendemain, le camp Kabuya conteste la compétence de l’organe qui a convoqué la session.

Le parti a désormais deux secrétaires généraux. Le 7 septembre 2024, deux manifestations rivales devaient se tenir au siège de Limete. Elles sont annulées après une conciliation tenue deux jours plus tôt en présence de Marthe Kasalu Tshisekedi, veuve du fondateur.

Le dernier épisode avant l’intervention présidentielle porte sur l’argent. Kabuya réclame aux mandataires publics issus du parti une contribution de 10 %, en affirmant agir sur mandat du chef de l’État. Bizibu réplique alors qu’il « n’occupe actuellement aucune fonction dans les organes officiels du parti ».

L’accolade de Limete

Le meeting commun a eu lieu à l’esplanade du siège de la 10e rue Limete, sous le thème « De l’unité pour une UDPS forte ». Devant les militants, Déo Bizibu a renoncé publiquement à la fonction que la Convention démocratique lui avait confiée : « Le secrétaire général, il est bel et bien là, c’est l’honorable Augustin Kabuya ! »

Bizibu situe cette matinée politique au 5 octobre. Les comptes rendus de presse effectués sur place, comme les annonces qui l’ont précédée, la datent du samedi 4 octobre 2025.

Les deux commissions ont suivi. « Ces commissions ont travaillé, ont déjà fini leurs travaux, depuis très, très longtemps », affirme le secrétaire général adjoint. Reste, dit-il, à achever la première orientation : « quand nous terminons le point, donc l’orientation numéro un, c’est-à-dire que chacun retourne à sa place, dans l’organe qu’il occupait avant le conflit. Comme ça avait commencé au niveau national, ça s’est répercuté jusque dans les fédérations, dans les organes de base. »

C’est l’objet des tournées en cours, couvertes par deux circulaires du secrétaire général que Bizibu présente comme le prolongement administratif des orientations présidentielles. « Il ne fait que prolonger ce que le président du parti a dit, que chacun rentre à sa place. » Il les numérote 002 et 003 ; en juillet dernier, devant la même chaîne, il parlait des circulaires 001 et 002. Ni leur texte, ni leur date de signature, ni leur objet formel ne sont publics.

Sur ce qui s’est passé dans les fédérations pendant la crise, il est bref : « pendant ce temps-là, il y en a qui en ont profité pour en abuser ».

Il rend au passage hommage à celle qui avait arbitré une première conciliation en septembre 2024, « notre vénérée maman » Marthe Kasalu Tshisekedi, veuve d’Étienne Tshisekedi et mère du chef de l’État : « qui a bien travaillé depuis un temps passé, malgré son âge. Elle est toujours à nos côtés dans le parti pour nous donner des conseils. »

Trois secrétaires généraux adjoints sur six

« Je ne suis pas seul à aller dans ce travail-là d’itinérance », précise Bizibu, qui décrit un secrétariat général adjoint à effectif réduit. « Nous sommes six SGA, nous sommes trois qui sommes très actifs, et il y en a trois autres qui sont dans une incompatibilité. » Il cite Stanis Manga, directeur général de l’Institut national de préparation professionnelle, une collègue prénommée Gisèle, aux Lignes maritimes congolaises, et Munganga Pili, qu’il dit très avancé en âge. Les trois actifs sont lui-même, Maître Aselo et Tezo, « qui a conduit la délégation du Kongo-Central ».

Lui-même dit avoir conduit celles de Mbandaka, en Équateur, de Kananga, puis, trois semaines avant l’entretien, de Mbuji-Mayi et Mwene-Ditu. Sont annoncées Lubumbashi, Likasi, Kasumbalesa, et Kisangani pour ses collègues. « Nous avons tout un programme que nous sommes en train de suivre pour amener la quiétude, l’unité. »

La seule de ces missions dont le déroulé soit documenté par la presse est celle de Mbandaka, le 11 juillet 2026, conduite par Bizibu avec le secrétaire général adjoint Jean Tezo et les secrétaires nationaux Clément Barouti et Gaston Moutombo.

Un mort, en juin 2025

Le récit de la réconciliation laisse de côté un fait. Le vendredi 6 juin 2025, Kabasele Wampanga, cadre de l’UDPS, meurt après avoir été enlevé et agressé. Le lundi 9 juin, dix prévenus comparaissent en flagrance devant le tribunal de grande instance de Matete, en audience foraine à la place de l’Échangeur de Limete, poursuivis pour meurtre. L’issue de ce procès n’a pas été rendue publique.

Le congrès qui ne s’est pas tenu

Le congrès, présenté par Bizibu comme la première parole du chef de l’État cette nuit-là, a été annoncé pour décembre 2025. Le 7 novembre, Augustin Kabuya le déclarait « irréversible » et précisait qu’il porterait principalement sur la révision des textes. Une seconde réunion autour de Félix Tshisekedi, dans la nuit du 12 au 13 novembre 2025, l’a confirmé pour la première quinzaine du mois suivant. Fin novembre, la commission technique d’organisation était mise en cause pour son effectif : 184 membres, quand 75 avaient été recommandés.

Il n’a pas eu lieu. Neuf mois après la date annoncée, Bizibu en parle toujours au futur. Le motif du report n’a pas été rendu public et aucune nouvelle date n’est annoncée.

Bizibu évoque des dates du 10 au 14 décembre. Ce sont celles du premier congrès de l’histoire du parti, tenu en 2010, vingt-huit ans après sa fondation, avec 779 délégués. Les annonces de 2025, elles, portaient sur le 14 décembre ou sur la première quinzaine du mois. Le dernier congrès effectivement tenu par l’UDPS remonte aux 25 et 26 août 2023, à Kinshasa, avec pour ordre du jour unique l’investiture de Félix Tshisekedi pour un second mandat.

« Même le bruit, il est informatif »

Bizibu défend la thèse d’une crise utile, et va la chercher du côté de la théorie des systèmes. « Dans un système, il y a une tendance à se dégrader. Tout système a tendance à se détériorer. Il y a aussi, dans le même système-là, il doit y avoir des forces qui s’opposent à ce que ça se dégrade. » Puis : « Même le bruit, il est informatif. Ça veut dire quoi ? Ces discussions âpres, ces divergences, elles sont constructives, parce que ça permet de savoir où est-ce qu’il y a un problème. Lorsque le président nous a réunis, il a compris où était le problème. Et quand il a donné ces orientations, c’était exactement pour qu’on résolve ce problème. »

Il reprend à son compte une formule du chef de l’État : « C’est la vitalité démocratique. Parce qu’il est fils maison, il a grandi dans le parti. Il sait qu’avant même qu’il soit président du parti, le parti a connu des divergences internes. »

L’expression est authentique et datée. En août 2024, au plus fort de la fronde contre Kabuya, Félix Tshisekedi qualifiait la crise de « vitalité démocratique » dans un entretien à Top Congo. « Je vous promets, ça va s’arranger. Je ne suis pas du tout inquiet. Ce sont des choses qui arrivent. » La formule était chère à Étienne Tshisekedi.

Le précédent que cite Bizibu, « le congrès de Righini avec François-Xavier », est celui du congrès parallèle tenu du 15 au 21 avril 2009 dans la commune de Lemba par l’aile de François-Xavier Beltchika, et d’où est née l’UDPS/Beltchika, devenue plus tard le CDPS. Le parti a connu d’autres ruptures : le conflit entre Étienne Tshisekedi et Frédéric Kibassa Maliba au milieu des années 1990, la suspension du secrétaire général Jacquemain Shabani en 2012, la destitution puis la radiation de Jean-Marc Kabund en janvier 2022.

Ce qu’il faut retenir

Entre le 11 juillet 2024 et le meeting de Limete, l’UDPS a eu deux secrétaires généraux, deux exécutifs et deux communiqués pour chaque décision. La question du leadership a été tranchée en une nuit à la Cité de l’Union africaine, puis scellée devant les militants. Mais la faille que la crise a révélée, celle de l’intérim du président du parti et de l’étendue des pouvoirs du secrétaire général, devait être réglée par une révision des textes soumise à un congrès. Ce congrès, que Bizibu présente comme la première consigne présidentielle, n’a toujours pas été convoqué.

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B
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