Cargos et bureau des visas : les deux demandes de Kinshasa avant le forum de Londres
Julien Paluku a reçu la baronne Sandip Verma. Il plaide pour une ligne British Airways « surtout pour les cargos » et un bureau des visas britanniques à Kinshasa.
Cargos et bureau des visas : les deux demandes de Kinshasa avant le forum de Londres
AFP
Deux demandes précises ont été posées sur la table. L’ouverture d’une ligne aérienne Londres-Kinshasa par British Airways, « surtout pour les cargos », et l’installation à Kinshasa d’un bureau de délivrance des visas britanniques, pour faciliter les déplacements des opérateurs économiques congolais.
Le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya a formulé ces deux plaidoyers ce lundi 7 septembre 2026 à Kinshasa, lors d’une réunion technique avec la baronne Sandip Verma, en prélude au Forum économique République démocratique du Congo – Royaume-Uni, prévu du 2 au 4 novembre 2026 à Londres.
Selon le compte rendu du ministère, la responsable britannique a répondu en promettant d’être « l’ambassadrice de la RDC » auprès des autorités et des investisseurs de son pays.
Cinq secteurs, un marché ouvert à 99,8 %
La réunion portait sur le renforcement du dialogue entre les autorités publiques et les entreprises des deux pays, et sur la mobilisation d’investisseurs britanniques. Cinq domaines ont été cités : le commerce, l’agriculture, les mines, l’énergie et l’environnement.
Le point d’appui est l’accord conclu le 25 novembre 2025, qui ouvre le marché britannique à 99,8 % des produits « Made in DRC » sans paiement de droits de douane. Le ministère présente la promotion de la compétitivité de ces produits sur le marché britannique comme l’un des objets de la rencontre.
Ce que Kinshasa met en avant
Au nom du gouvernement congolais, Julien Paluku a mis en avant deux dispositifs pour rassurer son interlocutrice sur le climat des affaires : le code des investissements et le régime des Zones économiques spéciales, qui accordent des facilités aux investisseurs une fois installés dans le pays, ainsi que la protection accordée par l’État congolais.
Qui est la baronne Verma
Sandip Verma dirige un consortium de partenariat commercial britannique que le ministère décrit comme spécialisé dans le commerce, le développement international, l’énergie, la gouvernance et la coopération entre institutions publiques et acteurs privés.
Elle siège à la Chambre des lords depuis le 2 juin 2006, comme pair à vie sous le titre de baronne Verma de Leicester. Membre du Parti conservateur, elle a été sous-secrétaire d’État parlementaire à l’Énergie et au Changement climatique de septembre 2012 à mai 2015, puis au Développement international de mai 2015 à juillet 2016. Elle est chancelière et ambassadrice de l’université de Roehampton, et préside depuis 2019 le comité national britannique d’ONU Femmes.
La liaison aérienne, une demande qui date de mars
Le plaidoyer pour la ligne Londres-Kinshasa n’est pas nouveau. Il figurait déjà parmi les attentes formulées le 4 mars 2026, lorsque Julien Paluku lançait à Kinshasa la Chambre de commerce Royaume-Uni – République démocratique du Congo, en présence du corps diplomatique et de représentants des secteurs public et privé.
Ce jour-là, les autorités congolaises avaient énoncé quatre demandes : l’ouverture de la liaison directe par British Airways, une présence accrue des entreprises britanniques pour accompagner la transformation locale des ressources naturelles, un transfert de compétences, et des programmes de formation permettant aux producteurs congolais de se conformer aux normes britanniques.
Six mois plus tard, la liaison n’est pas ouverte, et aucune des trois autres demandes n’a fait l’objet d’une annonce publique de mise en œuvre. La précision apportée lundi, « surtout pour les cargos », déplace toutefois l’objet de la demande : il ne s’agit plus seulement de transport de passagers, mais de fret, c’est-à-dire de la capacité matérielle à acheminer les produits congolais vers le marché qui leur est ouvert.
La demande d’un bureau de délivrance des visas à Kinshasa est, elle, nouvelle dans le dialogue public entre les deux pays.
Ce que l’exemption douanière suppose
L’accès sans droits de douane ne suffit pas à faire entrer un produit sur un marché. Il faut satisfaire aux règles d’origine, aux normes sanitaires et phytosanitaires, aux exigences de traçabilité et aux certifications que réclament les acheteurs britanniques, puis disposer d’une logistique capable d’acheminer la marchandise. Le fret aérien, que le ministre a mis en avant lundi, en fait partie.
Les filières citées comme prioritaires lors du lancement de mars, le cacao, le café et les épices, relèvent d’une agriculture d’exportation où la RDC vend encore l’essentiel de sa production sous forme brute.
Une délégation avec l’ANAPI et l’ANAPEX
Le ministère annonce que Julien Paluku sera porteur à Londres de « plusieurs projets structurants ». Il y sera accompagné des directeurs généraux de l’Agence nationale pour la promotion des investissements et de l’Agence nationale pour la promotion des exportations.
Ce n’est pas le premier rendez-vous du genre. En juillet 2023, la RDC organisait déjà au Royaume-Uni un forum consacré à la transition énergétique et aux investissements. En octobre 2023, Julien Paluku et l’ambassadrice britannique Alyson King échangeaient sur les stratégies d’attraction des investissements. Le forum de novembre sera le premier depuis l’entrée en vigueur du partenariat commercial et depuis la création de la chambre de commerce bilatérale.
Le Royaume-Uni n’est pas le seul marché sur lequel le ministère avance. Le 24 août, Julien Paluku revendiquait pour la RDC la première place des importations américaines africaines au premier semestre 2026, dans le cadre de la loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique, prolongée jusqu’en 2028. Le 28 août, il présentait au Conseil des ministres la mise en service du portail d’informations commerciales du pays, à l’adresse info-commerce.cd.
Ce qu’il faut retenir
La réunion du 7 septembre prépare un forum de trois jours à Londres, début novembre, dix mois après l’accord qui ouvre à la quasi-totalité des produits congolais un accès en franchise au marché britannique. Kinshasa y arrive avec deux demandes logistiques précises, le fret aérien direct et un bureau des visas, et avec les quatre attentes de mars restées sans réponse publique. La partie britannique a promis un appui de plaidoyer. Ni le programme du forum, ni la liste des entreprises attendues, ni le montant des échanges bilatéraux actuels n’ont été rendus publics.
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