« On ne vient pas pour le président Tshisekedi, on vient pour le Congo » : Muyaya répond aux opposants sur le dialogue
Le porte-parole du gouvernement juge que « la stratégie du rejet de tout n'est pas payante » et emprunte au cardinal Ambongo sa formule : « chemin faisant ».
Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais sur Radio Okapi
AFP
« On ne vient pas pour le président Tshisekedi, on vient pour le Congo. » C’est par cette phrase que le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya Katembwe s’est adressé aux formations d’opposition qui ont rejeté le Dialogue national, lors de son passage sur les ondes de Radio Okapi.
Le ministre de la Communication et des Médias part d’un constat de méthode. « Tout ce que je sais, c’est que la stratégie du rejet de tout, dans un contexte de crise comme celui dans lequel nous sommes depuis plusieurs années, n’est pas payante. » Et il demande de séparer les registres : « il faut dissocier ce que nous pouvons avoir comme divergences politiques ».
« Le président agit comme garant de la nation »
L’argument central du porte-parole porte sur la propriété du processus. « Le président de la République a bien précisé que ce dialogue, ce n’est pas de sa propre famille politique, ce n’est pas de l’opposition, c’est une initiative de tous les Congolais. Ici, le président agit comme garant de la nation. »
La formule renvoie à l’article 69 de la Constitution, celui qui fait du chef de l’État le garant du fonctionnement régulier des institutions. C’est la même disposition que les confessions religieuses avaient invoquée le 25 août 2025, en exhortant Félix Tshisekedi, « en sa qualité de garant de la Nation », à poser les actes officiels attendus de leur feuille de route.
Le message présidentiel du 27 août énonce de son côté que le dialogue « ne sera la propriété d’aucun parti, d’aucune institution, d’aucune confession religieuse, d’aucune personnalité ni d’aucune majorité politique ».
Le dispositif annoncé prévoit des forums préliminaires au chef-lieu de chacune des 26 provinces, un document de synthèse nationale, puis des assises à Kinshasa, le tout dans un délai que le chef de l’État a borné : « L’ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois. » Il doit aboutir à un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Le « chemin faisant » emprunté au cardinal Ambongo
Aux oppositions qui posent des conditions préalables, Muyaya oppose la jeunesse du processus. « Il est évident que, dans la posture initiale des opposants, qui disent : voilà, nous rejetons parce qu’il y a des appréhensions. Mais c’est un processus qui vient d’être lancé. »
Et il emprunte sa formule à l’archevêque de Kinshasa : « On verra, comme le cardinal l’avait si sagement dit : chemin faisant. Donc, il y aura justement un cheminement qui voudra que, le moment venu, tout le monde puisse venir. »
Le cardinal Fridolin Ambongo est celui qui, le 17 juillet 2026, avait annoncé le dialogue au nom de la délégation des chefs des confessions religieuses, au sortir d’une audience présidentielle. Depuis l’allocution du 27 août, ni lui, ni la Conférence épiscopale nationale du Congo, ni l’Église du Christ au Congo n’ont rendu publique de position sur le processus tel qu’il a été redéfini.
La question posée aux opposants
Le porte-parole cite ensuite le passage du discours présidentiel qui s’adresse aux responsables politiques. « Je demande aux responsables politiques de mesurer pleinement la portée de ce moment », rappelle-t-il, avant de poursuivre : « Le dialogue ne devra ni être un marché politique, ni un instrument de repositionnement personnel, ni une tribune des règlements de comptes. Il devra servir exclusivement la paix, l’unité nationale et l’intérêt supérieur de la nation. »
De là, sa question : « Dites-moi, lesquels des opposants s’opposent à la paix, à l’unité nationale et à l’intérêt supérieur de la République ? Lesquels ? Il n’y a personne qui s’oppose à ces objectifs qui sont clairs et bien assignés au dialogue. »
Ce que les opposants ont dit, eux
Les refus exprimés depuis le 27 août ne portent pas sur les objectifs, mais sur le format et sur les intentions prêtées au pouvoir.
La Coalition Article 64 a opposé son refus le 28 août par la voix de Martin Fayulu : « La coalition article 64 oppose un non catégorique et rejette avec force les prétendues consultations populaires initiées par Félix Tshisekedi en lieu et place du dialogue national inclusif. » Trois griefs sont avancés : des consultations qui « ne répondent ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale des Congolais », le soupçon d’une manœuvre visant le changement de la Constitution et un troisième mandat, et celui d’une consolidation de la partition du pays. La même coalition appelle à manifester le 15 septembre devant le Palais du Peuple.
D’autres formations ont adopté une position d’attente. Alternative 2028 a fait savoir qu’elle se prononcerait après la publication de l’ordonnance présidentielle.
L’ordonnance, toujours pas signée
C’est le point qui reste en suspens. Le discours du 27 août annonçait deux ordonnances : la première instituant un Comité d’organisation « dans les tout prochains jours », la seconde convoquant le dialogue et créant une Commission préparatoire où les confessions religieuses seront représentées. Au 7 septembre, onze jours après l’annonce, aucune des deux n’a été publiée.
Dans la même émission, Muyaya avait indiqué qu’une ordonnance préciserait « prochainement » le cadre de fonctionnement du comité d’organisation, avec pour objectif de garantir la transparence et l’impartialité dans la collecte des recommandations issues des consultations provinciales.
Ce qu’il faut retenir
Le porte-parole du gouvernement déplace le débat du contenu vers la méthode : puisque personne ne conteste la paix, l’unité et l’intérêt national, le refus ne porterait pas sur les objectifs du dialogue. Les formations qui l’ont rejeté, elles, mettent en cause le format, le calendrier et la finalité constitutionnelle du processus. Entre les deux, le texte qui doit trancher, l’ordonnance de convocation, n’est pas signé. Et la médiation religieuse dont Muyaya reprend la formule ne s’est pas exprimée depuis le 27 août.
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