Histoire du Congo Le crépuscule du Maréchal : les derniers jours de Mobutu au pouvoir 

Le crépuscule du Maréchal : les derniers jours de Mobutu au pouvoir 

Il y a vingt-neuf ans, le 7 septembre 1997, Mobutu Sese Seko mourait en exil au Maroc. Quelques mois plus tôt, malade, isolé et abandonné par une armée en déroute, le Maréchal quittait précipitamment Kinshasa, refermant trente-deux années de pouvoir sur un Zaïre au bord de l’effondrement.

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AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 7 SEPTEMBRE 2026 - 18:26 WAT · 6 min de lecture

Vingt-neuf ans après sa mort, survenue le 7 septembre 1997 à Rabat, au Maroc, les dernières semaines de Mobutu Sese Seko restent celles d’un homme que la maladie, l’isolement diplomatique et la déroute de son armée avaient déjà privé de l’essentiel de son pouvoir. Après trente-deux années passées à la tête du pays, le « Maréchal du Zaïre » assistait, presque impuissant, à l’effondrement du régime qu’il avait méthodiquement bâti autour de sa personne.

À la fin de l’année 1996, Mobutu revient au Zaïre après plusieurs mois de soins en Europe contre un cancer de la prostate. Mais le pays qu’il retrouve lui échappe progressivement. Partie de l’est en octobre, la rébellion de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), conduite par Laurent-Désiré Kabila et soutenue notamment par le Rwanda et l’Ouganda, progresse rapidement. Les Forces armées zaïroises, minées par les désertions, l’indiscipline et des années de sous-financement, abandonnent les villes les unes après les autres.

La chute de Kisangani en mars 1997, puis celle de Lubumbashi en avril, révèle l’ampleur de la débâcle. Dans la capitale, les discours officiels ne parviennent plus à masquer la réalité militaire. L’AFDL contrôle désormais une grande partie du territoire et se dirige vers Kinshasa. Mobutu demeure formellement chef de l’État, mais son autorité ne dépasse presque plus les murs de ses résidences et la fidélité incertaine de son dernier cercle.

Un président sommé de préparer son départ

Le 29 avril 1997, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Bill Richardson, rencontre Mobutu à Kinshasa. L’émissaire de Washington lui transmet un message sans ambiguïté : les États-Unis considèrent que son départ est devenu nécessaire pour éviter une bataille dans la capitale. Cette pression diplomatique traduit surtout le basculement des rapports de force internationaux. Celui que les puissances occidentales avaient longtemps considéré comme un allié stratégique pendant la guerre froide ne bénéficie plus du même soutien.

Une dernière tentative de règlement politique est organisée sous la médiation du président sud-africain Nelson Mandela. Le 4 mai, Mobutu et Laurent-Désiré Kabila se rencontrent à bord du navire militaire sud-africain SAS Outeniqua, au large de Pointe-Noire. Selon les archives de la présidence Nelson Mandela⁠, cette rencontre se déroule également en présence d’un représentant conjoint de l’ONU et de l’Organisation de l’unité africaine. Le communiqué publié à l’issue des discussions⁠ évoque la recherche d’une transition pacifique, sans toutefois résoudre la question essentielle : Kabila exige le départ de Mobutu, tandis que celui-ci tente encore d’obtenir des garanties pour lui-même, ses proches et ses biens.

Cette rencontre marque moins le début d’un compromis que la mise en scène du passage de témoin entre deux hommes. Mobutu apparaît affaibli, amaigri par la maladie, face à un adversaire qui négocie désormais en vainqueur. Une seconde rencontre envisagée quelques jours plus tard n’aboutit pas. Le 15 mai, Kabila annule le rendez-vous prévu, officiellement pour des raisons de sécurité. À Kinshasa, une opération « ville morte » lancée par l’opposition accentue la paralysie du pouvoir. La chronologie établie par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada⁠ rapporte que, dès le lendemain, il est annoncé que Mobutu cesse toute intervention dans les affaires de l’État.

Le dernier envol de Kinshasa

Le 16 mai 1997, Mobutu quitte Kinshasa par avion pour Gbadolite, son fief natal dans le nord-ouest du pays. À l’aéroport de N’Djili, les derniers responsables du régime viennent lui faire leurs adieux. Le Maréchal abandonne une capitale gagnée par la peur, les pillages et l’attente de l’arrivée des rebelles. Son départ met fin, dans les faits, à trente-deux années de pouvoir commencées par le coup d’État du 24 novembre 1965.

Parmi les derniers hauts responsables restés à Kinshasa figure le général Donatien Mahele Lieko Bokungu. Chef d’état-major de l’armée, il aurait tenté de convaincre les militaires de ne pas opposer une résistance susceptible de transformer la capitale en champ de bataille. Cette position est interprétée comme une trahison par des membres de la Division spéciale présidentielle. Dans la nuit du 16 au 17 mai, Mahele est assassiné au camp Tshatshi. BETO.CD revient sur cet épisode dans son portrait consacré au « Tigre », sauveur de Kinshasa⁠.

Le 17 mai, les troupes de l’AFDL entrent dans Kinshasa sans rencontrer de résistance militaire majeure. Laurent-Désiré Kabila, resté à Lubumbashi, se proclame président et annonce le retour à l’appellation « République démocratique du Congo ». Le rapport du département d’État américain sur les droits humains en 1997⁠ situe à cette date la prise de contrôle du gouvernement par Kabila, au terme d’une campagne militaire de sept mois.

À Gbadolite, Mobutu ne dispose plus que de quelques heures de répit. La ville, naguère présentée comme la vitrine de sa puissance, ne peut lui offrir ni protection durable ni possibilité de reconquête. Le 18 mai, il quitte définitivement le territoire zaïrois pour Lomé, au Togo. Il gagne ensuite Rabat, le 23 mai, après que les autorités togolaises ont souhaité écourter son séjour. Trois mois et demi plus tard, le 7 septembre 1997, il meurt des suites de son cancer, à 66 ans.

Les derniers jours du Maréchal racontent ainsi plus que la chute d’un homme. Ils illustrent l’effondrement d’un État dont les institutions avaient été progressivement confondues avec la personne du chef. Lorsque l’armée s’est désagrégée, que les soutiens étrangers se sont retirés et que son autorité personnelle s’est affaiblie, il ne restait presque aucune structure capable de défendre le régime. Mobutu, qui avait construit sa légende autour de l’image d’un guerrier allant « de victoire en victoire », quitta finalement le Zaïre dans un avion, malade et isolé, tandis que son pays changeait de nom, de drapeau et de maître.

Odon Bakumba

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