Léopards Dodi Lukebakio, le seul à avoir porté le maillot de la RDC et de la Belgique
04
Série Congolais sous d’autres couleurs Partie 4 sur 12
Épisodes 123
Partie 4 — Léopards

Dodi Lukebakio, le seul à avoir porté le maillot de la RDC et de la Belgique

Le seul à avoir joué un match avec l’équipe A de la RDC avant de choisir la Belgique.

La Rédaction 26 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 26 JUIN 2026 - 13:43 WAT · 4 min de lecture

Le 4 octobre 2016, sous les projecteurs du stade des Martyrs de Kinshasa, un ailier de dix-neuf ans porte pour la première et la dernière fois le maillot des Léopards. La RD Congo reçoit le Kenya en amical, s’incline 0-1 sur un but de Michael Olunga, et rien, ce soir-là, ne laisse deviner que Dodi Lukébakio est venu chercher autre chose qu’une sélection. Il est venu débloquer un permis de travail.

Rembobinons. Quelques mois plus tôt, le jeune homme formé à Anderlecht signe à Toulouse. Mais la Ligue de football professionnel française refuse d’homologuer son contrat : né à Asse, en périphérie de Bruxelles, d’un père d’origine congolaise et d’une mère belge, Lukébakio n’a pas encore le passeport belge, et la charte du football professionnel range les joueurs hors Union européenne dans une catégorie à quota. Pour être homologué, il lui faut soit la nationalité belge, soit une sélection officielle avec un pays. L’administration belge traîne. Le Congo, lui, va vite. Une cape contre le Kenya, et le verrou administratif saute. La carrière française peut commencer.

À LIRE AUSSI Les autres Léopards du Mondial : onze fils du Congo sous six autres drapeaux

Sitôt sa situation réglée, Lukébakio tourne le dos aux Fauves congolais. Il rejoint les équipes de jeunes de la Belgique, puis, le 11 novembre 2020, les Diables rouges, contre la Suisse. Entre-temps, il est devenu un attaquant de Bundesliga, et même le premier joueur de l’histoire du championnat allemand à passer un triplé à Manuel Neuer, un soir de novembre 2018 sous le maillot du Fortuna Düsseldorf. La carrière s’envole, de Watford à Séville, du Hertha Berlin à Benfica, qu’il rejoint en 2025 pour vingt millions d’euros. Le Congo, lui, reste une ligne dans une feuille de match de 2016.

Un an après Kinshasa, en septembre 2017, il entretenait encore le flou. « Je ne peux encore répondre à cette question », répondait-il à Walfoot lorsqu’on l’interrogeait sur son choix, Belgique ou Congo, avant d’ajouter : « Elles sont là-bas, et j’ai un réel attachement pour le Congo. » L’attachement, peut-être. Le maillot, plus jamais.

À LIRE AUSSI Ces joueurs qui ont fait le choix de la RDC

Il aura fallu attendre huit ans. En juillet 2024, sur son compte Instagram, Dodi Lukébakio a demandé pardon. « Je tiens à présenter mes excuses pour la manière dont les choses se sont déroulées. En aucun cas je voulais me servir de vous », écrit-il. Puis cet aveu, rare chez un footballeur : « En 2016, j’avais dix-neuf ans, j’étais jeune et mal conseillé, m’amenant à faire un choix purement égoïste, blessant plus d’un. Avec du recul, je me rends compte que mes actes ont eu des répercussions sur la manière dont certains me voient. »

Le mot est lâché : égoïste. Car au Congo, l’affaire n’a jamais été un simple choix de carrière. Lukébakio est de ces fils de la diaspora que la RD Congo, faute d’avoir su les retenir, a vus partir sous d’autres couleurs. Mais lui n’est pas seulement parti : il a emprunté le pays le temps d’une soirée, pour débloquer un contrat, avant de l’oublier. C’est cette mécanique-là, plus que le départ, que beaucoup n’avaient pas digérée.

Au Mondial 2026, Dodi Lukébakio joue pour la Belgique, parmi les vingt-six de Rudi Garcia. De tous les fils du Congo présents au tournoi sous d’autres drapeaux, il est le seul à avoir, un soir, porté le maillot des Léopards. Une cape, une seule, arrachée à Kinshasa pour ouvrir une porte ailleurs. Huit ans plus tard, il en a demandé pardon. La porte, elle, est restée ouverte.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…