Romelu Lukaku, le fils d’un Léopard devenu meilleur buteur de l’histoire belge
Fils de Roger Lukaku, international zaïrois, devenu meilleur buteur de l’histoire belge.
Anvers, à la toute fin des années 1990. Un garçon de six ans rentre déjeuner et trouve sa mère devant le réfrigérateur, en train de couper le lait avec de l’eau pour le faire tenir jusqu’au bout de la semaine. « J’ai tout de suite compris ce qui se passait, racontera-t-il vingt ans plus tard. On n’avait pas assez d’argent. On n’était pas seulement pauvres, on était fauchés. » Le garçon s’appelle Romelu Lukaku. Son père, Roger, ancien footballeur professionnel, est en bout de course ; l’électricité est coupée des semaines entières, des rats passent dans l’appartement.
Ce père est un Léopard. Roger Menama Lukaku naît le 6 juin 1967 à Kinshasa. Attaquant, il porte le maillot du Zaïre devenu la RD Congo, treize sélections et six buts entre 1990 et 1996, deux Coupes d’Afrique des nations disputées en 1994 et 1996. Sa carrière de club le mène du Vita Club de Kinshasa à l’Africa Sports d’Abidjan, puis en Belgique à partir de 1990, où il joue pour Boom, Seraing, Ekeren, Malines et Ostende. C’est là, après la relégation d’Ostende en 1999, que l’argent disparaît.
Né à Anvers le 13 mai 1993, Romelu grandit avec cette misère pour moteur. Enfant, il dit avoir marqué 76 buts en 34 matchs à douze ans. Il raconte aussi son grand-père maternel, « mon lien avec le Congo, d’où viennent ma mère et mon père », à qui il avait promis, peu avant sa mort, de veiller sur sa fille.
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Éligible pour la RD Congo par son père, Lukaku choisit la Belgique, le pays où il est né et a percé. Il débute en équipe nationale le 3 mars 2010, à seize ans, contre la Croatie. Mais l’appartenance, il l’a dite mieux que personne dans un texte publié en 2018 sur The Players’ Tribune : « Quand tout allait bien, les journaux m’appelaient Romelu Lukaku, l’attaquant belge. Quand ça allait mal, ils écrivaient Romelu Lukaku, l’attaquant belge d’origine congolaise. »
Dans le même texte, plutôt que de trancher, il revendique une identité plurielle : « Je commence une phrase en français et je la finis en néerlandais, et j’y glisse de l’espagnol, du portugais ou du lingala selon le quartier où je me trouve. Je suis belge. » Le lingala, langue de Kinshasa, y figure comme une signature.
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Sur le terrain, le fils a dépassé tout ce que le père avait connu. Au moment du Mondial 2026, Romelu Lukaku est le meilleur buteur de l’histoire de la Belgique, avec 90 buts en 128 sélections au 21 juin 2026, deuxième buteur de toute l’histoire des sélections européennes derrière le seul Cristiano Ronaldo, et plus de cinquante longueurs devant n’importe quel autre Belge. Il dispute aux États-Unis sa quatrième Coupe du monde, après 2014, 2018 et 2022.
Sa carrière de club se lit comme une tournée des grands championnats : Anderlecht, Chelsea, Everton, Manchester United pour 85 millions de livres en 2017, l’Inter Milan, un retour à Chelsea pour 113 millions d’euros en 2021, l’AS Roma, puis Naples depuis 2024. Cumulés, ses transferts dépassent 370 millions d’euros, l’un des totaux les plus élevés de l’histoire du football.
La saison qui précède le Mondial a pourtant été blanche. Gêné par une blessure musculaire aux ischio-jambiers, l’attaquant n’a quasiment pas joué à Naples. Le sélectionneur Rudi Garcia l’a tout de même retenu dans ses 26 : « Romelu est rétabli, mais il manque de rythme, et je ne suis pas certain qu’il puisse débuter les matchs. Mais c’est notre meilleur attaquant, le meilleur buteur de l’histoire de la Belgique. »
Le 28 septembre 2025, Roger Lukaku est mort à Kinshasa, à 58 ans, dans la ville où tout avait commencé. « Merci de m’avoir appris tout ce que je sais, a écrit son fils dans un message publié sur Instagram. Tu m’as protégé et guidé comme personne. Plus rien ne sera pareil. » Le père avait porté le Congo ; le fils porte la Belgique, le lingala toujours sur le bout de la langue.
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