Fizi : ce que sept semaines de guerre par drones ont coûté aux civils
Deux bombes sur l'hôtel Mwalu le 19 août, un drone abattu à Ruyengo le 20, au moins dix-huit morts à Mulima le 3 juillet et des milliers de déplacés depuis le 24 juillet : ce que la guerre des drones coûte au territoire de Fizi.
Fizi : ce que sept semaines de guerre par drones ont coûté aux civils
AFP
Dans la nuit du mardi au mercredi 19 août 2026, vers une heure du matin, deux bombes tombent sur l’hôtel Mwalu, à Fizi-Centre, au Sud-Kivu. Le colonel Michel Apoko Bangala, commandant du secteur opérationnel Sukola 2 Sud-Kivu, fait état de deux blessés graves et d’importants dégâts matériels, attribue la frappe aux forces rwandaises et parle d’engins de type TB2. Une trentaine d’heures après cette frappe, vers huit heures le 20 août, à Ruyengo, dans le même territoire, les Forces armées de la République démocratique du Congo abattent un drone kamikaze. Le 3 juillet, des bombardements de drones sur le village de Mulima, dans les hauts plateaux du même territoire, avaient fait au moins dix-huit morts.
Au moins dix-huit morts à Mulima et ses environs le 3 juillet, selon l’administrateur du territoire
Le vendredi 3 juillet 2026, des bombardements de drones frappent le village de Mulima et ses environs, dont Kangouli. L’administrateur du territoire de Fizi, Samy Badibanga, fait état d’au moins dix-huit morts et de nombreux blessés. « On dénombre de nombreuses victimes parmi les femmes, les hommes et les enfants, ainsi que des pertes de bétail. Les infrastructures sanitaires et scolaires ont été détruites », déclare-t-il à Radio Okapi. L’administrateur condamne « les violations répétées du territoire national par des avions rwandais ».
Radio Okapi rapporte le lendemain des mouvements de population vers les centres de Baraka, Kananda, Mukera, Kichoula et Lumania.
Deux bombes sur l’hôtel Mwalu le 19 août, un drone abattu à Ruyengo le 20
Le commandement du secteur opérationnel Sukola 2 Sud-Kivu dénonce, après la frappe du 19 août, des violations du droit international humanitaire et des engagements pris dans le cadre des accords de Washington sur la désescalade dans l’est du pays. Il annonce des mesures de riposte contre des attaques qu’il attribue aux Rwanda Defence Forces.
L’appareil abattu le 20 août à Ruyengo est attribué par l’armée aux éléments des RDF et du M23 et à leurs alliés Twirwaneho et Red Tabara. Selon le porte-parole des opérations Sukola 2, le sous-lieutenant Reagan Mbuyi, son interception intervient quelques heures après que les FARDC ont déjoué plusieurs attaques contre leurs positions dans les hauts plateaux. « Les forces loyalistes restent engagées à défendre l’intégrité territoriale et à protéger les civils », déclare l’officier, qui invite la population au calme.
Le 25 avril 2026, l’armée avait déjà annoncé avoir abattu un drone au-dessus de la zone de Point Zéro, à Fizi, qu’elle présentait alors comme le deuxième appareil de l’armée rwandaise neutralisé en deux semaines.
Des milliers de déplacés depuis le 24 juillet dans six localités de Fizi et Mwenga, selon le député du territoire
Le 29 juillet 2026, le député national élu de Fizi, Nyamangyoku Ishibwela, alerte sur le sort de milliers de personnes déplacées depuis le 24 juillet par des bombardements qu’il attribue à des drones kamikazes venus du Rwanda. Il cite Mulima, Point Zéro et Rugezi dans le territoire de Fizi, Kipupu, Mikenge et Kiseke dans celui de Mwenga.
L’élu décrit des familles sans abri, privées de vivres et de non-vivres, des blessés sans accès aux soins, des enfants qui meurent de faim, des populations exposées aux intempéries et aux maladies. Il interpelle les FARDC pour qu’elles « accomplissent leur mission régalienne, à savoir protéger la population et le territoire national », et demande au gouvernement une aide d’urgence en vivres et non-vivres.
Trente et une frappes de drones et raids aériens en RDC en février, chiffre mensuel le plus élevé jamais relevé
Le 25 mars 2026, la Haute-Commissaire adjointe des Nations unies aux droits de l’homme, Nada Al-Nashif, chiffre le phénomène devant le Conseil des droits de l’homme. « En février, l’organisation de suivi des conflits ACLED a enregistré 31 frappes de drones et raids aériens en RDC, le chiffre mensuel le plus élevé jamais relevé », dit-elle. Elle rapporte que, deux semaines avant sa déclaration, une frappe de drone à Goma a tué une collaboratrice de l’UNICEF, Karine Buisset, et au moins deux autres personnes, et que les attaques de drones contre l’aéroport de Bangoka, à Kisangani, dans la Tshopo, ont semé la panique.
Sur la période allant d’octobre 2025 à février 2026, le bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme en RDC a documenté 2 560 violations affectant 6 760 victimes. Nada Al-Nashif détaille quatre catégories, qui ne recouvrent pas l’ensemble de ce total : quelque 600 cas d’exécutions sommaires ayant fait plus de 1 300 morts, près de 1 500 personnes enlevées, 1 200 autres soumises à des violences physiques et environ 450 victimes de violences sexuelles et basées sur le genre. Elle conclut par une exigence adressée à Kigali : « Le Rwanda doit retirer ses forces de la RDC et respecter son intégrité territoriale. Il doit également cesser son soutien au M23. »
Huit mille à dix mille militaires rwandais au Sud-Kivu, selon le Groupe d’experts
Le rapport final du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, coté S/2026/466 et publié le 11 juin 2026, chiffre le déploiement dans la province où se trouve Fizi. « Le déploiement des RDF dans l’est de la République démocratique du Congo était estimé, de manière prudente, entre 8 000 et 10 000 éléments au Sud-Kivu et entre 6 000 et 8 000 au Nord-Kivu », écrit le Groupe. Le document inventorie parmi les équipements en cause des « drones kamikazes et drones à vue subjective ». Il identifie Charles Sematama à la tête du MRDP/Twirwaneho, l’un des groupes que l’armée congolaise cite dans les attaques des hauts plateaux.
Dans son bilan africain de mars 2026, ACLED situe les frappes aériennes et de drones enregistrées en RDC à Mwenga, Masisi et Fizi. L’organisation indique que les FARDC opèrent de leur côté des appareils chinois CH-4 et turcs TAI Anka avec l’assistance de sociétés militaires privées.
Cinq centres d’accueil pour les familles de Mulima, Point Zéro et Rugezi
Un mois après l’alerte du député de Fizi, le gouvernement provincial du Sud-Kivu n’a publié aucun décompte des personnes arrivées à Baraka, Kananda, Mukera, Kichoula et Lumania depuis le 3 juillet, ni bilan des écoles et des centres de santé détruits à Mulima. Dans ces centres, les familles venues de Mulima, de Point Zéro et de Rugezi sont, selon la description qu’en donne l’élu, sans abri, sans vivres et sans accès aux soins.