Santé Ebola : au Nord-Kivu, on meurt presque deux fois plus qu’en Ituri
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Ebola : au Nord-Kivu, on meurt presque deux fois plus qu’en Ituri

Sur 239 cas confirmés au Nord-Kivu, 141 ont été mortels au 19 juillet : une létalité de 59 %, quand l'Ituri est à 37,5 %. Ce que révèle cet écart.

Centre de traitement d'Ebola dans l'est de la RDC.

Ebola : au Nord-Kivu, on meurt presque deux fois plus qu’en Ituri
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 JUILLET 2026 - 04:45 WAT · 4 min de lecture

Au Nord-Kivu, l’épidémie d’Ebola tue dans des proportions que l’on n’observe nulle part ailleurs en République démocratique du Congo. Sur les 239 cas confirmés recensés dans la province au 19 juillet, 141 ont été mortels, selon le rapport de situation n°66 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique (COUSP). La létalité y atteint 59 %, quand elle s’établit à 37,5 % en Ituri, l’épicentre, et à 39,9 % à l’échelle nationale. Un malade dépisté au Nord-Kivu a donc près de deux fois moins de chances d’en réchapper qu’un malade de Bunia.

Le détail par zone de santé est plus rude encore. À Katwa, 72 des 104 cas confirmés ont succombé, soit une létalité de 69 %. À Beni, elle grimpe à 68 %, avec 25 décès pour 37 cas. Butembo, deuxième foyer provincial, compte 30 morts pour 58 cas. Onze des trente-quatre zones de santé du Nord-Kivu sont désormais touchées, et la province a encore notifié neuf nouveaux cas en vingt-quatre heures, dont six à Katwa.

Un virus qui arrive souvent après la mort

L’écart ne s’explique pas par une forme plus virulente de la maladie. C’est partout la même souche, Bundibugyo, pour laquelle il n’existe aucun vaccin homologué ni traitement spécifique, et dont la prise en charge repose sur le dépistage précoce, l’isolement et les soins de soutien. Ce qui diffère, c’est le moment où le malade entre dans le système de soins. Une létalité élevée signale d’abord des patients pris en charge trop tard, ou pas du tout.

Or c’est précisément ce que décrivent les acteurs de terrain. Le rapport du COUSP relève qu’en Ituri, 65,7 % des décès enregistrés en une journée sont survenus dans la communauté, hors des structures de soins. À l’échelle de la riposte, l’Organisation internationale pour les migrations estime que plus de 60 % des décès se produisent au sein des communautés, là où des familles hésitent encore à signaler les cas suspects ou à confier leurs proches aux équipes soignantes. Ces morts, souvent confirmées après coup, gonflent mécaniquement la létalité des zones où la défiance et l’éloignement priment.

Le Nord-Kivu cumule les handicaps. La riposte y est plus dispersée qu’en Ituri, où se concentrent les centres de traitement et les capacités de laboratoire. L’insécurité y pèse aussi : début juillet, un centre d’isolement pour cas suspects a été attaqué à Butembo, à l’hôpital de Kitatumba. Chaque interruption de la chaîne de soins retarde un diagnostic, et chaque retard se paie. « Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle », résume Trish Newport, responsable du programme d’urgence de Médecins sans frontières (MSF).

La transmission communautaire, moteur de la surmortalité

Derrière les chiffres, un ressort se répète : le virus circule et tue là où il échappe à la surveillance. Andrew Mbala, expert de l’OIM, met en garde contre la manipulation des dépouilles, hautement contagieuses après le décès. « Si nous ne gérons pas correctement les corps, si nous n’impliquons pas la communauté, cela signifie qu’il y aura plus de propagation au sein de la population », avertit-il.

Tout n’est pourtant pas au rouge dans la province. Le suivi des contacts y atteint 83,8 %, un niveau supérieur à la moyenne nationale de 81,1 %, signe que les équipes gardent la trace d’une part importante des personnes exposées. Mais tracer un contact ne suffit pas si le malade, une fois symptomatique, tarde à rejoindre un centre de traitement ou meurt chez lui.

La bataille du Nord-Kivu se joue ainsi moins dans les laboratoires que dans la confiance des habitants. Tant que les familles préféreront soigner puis enterrer leurs proches à domicile, la létalité restera l’indicateur le plus sombre de la province, celui qui mesure non la puissance du virus mais la distance qui sépare encore les malades des soins.

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B
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