Ebola en RDC : le cap des 2 000 cas franchi, MSF alerte sur un « rythme sans précédent »
Ebola en RDC : le cap des 2 000 cas franchi, MSF alerte sur un « rythme sans précédent »
AFP
Deux mois après sa déclaration, l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la RDC a franchi un seuil que personne n’espérait voir. Le bilan dépasse désormais les 2 000 cas confirmés, pour environ 754 décès selon un décompte des autorités sanitaires congolaises rapporté à la mi-juillet. Médecins Sans Frontières, présente en Ituri, tire la sonnette d’alarme, décrivant une maladie qui se propage « à un rythme sans précédent » pendant que les moyens pour la contenir restent, eux, insuffisants. Voici ce qu’il faut retenir de cette dix-septième épidémie congolaise, la plus rapide de l’histoire du virus.
Les chiffres, d’abord, méritent d’être maniés avec précaution, car plusieurs bilans coexistent. La référence officielle la mieux datée, celle du Centre des opérations d’urgence de santé publique, faisait état de 1 873 cas confirmés et 672 décès au 11 juillet, soit une létalité de 36 % depuis la déclaration de l’épidémie le 15 mai. Dans un communiqué du 15 juillet, MSF évoquait « près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès », et des sources sanitaires citées par la presse ont, quelques jours plus tard, porté le décompte au-delà de 2 000 cas et à 754 morts. L’Organisation mondiale de la santé, qui consolide les données nationales avec un temps de retard, publie des chiffres plus bas mais confirme la tendance. Le ministère de la Santé, lui, dénombre plus de trois cents guéris.
Ce qui inquiète le plus MSF, c’est la vitesse. L’organisation qualifie cette flambée de troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée et de celle qui progresse le plus vite, ayant déjà dépassé la moitié du nombre de cas de l’épidémie de 2018-2020, qui avait pourtant duré près de deux ans. « Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle », résume Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF, qui réclame « une action internationale plus forte et mieux coordonnée ». Sur le terrain, la saturation est le mot qui revient. « Le centre de traitement d’Elikiya, à Bunia, doté de 90 lits, fonctionne presque toujours à pleine capacité. Les gens nous disent qu’ils préfèrent attendre chez eux et ne venir que lorsqu’un lit se libère », rapporte Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de l’ONG à Bunia.
L’épidémie reste concentrée en Ituri, qui rassemble environ neuf cas sur dix, autour de Bunia, Rwampara, Mongbwalu et Nizi. Mais elle déborde désormais ses frontières, des cas ayant été rapportés dans la Tshopo, jusqu’à Kisangani, et dans le Haut-Uélé, tandis que l’Ouganda voisin a recensé une vingtaine de cas. Un signal alarme particulièrement les épidémiologistes, la majorité des nouvelles contaminations surviennent hors des listes de contacts connus, signe que des chaînes de transmission échappent à la surveillance.
Plusieurs facteurs expliquent cet emballement. La souche en cause, dite Bundibugyo, ne dispose d’aucun vaccin ni traitement homologué, à la différence de la souche Zaïre contre laquelle la riposte de 2019 avait pu s’appuyer sur des outils éprouvés. À cette impasse thérapeutique s’ajoute une crise sociale, les prestataires de la riposte multipliant les débrayages pour réclamer leurs primes impayées, quand la grève des médecins paralyse en parallèle les hôpitaux de Kinshasa. La défiance des communautés complique encore la tâche, un centre d’isolement de Rwampara ayant été incendié en mai par des proches venus récupérer un corps. Enfin, l’insécurité qui ronge l’Est, entre l’armée, les Wazalendo et l’AFC/M23, entrave l’accès des équipes et la surveillance.
Face à cette dégradation, l’État a musclé son dispositif. Le 13 juillet, Félix Tshisekedi a confié la conduite de la riposte de terrain au virologue Steve Ahuka, vétéran des épidémies précédentes. Washington a réaffirmé son appui, le chargé d’affaires américain Ian McCary évoquant « plus de 600 millions de dollars » consacrés à la lutte, tout en imposant à ses ressortissants quittant la RDC une restriction de voyage. Des essais thérapeutiques ont été lancés à Bunia autour d’un anticorps monoclonal et d’un antiviral, et un premier essai de vaccin contre la souche Bundibugyo a débuté, mais au stade préliminaire et au Royaume-Uni, loin encore d’une utilisation sur le terrain.
L’issue reste incertaine. « Nous aimerions dire qu’elle se stabilise, mais franchement, nous ne pouvons pas encore le dire », reconnaissait début juillet la représentante de l’OMS en RDC, Anne Ancia, pointant le manque d’ambulances et des centres au bord de la rupture. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, veut pourtant croire à la victoire, rappelant le nombre de guéris et appelant la population à consulter dès les premiers symptômes. Entre l’optimisme officiel et l’alarme des humanitaires, une même urgence, celle du temps. MSF prévient que sans une riposte médicale bien plus robuste et coordonnée, cette épidémie risque de se muer en une crise que nul ne pourra plus contenir.
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