Ebola en RDC : la riposte à court d’argent, un plan financé à 35 %
Primes impayées, grèves des équipes, centres de traitement manquants : le sous-financement de la lutte contre Ebola fragilise un dispositif déjà sous pression, à l'heure où l'épidémie dépasse 700 morts.
Le ministre congolais de la santé publique hygiène et prévention, Roger Kamba et son homologue de la communication et médias, Patrick Muyaya au cours d'un briefing de presse. Crédit photo : @Patrick_Muyaya.
AFP
Derrière les chiffres de la dix-septième épidémie d’Ebola, arrêtés au 11 juillet à 1 926 cas confirmés et 702 décès, se joue une bataille budgétaire. Le plan conjoint de riposte du gouvernement congolais et de l’Organisation mondiale de la santé, évalué à 510 millions de dollars pour la période de juin à novembre, n’était financé qu’à hauteur de 35 % à la mi-juin, selon un rapport du cadre de concertation de la société civile de l’Ituri. Ce déficit se lit sur le terrain, où plusieurs zones de santé touchées restent dépourvues de centre de traitement.
Le premier symptôme de cette tension est social. Début juillet, les prestataires engagés dans la riposte à Bunia et à Rwampara ont cessé le travail pour dénoncer des primes impayées, parfois depuis deux mois, et des conditions qui les exposent au virus. Dans un mémorandum adressé au gouverneur de l’Ituri, ils ont posé un ultimatum. « Nous exigeons ce qui suit : notre paiement dans l’immédiat au plus tard dans les 24 heures. Le barème à notre disposition n’est pas à la hauteur de notre travail. Nous dénonçons l’exportation de la main-d’œuvre des autres provinces vers l’Ituri et déplorons le manque de moyens nécessaires pour riposter », écrivaient-ils, cités par Radio Okapi.
Venu à Bunia début juillet, le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, a reconnu des dysfonctionnements dans la gestion du personnel et promis un assainissement des paiements. « Nous allons régler cette situation. Chaque agent recevra une carte professionnelle servant aussi de carte bancaire afin que les paiements soient effectués directement, sans intermédiaire », a-t-il déclaré, cité par Radio Okapi. La société civile réclame, elle, un audit indépendant de la gestion des fonds et la mise en place d’un comité provincial de suivi, dénonçant un manque de transparence dans les listes de paie.
Le manque de moyens pèse directement sur l’efficacité de la riposte. Au Nord-Kivu, les centres de traitement sont saturés, avec un taux d’occupation supérieur aux capacités installées, et le suivi des contacts, à 78,3 % à l’échelle nationale, reste sous le seuil recommandé. Dans son rapport de situation, l’Institut national de santé publique chiffre à une vingtaine de millions de dollars le déficit de financement immédiat qui limite la mise en œuvre de tous les piliers de la réponse, du laboratoire à la logistique.
L’enjeu est d’autant plus lourd qu’il n’existe, contre la souche Bundibugyo, ni vaccin homologué ni traitement spécifique, le vaccin Ervebo ne protégeant que contre la souche Zaïre. Un essai clinique, baptisé PARTNERS, évalue depuis début juillet deux traitements expérimentaux, mais la riposte repose pour l’essentiel sur des mesures classiques, détection, isolement, suivi des contacts, dont chacune a un coût. Sans financement à la hauteur, c’est cette chaîne qui se relâche.
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