Santé Ebola : Tshisekedi confie la riposte de terrain au virologue Steve Ahuka, signe d’une épidémie qui déborde
Santé

Ebola : Tshisekedi confie la riposte de terrain au virologue Steve Ahuka, signe d’une épidémie qui déborde

Félix Tshisekedi préside une réunion de la Task Force nationale de riposte contre Ebola.

Ebola : Tshisekedi confie la riposte de terrain au virologue Steve Ahuka, signe d’une épidémie qui déborde
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 14 JUILLET 2026 - 08:47 WAT · 4 min de lecture

Face à une épidémie qui gagne du terrain, l’État sort un poids lourd. Le lundi 13 juillet 2026, le président Félix Tshisekedi a présidé à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, la quatrième réunion de la Task Force nationale de riposte contre Ebola. À l’issue des échanges, le chef de l’État a désigné le professeur Steve Ahuka-Mundeke manager terrain de la riposte, alors que la maladie persiste en Ituri et s’étend vers d’autres provinces. Le choix d’un tel profil, à ce stade, en dit long sur l’état d’une riposte que la contagion déborde.

Le nom n’a rien d’un choix de circonstance. Virologue, chef du département de virologie de l’Institut national de recherche biomédicale, l’établissement que dirige le professeur Jean-Jacques Muyembe, Steve Ahuka figure parmi les scientifiques congolais les plus aguerris aux crises sanitaires. Il avait assuré la gestion opérationnelle de la dixième épidémie d’Ebola, entre 2018 et 2020 dans l’est du pays, en qualité de gestionnaire d’incidents, avant de coordonner la riposte nationale contre la Covid-19. Formé à la médecine tropicale à Nagasaki et titulaire d’un doctorat de l’université de Montpellier, il revient cette fois avec un titre inédit, celui de manager terrain, distinct de ses fonctions passées.

Les chiffres qui justifient cette mobilisation sont accablants. Au 11 juillet, le Centre des opérations d’urgence de santé publique arrêtait le bilan à 1 873 cas confirmés et 672 décès, soit une létalité de 36 % depuis la déclaration de cette dix-septième épidémie, le 15 mai. Deux jours plus tard, les données présentées à la Task Force faisaient état d’environ 1 900 cas et 700 morts. La maladie, provoquée par la souche Bundibugyo du virus contre laquelle aucun vaccin homologué n’existe encore, reste concentrée en Ituri, mais des cas ont déjà été enregistrés dans la Tshopo et le Haut-Uélé, faisant redouter une propagation plus large.

La désignation d’un coordinateur de terrain intervient dans un contexte où la riposte accumule les failles. Les centres de traitement sont saturés, l’UNICEF a alerté sur l’effondrement du système de santé à Bunia, et les prestataires engagés dans la lutte ont multiplié les débrayages pour réclamer le paiement de leurs primes. À Kinshasa, au même moment, la grève des médecins paralysait les hôpitaux publics. Confier la conduite opérationnelle à une figure reconnue vise à reprendre en main une machine grippée sur plusieurs fronts à la fois.

Le gouvernement veut malgré tout afficher des motifs d’espoir. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a fait valoir que les campagnes de sensibilisation communautaire commençaient à porter leurs fruits. « Si l’on évalue la situation dans son ensemble, nous pensons que cette maladie peut être vaincue. Il y a déjà beaucoup de personnes guéries », a-t-il déclaré, chiffrant à plus de trois cents le nombre de patients rétablis. Le ministre a toutefois insisté sur la nécessité de consulter dès les premiers symptômes, avant la phase aiguë, la plus difficile à prendre en charge.

L’appui international, lui, se veut constant. Présent à la réunion, le chargé d’affaires par intérim de l’ambassade des États-Unis, Ian J. McCary, a réaffirmé le soutien de Washington. « Nous avons consacré plus de 600 millions de dollars pour soutenir la riposte, nous continuons dans la même voie », a-t-il assuré. Ce montant recouvre des fonds mobilisés pour la riposte, la préparation et l’aide humanitaire, un engagement annoncé qui reste à traduire en moyens concrets sur le terrain.

La nomination de Steve Ahuka ne changera pas, à elle seule, le cours d’une épidémie qui progresse plus vite qu’elle n’est endiguée. Elle marque en revanche un tournant dans la manière dont l’État congolais aborde cette crise, en plaçant à la manœuvre non plus un administrateur, mais un homme de science rompu au terrain. La bataille se gagnera, comme les précédentes, avec des soignants payés, des centres approvisionnés et la confiance des communautés. Le nouveau manager hérite d’un chantier immense, et de très peu de temps pour l’ordonner.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…