Est de la RDC : à Gaborone, l’Union africaine et la SADC tentent d’unifier des médiations éparpillées
Réunis trois jours à Gaborone, l’Union africaine, la SADC et la Communauté d’Afrique de l’Est écrivent noir sur blanc que les cessez-le-feu qu’elles ont obtenus ne tiennent pas. Elles repartent avec une feuille de route de six mois dont le contenu n’est pas publié.
Rencobtre du President Félix Tshisekedi et le Président Rwandais, Paul Kagame à Doha au Qatar.
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AFP
Quatre anciens chefs d’État, un médiateur, trois organisations régionales et un secrétariat conjoint créé pour les faire travailler ensemble. Il aura fallu réunir tout cela pendant trois jours à Gaborone, du 24 au 26 juillet, pour tenter de mettre d’accord ceux qui négocient la paix dans l’est de la République démocratique du Congo. La rencontre porte un nom qui dit son propre diagnostic : réunion de haut niveau d’harmonisation. On n’harmonise que ce qui est dispersé.
La Communauté de développement d’Afrique australe, l’Union africaine et le gouvernement du Botswana l’ont co-accueillie, selon leur communiqué conjoint publié le 27 juillet. Elle a été dirigée par Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria et président du panel de facilitateurs de l’Union africaine. Le médiateur de l’Union africaine pour le dossier congolais, le président togolais Faure Essozimna Gnassingbé, y était représenté par Yackoley Kokou-Johnson, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères. Autour d’eux siégeaient l’ancien président du Botswana Mokgweetsi Eric Keabetswe Masisi, l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde, l’ancienne présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza et l’ancien président burundais Domitien Ndayizeye, qui préside le Panel des Sages de l’Union africaine.
Ce que le communiqué reconnaît de lui-même
Le texte de clôture ne se contente pas de saluer des progrès. Kula Ishmael Theletsane, directeur de l’Organe de politique, défense et sécurité du secrétariat de la SADC, y représentait le secrétaire exécutif. Sa position, telle que la rapporte le communiqué, est celle d’un constat d’échec partiel : si un cadre de paix conduit par l’Afrique a bien été construit, « les défis sécuritaires croissants, les violations persistantes des accords de cessez-le-feu, la dégradation des conditions humanitaires et l’émergence de problèmes de santé publique exigent un engagement renouvelé et une coordination institutionnelle renforcée entre toutes les parties prenantes » (traduit de l’anglais).
Quatre mots comptent dans cette phrase : violations persistantes des accords. C’est la médiation elle-même, réunie au grand complet, qui écrit que les cessez-le-feu qu’elle a obtenus ne tiennent pas. Le communiqué ajoute une seconde reconnaissance, plus rare encore dans ce type de document : l’ordre du jour de Gaborone consistait à « aligner les initiatives de médiation, renforcer le dispositif institutionnel du Secrétariat conjoint indépendant, réexaminer les priorités thématiques et élaborer une feuille de route stratégique de six mois assortie d’un plan d’action opérationnel ». Aligner, renforcer, réexaminer : le vocabulaire d’une machine qui se répare en marche.
Ce Secrétariat conjoint indépendant, l’IJS, est précisément l’aveu institutionnalisé du problème. Il rassemble des experts de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la SADC et du secrétariat de la Communauté d’Afrique de l’Est. Trois administrations distinctes ont donc dû créer une quatrième structure pour cesser de se marcher dessus sur le même dossier. Le communiqué précise que la réunion visait à « unifier les efforts de paix régionaux, améliorer la coordination entre les médiateurs et soutenir les accords de paix existants par un dialogue politique continu et une action conjointe ».
Un livrable annoncé, un contenu introuvable
Gaborone repart avec deux objets : une feuille de route stratégique de six mois et un plan d’action opérationnel. Obasanjo a demandé aux participants de produire « des recommandations pratiques pour accélérer la mise en œuvre des accords de paix en cours ». C’est là que le document s’arrête. Ni le contenu de la feuille de route, ni son calendrier, ni la liste des recommandations adoptées ne sont rendus publics. Un observateur qui voudrait, dans six mois, mesurer ce que Gaborone aura produit ne dispose à ce jour d’aucun critère écrit pour le faire.
L’argument économique, lui, est assumé. Phenyo Butale, ministre des Relations internationales du Botswana, a fait valoir que « la paix en République démocratique du Congo est essentielle à l’intégration régionale, au commerce transfrontalier, au développement économique et à la réalisation des objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine ». La formule situe l’enjeu ailleurs que dans la seule protection des civils : pour les États d’Afrique australe, l’est congolais est aussi un corridor. La SADC indique poursuivre sa collaboration avec l’Union africaine, la Communauté d’Afrique de l’Est et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Soit, pour un seul conflit, quatre enceintes régionales et un panel.
La même semaine, deux autres capitales saisies du dossier
Gaborone n’a pas été le seul rendez-vous de la semaine. Le 26 juillet, à Malabo, le président Félix Tshisekedi a adressé un message au président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale sur la situation sécuritaire dans l’est du pays, selon Actualité.cd. Le contenu de ce message n’a pas pu être établi : la page du média n’a pas été servie à la lecture, et seul son titre est acquis. Une cinquième enceinte, donc, saisie du même dossier à quarante-huit heures d’intervalle.
Trois jours plus tôt, le 23 juillet, le représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, Jay Dharmadhikari, appelait au respect de la résolution 2773, selon le même média. Cette résolution reste le socle juridique du dossier. Adoptée le 21 février 2025 en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies, elle condamne fermement l’offensive et les avancées du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, demande aux forces de défense rwandaises de cesser leur soutien au M23 et de se retirer sans conditions du territoire congolais, et réitère un appel urgent à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel. Le texte intégral de la résolution n’a pas pu être ouvert pour ce papier : les serveurs documentaires des Nations unies n’ont pas répondu. Le contenu ci-dessus provient de la fiche documentaire de Security Council Report, datée du jour de l’adoption.
Le décalage se lit alors sans commentaire. Une résolution contraignante existe depuis dix-sept mois. Le communiqué de Gaborone, lui, constate le 27 juillet 2026 que les accords de cessez-le-feu continuent d’être violés. Entre les deux, la médiation africaine a passé trois jours à s’organiser elle-même.
Ni Kinshasa ni Kigali n’ont réagi publiquement au communiqué à la date du 27 juillet, dans le périmètre de sources suivi par BETO. Le premier critère vérifiable de Gaborone tombera donc dans six mois, à l’échéance de la feuille de route annoncée : elle aura été publiée, ou elle ne l’aura pas été.
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