Mines & Ressources Métalkol : neuf travailleurs enlevés à Kolwezi, et une occupation dont personne ne revendique l’autorisation

Métalkol : neuf travailleurs enlevés à Kolwezi, et une occupation dont personne ne revendique l’autorisation

Neuf personnes travaillant pour un sous-traitant présent sur le site de Métalkol ont été enlevées le vendredi 21 août et relâchées le dimanche 23 au soir, selon Mines.cd. Depuis février, une coopérative occupe une partie de la concession, et ni l'Inspection générale des Mines ni le ministère de l'Intérieur ne disent l'avoir autorisée.

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AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 25 AOÛT 2026 - 20:26 WAT · 6 min de lecture

Neuf personnes travaillant pour un sous-traitant opérant sur le site de Métalkol, au Lualaba, ont été enlevées le vendredi 21 août 2026 et relâchées le dimanche 23 dans la soirée, rapporte Mines.cd. Le média décrit les auteurs comme des hommes en uniforme, présentés comme des militaires des FARDC, accompagnés, selon les informations rapportées, de ressortissants chinois. Aucune autre publication ne rapporte les faits, aucune institution ne les a confirmés, et l’identité des auteurs n’est pas établie. Le lundi 24 août, selon la même source, une excavatrice serait utilisée pour charger du minerai dans des camions au village Saddam, dans la cité de Musonoi à Kolwezi.

Le président de Justicia Asbl, Timothée Mbuya, décrit une mécanique. « Le mode opératoire est toujours le même pour piller. Les militaires viennent sur le site, imposent la terreur, font venir des personnes pour prendre le minerai et l’apporter dans des unités de traitement », déclare-t-il dans des propos que Mines.cd indique avoir repris d’Afrikarabia. Il y ajoute : « Ici, nous sommes toujours dans une zone de non-droit. » Le même média rapporte qu’il s’agirait du deuxième enlèvement sur ce site en un mois ; le premier n’est documenté nulle part.

Six mois de décisions, et un site toujours occupé

Les faits du 21 août s’inscrivent dans une séquence documentée depuis février. Le permis d’exploitation PER 652 appartient à Métalkol SA, filiale du groupe Eurasian Resources Group. L’État congolais détient 10 % du capital de Métalkol, quatrième producteur mondial de cobalt, mis en service en 2018, selon Bloomberg. Dans son communiqué n° 017/JUST/2026 du 10 juin, Justicia Asbl écrit qu’une partie de cette concession est occupée depuis février 2026 par la coopérative Hosanna, sous couvert d’une opération de curage de la rivière Musonoi.

Le 22 mai 2026, une mission conjointe de la Maison militaire du chef de l’État et de l’Inspectorat général des FARDC restitue le site à Métalkol ; plus de 131 engins lourds, dont 77 camions, des excavatrices et des chargeuses, sont saisis et scellés par le parquet général du Lualaba, un chiffre que Justicia porte à plus de 133 dans son communiqué suivant du 14 juillet. Le vendredi 5 juin, selon le communiqué du 10 juin, une incursion militaire a lieu sur le périmètre pour reprendre de force ces engins sous scellés.

« Il est capital qu’un procès exemplaire contre les auteurs et complices de ce pillage des minerais soit tenu afin de restaurer Metalkol SA dans ses droits légitimes, de sanctionner les opérateurs illégaux et de contribuer à l’amélioration du climat des affaires », écrit alors Me Timothée Mbuya dans le communiqué du 10 juin, dont Zoom Eco rend compte.

Le vendredi 10 juillet 2026, le président Félix Tshisekedi ordonne le retrait immédiat des militaires et policiers des sites miniers, décision annoncée à l’issue du 94e Conseil des ministres. « Une telle situation entretient des perceptions négatives sur la gouvernance de nos ressources naturelles, fragilise les mécanismes de contrôle, favorise les circuits illicites et compromet les efforts déployés par le gouvernement en faveur d’une exploitation responsable », déclare le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, dans le compte rendu rapporté par Radio Okapi. Justicia rappelle dans son communiqué du 14 juillet que la même mesure avait été annoncée par le président Félix Tshisekedi le 13 avril 2019, au Conseil national de défense de Lubumbashi, et qu’un ultimatum de l’Auditeur militaire supérieur avait expiré le 17 septembre 2022 sans résultat.

Le 21 juillet, Radio Okapi rapporte que le général Eddy Kapend, commandant de la 22e région militaire, a ordonné le week-end précédent le retrait des militaires d’un site minier du Lualaba. « Les soldats vivent en brousse pour protéger la République. Il est interdit aux militaires d’aller dans les mines perturber la production », y déclare-t-il. Un mois plus tard, le 19 août, deux jours avant l’enlèvement, la société civile Eben-Ezer signale à Reporter.cd que des militaires sont toujours présents dans des carrés miniers du Lualaba et que certains accompagnent des ressortissants chinois. Son coordonnateur Mexa Mukanya y donne une explication : « Nous nous sommes rendu compte que les militaires qui sont dans les carrières minières ne dépendent pas de la 22e région militaire. Ce sont les unités de détachement qui viennent de Kinshasa. Raison pour laquelle, ils n’obéissent pas à l’ordre de Lubumbashi. »

Personne ne revendique l’autorisation

La question que pose l’occupation a reçu deux réponses écrites, et elles vont dans le même sens. Dans l’article de Bloomberg publié le 19 mai 2026, l’Inspection générale des Mines répond que « Hosanna is not authorized to carry out the decontamination of the river », soit que la coopérative n’est pas autorisée à dépolluer la rivière. Le 4 mars, le ministère de l’Intérieur avait répondu à Métalkol que sa correspondance antérieure avec la coopérative ne constituait nullement une autorisation.

À Bloomberg, ERG évalue à environ 45 millions de tonnes les rejets visés par l’exploitation, une durée de vie de Métalkol ramenée de neuf à trois ans et plus de 10 milliards de dollars de ventes menacées, et indique que les rejets extraits partent vers trois raffineries voisines détenues par des intérêts chinois. ERG Africa écrit à Bloomberg : « This situation carries with it the known risks of illegal ASM », c’est-à-dire que la situation porte les risques connus de l’exploitation minière artisanale illégale. ERG déclare également, dès mai, que des militaires congolais ont empêché son personnel d’accéder à la zone.

Deux mois plus tard, la description que fait Justicia du circuit est la même. « L’inefficacité de ces mesures tient au fait que cette activité est devenue très rentable profitant aux réseaux mafieux devenus à ce jour extrêmement puissants », écrit Me Timothée Mbuya dans le communiqué du 14 juillet, qui y range des militaires, des acteurs politiques, des personnalités se disant liées directement au chef de l’État et des étrangers finançant parfois des coopératives appartenant à des personnalités politiquement exposées. Il développe le 15 juillet, à Radio Okapi : « Cette activité est devenue très rentable et très lucrative, au point que les responsables militaires ainsi que les responsables politiques ont tendance à se ruer vers les mines, notamment les mines de cuivre et de cobalt, pour exploiter les permis appartenant à des particuliers, avec le soutien de certains investisseurs ou de certains étrangers qui apportent de l’argent frais ou des liquidités ».

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