Ambassade à Jérusalem : une annonce faite à Jérusalem, absente du communiqué de Kinshasa
Le communiqué de la Présidence sur la visite en Israël ne mentionne ni le transfert de l'ambassade congolaise ni l'ouverture d'une ambassade israélienne. Et la réciprocité annoncée n'est pas symétrique : Israël n'a pas d'ambassade résidente en RDC.
Le Président d'Israël Isaac Herzog à gauche et le Président Félix Tshisekedi de la RDC à droite.
Photo : Présidence.
AFP
La phrase la plus lourde de la visite présidentielle en Israël n’a pas été prononcée à Kinshasa. Le 3 septembre, un communiqué conjoint annonce que la République démocratique du Congo et Israël prendront des mesures en vue du transfert de l’ambassade congolaise de Tel-Aviv à Jérusalem. L’information est partie de Jérusalem, par une dépêche d’agence, et a fait le tour des rédactions israéliennes et arabes avant d’atteindre Kinshasa.
Le communiqué de la Présidence ne mentionne ni le transfert ni l’ouverture
Le communiqué de la Présidence de la République, mis en ligne le 1er septembre sous le titre « Coopération RDC-Israël : Kinshasa et Jérusalem consolident leur partenariat stratégique », rend compte des entretiens du chef de l’État avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le président Isaac Herzog. Il énumère six domaines de coopération : la sécurité et la défense, l’agriculture et la sécurité alimentaire, les infrastructures et l’énergie, les hautes technologies, l’eau et la santé.
Il cite le Premier ministre israélien, « C’est une grande amitié que nous souhaitons approfondir encore plus », et le président congolais, « Notre ambition est de bâtir avec Israël un partenariat moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique ». Il ne contient aucune mention du transfert de l’ambassade congolaise, ni de l’ouverture d’une ambassade israélienne à Kinshasa. Au 4 septembre, ni la Présidence ni le ministère d’État aux Affaires étrangères n’ont publié de texte assumant cette décision.
Une réciprocité qui n’est pas symétrique
L’annonce est présentée comme un échange : la RDC monte à Jérusalem, Israël s’installe à Kinshasa. Les deux gestes ne partent pas du même point. La République démocratique du Congo dispose d’un ambassadeur en Israël depuis 2020, le premier depuis vingt ans. Israël n’a pas d’ambassade résidente en RDC. Son ambassadeur accrédité auprès de Kinshasa, Leo Vinovezky, a présenté ses lettres de créance le 10 novembre 2025 en qualité d’ambassadeur non résident, avec résidence à Luanda, comme l’indiquait alors la Présidence. Sur place, seul fonctionne un consulat honoraire.
La promesse d’ouverture n’est pas neuve non plus. Le 22 septembre 2023, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, les deux dirigeants annonçaient déjà les mêmes deux décisions symétriques. Trois ans plus tard, aucune n’avait été exécutée, et l’inventaire des textes signés entre les deux pays tenait en deux mémorandums, sur les consultations politiques et sur la coopération entre académies diplomatiques.
Aucun calendrier n’accompagne l’annonce du 3 septembre. Le communiqué conjoint parle de mesures « en vue du » transfert, formule qui n’engage aucune date.
Un club de sept, et une position du Conseil de sécurité
Le transfert placerait la RDC dans un ensemble restreint. Les États-Unis ont déplacé leur ambassade en mai 2018. Le Guatemala, le Honduras, le Paraguay, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Fidji ont suivi ou promis de suivre. La Colombie vient d’annoncer la même intention. Le Kosovo et le Somaliland y entretiennent des représentations, mais ne sont pas États membres des Nations unies. La grande majorité des États conserve son ambassade à Tel-Aviv.
Cette réserve n’est pas une habitude diplomatique, c’est une position du Conseil de sécurité. Celui-ci a rejeté les mesures visant à modifier le statut de Jérusalem et appelé les États à ne pas y établir de missions diplomatiques. Le statut final de la ville, pour la communauté internationale, relève d’une négociation entre Israéliens et Palestiniens, ces derniers revendiquant Jérusalem-Est occupée comme capitale d’un futur État.
Aucune réaction palestinienne, arabe, africaine ou onusienne à l’annonce congolaise n’a été rendue publique au 4 septembre.
Deux questions de droit interne restent ouvertes
Déplacer le siège d’une mission diplomatique est un acte administratif, mais il engage la position du pays sur un contentieux territorial. Deux points n’ont pas été éclaircis. Le premier est de savoir quel instrument juridique porte la décision côté congolais : une ordonnance présidentielle, un arrêté du ministère des Affaires étrangères, ou une simple décision d’organisation interne. Le second est de savoir si le Parlement doit en être saisi.
Ces questions ne sont pas théoriques pour un pays qui plaide en permanence, devant ces mêmes Nations unies, le respect de l’intégrité territoriale et l’application des résolutions du Conseil de sécurité sur son propre Est.
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