Sécurité & Défense Vers Walikale et Kisangani : la carte de la conquête de l’AFC/M23 appuyée par Kigali

Vers Walikale et Kisangani : la carte de la conquête de l’AFC/M23 appuyée par Kigali

Renforts vers Walikale, encerclement de Pinga, menaces sur Butembo, Beni et Kisangani : le rapport de l'ONU dresse la carte de la conquête de l'AFC/M23 appuyée par l'armée rwandaise.

Vers Walikale et Kisangani : la carte de la conquête de l’AFC/M23 appuyée par Kigali
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 09:52 WAT · 4 min de lecture

Fin mai 2025, des renforts se sont mis en mouvement dans le territoire de Masisi. L’objectif n’était pas défensif. Il visait la prise de Walikale-centre et l’encerclement de Pinga, verrou stratégique de l’accès à cette zone. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, en fait le récit précis. Il documente une offensive coordonnée entre l’AFC/M23 et l’armée rwandaise, désignée par son sigle RDF, le long de deux axes routiers convergents.

Le rapport identifie ces axes sans ambiguïté. Il écrit, à l’annexe 21 : « From late May 2025, AFC/M23 and RDF deployed reinforcements into Masisi territory along the Masisi–Kashebere and the Nyabiondo–Kashebere axes, at the boundary with Walikale territory, with the objective of taking Walikale centre. » Traduction : à partir de la fin mai 2025, l’AFC/M23 et les RDF ont déployé des renforts dans le territoire de Masisi le long des axes Masisi-Kashebere et Nyabiondo-Kashebere, à la frontière du territoire de Walikale, avec l’objectif de prendre Walikale-centre.

À lire aussi : Rapport de l’ONU : environ 30 000 combattants de l’AFC/M23 appuyés par jusqu’à 18 000 soldats rwandais

La logique du terrain commande la manœuvre. Ces routes, note le Groupe d’experts, constituent l’approche la plus courte et la plus viable sur le plan opérationnel depuis Masisi vers Pinga, décrit comme une porte d’entrée stratégique vers Walikale-centre. Leur contrôle permet de soutenir des opérations militaires prolongées par des mouvements rapides de troupes et de ravitaillement. La sécurisation de ces voies ouvre autre chose encore.

Le rapport en tire la portée régionale. À l’annexe 21, il écrit que la maîtrise de ces axes permettrait à l’AFC/M23 et aux RDF « to encircle Pinga from multiple directions with the aim of taking Walikale, connecting their positions and projecting force simultaneously across Masisi, Rutshuru, and Walikale territories. » Traduction : d’encercler Pinga de plusieurs directions dans le but de prendre Walikale, de relier leurs positions et de projeter leur force simultanément sur les territoires de Masisi, Rutshuru et Walikale. Trois territoires visés d’un même mouvement.

À la manœuvre militaire répond une parole publique. Le Groupe d’experts consigne, à l’annexe 22, les déclarations de responsables de premier plan du mouvement. Bahati Erasto, gouverneur du Nord-Kivu désigné par l’AFC/M23, s’est exprimé lors de visites à Kanyabayonga et Kirumba entre le 9 et le 11 juin. Selon le rapport, il a affirmé que Lubero, Butembo et Beni tomberaient bientôt sous le contrôle de l’AFC/M23. L’annonce fixe un cap territorial explicite vers le nord de la province.

À lire aussi : 45 % des exécutions : la courbe de l’ONU qui désigne l’AFC/M23 et suit la présence rwandaise

La deuxième voix élargit encore l’horizon. Le rapport rapporte, à l’annexe 22, les propos de Baudoin Ngaruye, présenté comme « Brigadier General » et commandant de la première zone de défense de l’AFC/M23, celle qui couvre l’axe Goma-Rutshuru-Kanyabayonga-Kirumba. Le 8 septembre, selon le Groupe d’experts, il « declared in Kirumba that AFC/M23 intended to resume hostilities aimed at capturing Butembo and Kisangani. » Traduction : a déclaré à Kirumba que l’AFC/M23 entendait reprendre les hostilités visant à capturer Butembo et Kisangani. Kisangani, capitale de la Tshopo, est à des centaines de kilomètres du front actuel.

La carte que dessinent ces éléments est celle d’une expansion assumée. D’un côté, une poussée physique appuyée par des blindés humains rwandais vers Walikale et Pinga. De l’autre, des chefs qui nomment publiquement leurs prochaines cibles : Lubero, Butembo, Beni, Kisangani. Le rapport ne présente pas ces annonces comme des rumeurs. Il les attribue à des sources de renseignement et de la société civile, et renvoie pour l’une d’elles à une vidéo publiquement accessible.

Pour Kinshasa, ces pages assemblent une même démonstration : une agression étrangère qui ne se cache plus derrière la fiction d’une rébellion locale, mais affiche un plan de conquête à l’échelle de l’Est et au-delà. Les axes, les objectifs, les déclarations sont datés et localisés. Le gouvernement congolais en confie l’examen au Conseil de sécurité.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…