Est de la RDC : 500 000 personnes de plus en urgence alimentaire, selon Londres, qui finance la réponse du consortium SAFER
L’ambassade britannique annonce 500 000 personnes supplémentaires en phase 4 et met en avant le consortium SAFER, qui a touché 230 375 personnes au troisième trimestre, dont 204 309 par transfert d’argent. Dans le même temps, 277 461 ménages ont été affectés par des déplacements.
Est de la RDC : 500 000 personnes de plus en urgence alimentaire, selon Londres, qui finance la réponse du consortium SAFER
AFP
L’ambassade du Royaume-Uni en République démocratique du Congo a annoncé, ce lundi 2 novembre 2026, que « la sécurité alimentaire se dégrade dans l’est de la RDC, avec 500 000 personnes supplémentaires en phase d’urgence (IPC 4) ». Elle met en avant, dans le même message, le consortium SAFER, qu’elle finance et qui « fournit rapidement une aide vitale » sous forme de transferts monétaires, d’aide alimentaire, d’eau, hygiène et assainissement, de protection et de paiements par téléphone.
Le consortium réunit cinq organisations, Mercy Corps, ACTED, Concern Worldwide, le Conseil norvégien pour les réfugiés et Solidarités International. Son bulletin trimestriel, publié pour le troisième trimestre 2026, permet de mettre des volumes derrière l’annonce.
Ce que dit la dernière analyse IPC publiée
L’ambassade n’indique pas de quelle analyse provient son chiffre. À ce jour, la dernière analyse de l’insécurité alimentaire aiguë publiée pour la RDC sur le site du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire date du 12 mai 2026 et porte sur la période de janvier à juin 2026. Elle recense 26,5 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë, dont 22,9 millions en phase 3 dite de crise et plus de 3,6 millions en phase 4, celle de l’urgence. Pour le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et le Tanganyika pris ensemble, elle compte plus de 9,9 millions de personnes en phase 3 ou au-delà.
Aucune analyse postérieure n’apparaît sur ce site. Les 500 000 personnes annoncées par Londres ne figurent donc, à cette heure, dans aucun document IPC publié. Rapportées aux plus de 3,6 millions de la dernière analyse nationale, elles en représenteraient environ un septième.
277 461 ménages déplacés en un trimestre
Le bulletin de SAFER chiffre le mouvement sous-jacent. Entre juillet et septembre, les données de suivi des alertes ont enregistré 78 déplacements dans 25 territoires, affectant près de 277 461 ménages. Le consortium attribue ce décompte aux outils EHtools et à l’analyse du CAT-RDC.
Le bulletin compte en ménages. À cinq personnes par ménage, ordre de grandeur couramment retenu dans l’analyse humanitaire en RDC, ces 277 461 ménages représenteraient près de 1,4 million de personnes déplacées en trois mois.
Neuf personnes aidées sur dix ont reçu de l’argent
Sur le trimestre, SAFER déclare avoir atteint 230 375 personnes. La ventilation éclaire la nature de cette aide :
- 204 309 personnes ont reçu une assistance monétaire ;
- 11 150 ont participé à des activités de protection intégrée ;
- 10 858 ont été sensibilisées à l’hygiène ;
- 4 058 ont eu accès à des installations d’assainissement.
L’assistance monétaire représente ainsi 88,7 % des personnes atteintes. La réponse de SAFER est, pour l’essentiel, une réponse en espèces. Deux interventions pilotes de paiement par téléphone ont été lancées en septembre, à Katoyi au Nord-Kivu et à Walungu au Sud-Kivu, au bénéfice de 3 012 ménages. Le consortium a également clôturé ses activités de protection intégrée à Kirotshe et en a ouvert de nouvelles à Katoyi.
Reste l’écart. Les deux chiffres ne se comparent pas directement, l’un comptant des personnes et l’autre des ménages. Mais sur la base de cinq personnes par ménage, les 230 375 personnes atteintes représentent environ un sixième des personnes affectées par les déplacements du trimestre.
Dix millions de dollars, cinq millions de livres
Le directeur du consortium, John Wesley Jean-Louis, écrit dans son éditorial que le plaidoyer mené auprès des bailleurs a contribué à l’obtention de dix millions de dollars du Fonds humanitaire RDC et de cinq millions de livres sterling du ministère britannique des affaires étrangères, ainsi qu’à des échanges avec le service d’aide humanitaire de l’Union européenne à Bruxelles. Les bailleurs affichés par le bulletin sont UKaid, l’Union européenne, la coopération suisse et le Fonds humanitaire RDC.
Ces montants viennent s’ajouter à un engagement britannique distinct, annoncé le 1er septembre 2026 : plus de cinquante millions de livres consacrées à la lutte contre Ebola en RDC, qui portaient alors à soixante-dix-huit millions de livres la contribution totale du Royaume-Uni à cette riposte.
Ils s’inscrivent surtout dans un plan qui reste largement sous-financé. À la mi-année, le plan de réponse humanitaire 2026 avait reçu 1,016 milliard de dollars sur les 2,13 milliards requis, et le secteur le plus mal servi était précisément l’aide alimentaire, financée à 25,3 %.
Les chiffres Ebola du bulletin ont déjà vieilli
L’éditorial du consortium cite, pour l’épidémie d’Ebola, le rapport de situation arrêté au 30 septembre : sept provinces touchées, 63 zones de santé, 8 300 cas et 4 018 décès. Ces chiffres ont été dépassés en quelques semaines. Le bulletin de l’Institut national de santé publique arrêté au 18 octobre recensait 9 552 cas confirmés et 4 602 décès, soit 1 252 cas et 584 décès de plus en dix-huit jours, environ soixante-dix nouveaux cas et trente-deux décès par jour. Le Conseil des ministres du 23 octobre a pour sa part dénombré 66 zones de santé affectées sur 178.
Les deux crises se superposent sur le même territoire, et cette double peine a déjà été décrite : l’épidémie frappe des populations que la faim avait précédées.
La localisation comme réponse à la lenteur
Le bulletin consacre son dossier du trimestre à la localisation de l’aide. Solidarités International a confié à une organisation congolaise, la FAEVu, la conduite d’évaluations rapides multisectorielles. Le consortium indique que l’ancrage communautaire de cette structure a permis une remontée rapide des alertes et la réalisation de ces évaluations dans un délai de trois jours, et que la FAEVu en a mené trois autres de façon autonome après la fin du projet pilote.
Le bulletin rapporte aussi le parcours d’une femme de 58 ans, déplacée après avoir fui des violences, qui a perdu son fils aîné et vu un autre enrôlé de force, et qui a été prise en charge par Mercy Corps dans le cadre du programme financé par le ministère britannique. Le consortium ne nomme ni les auteurs des violences ni la date des faits. SAFER célébrera son septième anniversaire en novembre.
Rédaction
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