Humanitaires en RDC : 243 incidents et six morts en six mois, un plan financé à 47 %
Le plan de réponse humanitaire 2026 de la RDC a reçu 1,016 milliard de dollars sur les 2,13 milliards requis, un déficit de 1,12 milliard qui ampute d'abord l'aide alimentaire, financée à 25,3 %. Entre janvier et juin, 243 incidents ont visé le personnel humanitaire et six travailleurs ont été tués, selon le coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC.
Le commissaire de l’Union européenne (UE) chargé de la gestion des crises Janez Lenarčič en visite dans un camp de déplacés le 18/06/2024 à Goma.
UE en RDC
AFP
Sur les 2,13 milliards de dollars que réclame le plan de réponse humanitaire 2026 de la République démocratique du Congo, 1,016 milliard avait été enregistré au 19 août par le Service de suivi financier des Nations unies. Il manque 1,12 milliard. Rapporté au coût moyen de 192 dollars par bénéficiaire retenu pour 2026 par OCHA, ce déficit équivaut à 5,8 millions de personnes hors financement, sur les 10,7 millions visées.
Le manque se répartit inégalement. La sécurité alimentaire, poste le plus lourd avec 1,098 milliard requis, a reçu 277,7 millions, soit 25,3 %. L’éducation d’urgence est financée à 21,9 % au moins, la coordination et la gestion des camps à 24,9 %, la nutrition à 32,2 %, l’eau et l’assainissement à 36,9 %, la santé à 56,2 %.
Dix attaques à victimes en 2026, toutes au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri
Entre janvier et juin 2026, 243 incidents ont affecté le personnel humanitaire en RDC et six travailleurs y ont été tués, a indiqué le 19 août Damien Mama, coordonnateur humanitaire par intérim des Nations unies. « Les attaques contre les travailleurs humanitaires doivent cesser », a-t-il déclaré, appelant au respect du droit international humanitaire. Le Forum des ONG internationales en RDC recensait, en citant OCHA, 626 incidents de ce type sur l’ensemble de l’année 2025 et 428 en 2024.
Toutes les attaques à victimes de l’année se sont produites dans trois provinces, selon la base d’Humanitarian Outcomes. Au Nord-Kivu, un chauffeur d’ONG a été blessé par balle le 18 février dans une embuscade contre un convoi d’aide à May Ya Moto (Rutshuru) ; une employée internationale de l’UNICEF a été tuée le 11 mars par une frappe de drone sur son domicile, dans une zone résidentielle de Goma ; un agent d’un hôpital appuyé par une ONG a été abattu chez lui à Masisi le 18 avril. Au Sud-Kivu, deux secouristes de la Croix-Rouge ont été tués le 16 juin à Kakumba (Walungu) en supervisant un projet d’adduction d’eau. En Ituri, un humanitaire a été blessé le 21 mai à Rwampara, où deux tentes de traitement Ebola ont été incendiées.
La base attribue deux incidents de mars au Mouvement du 23 mars, dont le commandant militaire, Sultani Makenga, « a continué à recevoir des instructions et un soutien de la RDF et des services de renseignement rwandais », selon le rapport S/2024/969 du Groupe d’experts de l’ONU : un humanitaire enlevé et torturé à Idjwi le 26 mars, deux secouristes battus à Kalembe (Masisi) le 30 mars. La frappe du 11 mars à Goma reste enregistrée sans auteur identifié.
Sept braquages en juin sur l’axe Kiwanja, Rwindi, Kanyabayonga
Au moins sept braquages ont été signalés en juin sur l’axe Kiwanja, Rwindi, Kanyabayonga, « entravant davantage la mobilité des populations et les opérations humanitaires », note OCHA le 20 juillet. Au Sud-Kivu, les combats des hauts plateaux de Fizi, Mwenga et Kalehe ont restreint l’accès en juin, quand 43 800 personnes se déplaçaient vers Kalehe et Minova.
1 178 centres nutritionnels fermés, trois sites de déplacés couverts sur 67 en Ituri
Dans sa note d’analyse de janvier, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires décrit pour 2025 la fermeture de 1 178 centres nutritionnels dans 51 zones de santé, 392 000 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère privés de prise en charge, 1,5 million de personnes privées de soins essentiels. Le Programme alimentaire mondial avait prévu d’assister chaque mois 2,3 millions de personnes classées en phase IPC 4 ; environ un million ont pu être atteintes, puis 600 000 à partir d’octobre. En Ituri, trois sites de déplacés sur 67 restaient couverts par un partenaire.
« La combinaison de besoins immenses et de ressources limitées nous impose des choix extrêmement difficiles, parfois impossibles », déclarait le 28 janvier Bruno Lemarquis, alors coordonnateur humanitaire, au lancement d’un plan de 1,4 milliard. L’addendum du 16 juillet a porté la cible à 10,7 millions de personnes et le budget à 2,13 milliards, dont 313 millions pour la riposte à Ebola. La 17e épidémie, déclarée le 15 mai dans les zones de santé de Rwampara, Mongwalu et Bunia (Ituri), touchait au 8 juillet 37 des 104 zones de santé de l’Est, avec 1 792 cas confirmés et 625 décès.
Les États-Unis versent 707,5 millions, soit sept dollars sur dix
Le gouvernement américain a versé 707,5 millions, soit 69,6 % du total enregistré. Suivent la Commission européenne (87,4 millions), l’Allemagne (32,6), le Royaume-Uni (28), la Suisse (21,9). Le gouvernement congolais, 7,1 millions.
À l’échelle mondiale, 82 humanitaires ont été tués depuis janvier, 322 blessés et 235 enlevés. « Plus de 1.000 travailleurs humanitaires ont été tués en seulement trois ans, ce qui est tout à fait inacceptable », a affirmé le 19 août Tom Fletcher, coordinateur des secours d’urgence des Nations unies. Emmanuel Madragule, chauffeur humanitaire rescapé d’une attaque de groupe armé en juin 2024, a repris la route : « Je ne peux pas abandonner mes collègues comme ça. Je dois rester avec eux ».
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