Société Vingt-six morts de faim au Maï-Ndombe, une province sans guerre

Vingt-six morts de faim au Maï-Ndombe, une province sans guerre

Vingt-six décès liés à la malnutrition recensés à Wema, territoire de Kiri, dont quatorze en juillet. Ce que l'analyse IPC dit des 24,8 millions de Congolais en insécurité alimentaire aiguë, et de ce qui la produit là où il n'y a pas de guerre.

Vingt-six morts de faim au Maï-Ndombe, une province sans guerre
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 28 JUILLET 2026 - 12:02 WAT · 5 min de lecture

Le village de Wema, territoire de Kiri, n’est ni au Nord-Kivu ni en Ituri. Aucun groupe armé n’y opère, aucun déplacement de masse n’y a été signalé. Une équipe sanitaire dépêchée par le gouvernement provincial du Maï-Ndombe y a pourtant recensé vingt-six décès liés à la malnutrition entre janvier et juillet 2026, dont quatorze pour le seul mois de juillet. Vingt-deux des victimes appartiennent aux peuples autochtones pygmées.

Les ordres de grandeur

  • 26 décès à Wema entre janvier et juillet 2026, dont 14 en juillet.
  • 24,8 millions de Congolais en insécurité alimentaire aiguë (phase 3+) de septembre à décembre 2025.
  • 26,6 millions projetés pour janvier-juin 2026, soit 1,8 million de plus.
  • 5,28 millions de déplacés internes selon OCHA au 31 juillet 2025.

Ce que l’équipe sanitaire a trouvé

« Après les investigations, il s’est avéré qu’il y a eu 26 décès de janvier à juillet. Pour ce mois seulement, nous avons enregistré 14 décès », a déclaré le Dr Dido Mpia Nsele, ministre provincial de la Santé, après la réunion stratégique tenue à Inongo par le gouverneur Nkoso Kevani.

Les personnes touchées présentaient de la fièvre, des céphalées, un gonflement des jambes et du visage. La prévalence est concentrée sur la tranche des deux à cinquante ans, c’est-à-dire aussi bien les enfants que les adultes en âge de travailler. L’équipe a été envoyée après des alertes répétées faisant état de décès d’origine inconnue. Vingt-deux des vingt-six victimes appartiennent aux peuples autochtones pygmées, et quatorze des décès se concentrent sur le mois de juillet.

La province a décidé d’expédier des kits alimentaires d’urgence et d’étendre à Wema son programme de lutte contre la faim, baptisé « Elenge longa nzala », qui promeut les activités agricoles et la pêche.

Le cadre national : vingt-quatre millions de personnes

Ces vingt-six morts s’inscrivent dans un tableau que l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire chiffre depuis des années. Sur la période allant de septembre à décembre 2025, ce sont 24,8 millions de Congolais, soit 21 % de la population analysée, qui se trouvaient en insécurité alimentaire aiguë de phase 3 ou plus. Parmi eux, 21 583 000 personnes en phase 3, dite de Crise, et 3 230 000 en phase 4, dite d’Urgence.

La projection pour janvier à juin 2026 porte ces effectifs à 26,6 millions de personnes, soit 22 % de la population analysée, avec 3 948 000 personnes en phase 4. L’aggravation attendue est de 1,8 million de personnes.

La carte se durcit également. Les territoires de Djugu et Mambasa, en Ituri, et de Masisi, au Nord-Kivu, sont classés en phase 4 sur la période courante, alors qu’aucune zone du pays n’était classée en urgence lors de l’analyse de septembre 2024. Six territoires supplémentaires devaient basculer en urgence sur la période projetée : Lubero et Walikale au Nord-Kivu, Kalehe et Fizi au Sud-Kivu, Kongolo et Moba au Tanganyika.

Ce que le rapport désigne comme causes

Le conflit vient en premier. Le rapport de l’OCHA du 31 juillet 2025, cité par l’analyse, dénombrait plus de 1,6 million de personnes déplacées depuis le début de l’année, portant le total à près de 5,28 millions de déplacés internes, dont 51 % de femmes.

Le deuxième facteur ne dépend d’aucune milice. « Le manque flagrant de routes de qualité freine le développement économique et décourage la production agricole, compliquant l’écoulement des produits vers les marchés et leur approvisionnement en intrants essentiels », écrivent les auteurs au chapitre des infrastructures de base. C’est ce facteur qui explique qu’une province de forêt et d’eau comme le Maï-Ndombe puisse connaître des décès par malnutrition.

Le troisième tient à la production elle-même : « Les faibles rendements agricoles ne permettraient pas aux ménages de constituer des stocks alimentaires conséquents », relève le rapport pour la période projetée, aux côtés de la faible diversité du régime alimentaire et de l’accès difficile à certaines zones en saison des pluies.

Le point que les bons chiffres macroéconomiques ne règlent pas

L’analyse formule un constat qui mérite d’être cité intégralement, parce qu’il contredit une lecture répandue. Le marché national reste caractérisé par une stabilité relative des prix, et pourtant, écrivent les auteurs, « la stabilité du francs congolais face aux devises étrangères et la maitrise du niveau de prix n’améliorerait pas significativement et directement l’accès aux aliments ».

La raison tient à l’emploi et au revenu, que le rapport place au rang des préoccupations principales de la majorité de la population. Un prix stable ne nourrit personne s’il n’y a rien pour le payer. Les 3 948 000 personnes projetées en phase 4 pour la première moitié de 2026 vivent dans le même pays que celui où l’inflation est tombée à 2,27 % en 2025 et où le franc congolais s’est apprécié de 30,4 % face au dollar sur le marché interbancaire, selon la Banque centrale du Congo.

Ce qui manque

Le Maï-Ndombe ne figure ni parmi les trois territoires classés en urgence sur la période courante, ni parmi les six qui devaient y basculer entre janvier et juin 2026. Aucune évaluation publique ne documente la situation de Wema avant l’envoi de l’équipe sanitaire en juillet, et la détection est venue d’alertes locales.

Aucune analyse actualisée ne couvre la période postérieure à juin 2026, alors que la projection s’arrêtait précisément là. Et aucun chiffre officiel congolais ne consolide la facture annuelle des importations alimentaires du pays, donnée qui permettrait de mesurer ce que la production nationale ne couvre pas.

Vingt-six personnes sont mortes dans un village de la province du lac. Le dispositif qui aurait pu le voir venir n’existait pas à cet endroit.

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B
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