Société Rentrée 2026: frais scolaires, ce que vous devez payer, ce que la loi dit

Rentrée 2026: frais scolaires, ce que vous devez payer, ce que la loi dit

L'article 3 de la loi-cadre de 2014 déclare l'enseignement public gratuit au primaire et au secondaire général, et la convention de 2022 met les frais de fonctionnement à la charge de l'État. Pourtant, Kinshasa plafonne à 345 000 FC, le Sud-Kivu à 260 000. Ce que les parents paieront à la rentrée, et ce que dit le droit.

Rentrée 2026: frais scolaires, ce que vous devez payer, ce que la loi dit
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 27 JUILLET 2026 - 13:45 WAT · 7 min de lecture

À un mois de la rentrée, les parents d’élèves du secondaire savent qu’il faudra payer. Ce qu’ils savent moins, c’est ce que dit le texte qui organise l’école congolaise. La loi-cadre du 11 février 2014 pose, à son article 3, que l’enseignement national « est gratuit dans les établissements publics au niveau primaire et secondaire général ». La convention signée en 2022 entre l’État et les confessions religieuses, qui gèrent la majorité des écoles publiques du pays, ajoute que l’État prend en charge « les frais de fonctionnement des établissements publics conventionnés d’enseignement maternel, primaire et secondaire ». Dans les faits, chaque gouverneur publie chaque année son barème, et les montants vont de quelques milliers de francs par mois à 345 000 francs l’année.

Ce que la loi dit, ce que les provinces fixent

  • Article 3 de la loi-cadre : l’enseignement public est gratuit au primaire et au secondaire général.
  • Kinshasa : plafond de 345 000 FC, environ 153 dollars, pour le maternel et le secondaire public.
  • Sud-Kivu : seuil maximum fixé à 260 000 FC par arrêté.
  • Kasaï Central : 7 500 FC par mois au secondaire général, 8 000 FC en technique.
  • Examen d’État 2026 : de 50 000 FC en Ituri à 100 000 FC au Haut-Katanga.

Ce que le droit prévoit, article par article

Le texte de référence date de février 2014 et il est plus large que ce que la pratique en a retenu. La loi-cadre de l’enseignement national ne se contente pas de rendre le primaire obligatoire et gratuit. Son article 3 étend la gratuité au secondaire général dans les établissements publics. Son article 10 définit l’éducation de base comme un ensemble qui « s’articule en l’enseignement primaire et les deux premières années du secondaire », soit huit années de scolarité continue. Et son article 7, point 18, précise ce que gratuité veut dire : « la prise en charge par l’Etat des frais de scolarité de l’éducation de base dans les établissements publics ».

L’article 12 est plus prudent, puisqu’il n’engage l’État qu’à « garantir la scolarisation primaire obligatoire et gratuite pour tous dans les établissements publics d’enseignement national ». Cette différence de formulation entre articles explique une partie du flou. Elle n’efface pas pour autant l’article 3, qui vise explicitement le secondaire général, ni l’article 10, qui rattache les deux premières années du secondaire à l’éducation de base.

Un troisième texte vient s’ajouter, et il concerne la majorité des élèves. La convention de gestion signée le 22 novembre 2022 entre l’État et les confessions religieuses, qui a remplacé celle de 1977, organise le fonctionnement des écoles conventionnées catholiques, protestantes, kimbanguistes et autres, lesquelles scolarisent une part importante des enfants congolais. Son article 8 est sans ambiguïté : l’État « prend en charge la rémunération du personnel enseignant, administratif et ouvrier ainsi que les frais de fonctionnement des établissements publics conventionnés d’enseignement maternel, primaire et secondaire et des bureaux gestionnaires ». Le maternel et le secondaire sont nommés au même titre que le primaire.

Vingt-six provinces, vingt-six barèmes

La pratique administrative a pris un autre chemin. Chaque année, avant la rentrée, les gouverneurs signent des arrêtés qui fixent les frais scolaires applicables sur leur territoire, y compris dans les établissements publics du secondaire.

À Kinshasa, le gouvernement provincial a plafonné les frais des écoles maternelles et secondaires publiques à 345 000 francs, soit environ 153 dollars au taux indicatif de la Banque centrale du 24 juillet 2026. Au Sud-Kivu, un arrêté a fixé le seuil maximum à 260 000 francs. Au Kasaï Central, la logique change d’unité : le barème 2025-2026 retient 7 500 francs par mois au secondaire général et 8 000 francs en technique et social, ce qui, sur une année scolaire de dix mois, donne un ordre de grandeur proche. Le Kongo Central et le Kasaï-Oriental ont publié les leurs.

Ces montants ne recouvrent pas les mêmes réalités d’une province à l’autre, ce qui rend la comparaison difficile pour les parents comme pour l’administration. Certains barèmes agrègent le minerval, les frais de fonctionnement, la prime des enseignants et les frais d’examen ; d’autres les séparent. Le ministère de l’EPST a de son côté fixé le prix du bulletin scolaire à 1 000 francs pour les écoles non concernées par la gratuité.

Aucun barème national consolidé pour 2026-2027 n’était publié à la date de rédaction de cet article. Le portail du ministère de l’Éducation nationale renvoie une erreur 404 sur les pages de documentation consultées, et il n’existe pas de recueil en ligne des arrêtés provinciaux. Un parent qui déménage d’une province à l’autre n’a aucun moyen simple de savoir ce qu’il devra payer.

Les examens, seule ligne réellement nationale

Sur un point, l’État publie des chiffres nets. Le 22 avril 2026, le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle citoyenneté a rendu publics les frais de participation aux épreuves certificatives, en rappelant que l’examen national de fin d’études primaires reste entièrement gratuit.

Là encore, les montants varient par province. Le test national de fin d’études du cycle secondaire d’orientation scolaire et professionnelle coûte 30 000 francs en Ituri et au Haut-Lomami, 35 000 au Haut-Uele et au Kasaï, 40 000 à l’Équateur et au Haut-Katanga, 50 000 au Bas-Uele. Pour l’examen d’État, la session ordinaire va de 50 000 francs en Ituri à 86 000 à l’Équateur, tandis que la hors-session atteint 96 000 francs à l’Équateur et 100 000 au Haut-Katanga, soit environ 44 dollars. Un candidat du Haut-Katanga paie ainsi le double de son homologue de l’Ituri pour le même diplôme.

Le ministère a assorti cette publication d’un dispositif rarement mis en avant : un numéro vert, le 178, ouvert aux parents et aux élèves pour signaler tout frais réclamé en dehors de ces montants, et une consigne de ne se référer qu’aux canaux officiels. L’existence même de cette ligne dit ce que l’administration sait : entre le barème publié et la somme demandée au guichet de l’école, l’écart est assez fréquent pour justifier un canal de dénonciation.

Ce que cela change à un mois de la rentrée

Trois questions méritent d’être posées avant le 1er septembre, et elles ne relèvent pas de l’opinion.

La première est juridique. Si l’article 3 de la loi-cadre déclare le secondaire général public gratuit, sur quel fondement des frais y sont-ils perçus dans les établissements publics ? Les arrêtés provinciaux sont des actes réglementaires, inférieurs dans la hiérarchie des normes à une loi-cadre votée par le Parlement. La réponse tient sans doute au fait que l’État ne finance pas ce qu’il a promis, mais elle n’a jamais été formulée publiquement.

La deuxième est budgétaire. La convention de 2022 met les frais de fonctionnement des écoles conventionnées à la charge de l’État, du maternel au secondaire. Tant que ces frais ne sont pas versés, ou versés en retard, le chef d’établissement n’a d’autre solution que de se tourner vers les parents. Ce mécanisme est exactement celui qui a été documenté au primaire, où la gratuité décrétée en 2019 a été suivie de contributions informelles réclamées aux familles.

La troisième est une question de transparence, et c’est la plus simple à régler. Publier, avant chaque rentrée, un tableau national des barèmes provinciaux, avec le détail de ce que chaque ligne finance, coûterait une page. Cela permettrait à un parent de Bukavu, de Kananga ou de Kinshasa de savoir ce qu’il doit, ce qu’il ne doit pas, et à qui s’adresser quand on lui demande davantage. Le numéro vert 178 existe déjà. Il ne sert à rien tant que celui qui appelle ne sait pas ce qu’il est censé payer.

Commentaires
B
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