Santé À Kinshasa, la France inaugure un laboratoire lancé en 2023, à 2 000 kilomètres de l’épidémie
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À Kinshasa, la France inaugure un laboratoire lancé en 2023, à 2 000 kilomètres de l’épidémie

Laboratoire de l'Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa, partenaire historique de la France depuis 1984

À Kinshasa, la France inaugure un laboratoire lancé en 2023, à 2 000 kilomètres de l’épidémie
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 17 JUILLET 2026 - 17:11 WAT · 7 min de lecture

Le mercredi 15 juillet 2026, à l’hôpital général de référence de Kinkole, dans la commune de la N’sele, l’ambassadeur de France en RDC et le représentant du ministre de la Santé ont coupé le ruban d’un laboratoire d’analyses biomédicales de 400 mètres carrés. Parasitologie, hématologie, sérologie, microbiologie, biochimie. Il est financé par l’Agence française de développement, mis en œuvre par Expertise France, et il sera exploité par la division provinciale de la santé de Kinshasa.

Ce n’est pas un laboratoire Ebola. Kinshasa n’a enregistré aucun cas depuis le début de l’épidémie. Et les laboratoires qui testent réellement Ebola en Ituri, à plus de deux mille kilomètres de là, sont payés par Londres.

Le projet s’appelle LABOH-KIN. Sa fiche officielle à l’AFD est publique et sans ambiguïté, douze millions d’euros de subvention, du 1er janvier 2023 au 1er janvier 2027, bénéficiaires le ministère de la Santé et la division provinciale de Kinshasa, cible deux millions d’habitants. Il a été lancé plus de deux ans avant la déclaration de l’épidémie, le 15 mai 2026. Il fait suite à un programme comparable mené au Sud-Kivu.

Le nombre lui-même mérite une précision. L’ambassadeur parle de cinq laboratoires sentinelles, la presse aussi. La fiche de l’AFD en annonce six, dans six zones de santé péri-urbaines, et un appel d’offres du projet de février 2026 évoque encore « six laboratoires hospitaliers de référence ». Les cinq sites nommés cette année sont Kinkole, Mbakana, Maluku, Makala et Kimbondo. Cinq livrés sur six prévus, la formule est plus juste que celle des communiqués.

À quoi sert ce laboratoire, précisément. Le docteur Samy Tessi, médecin chef de staff de l’hôpital de Kinkole, l’a expliqué mieux que personne un an avant l’inauguration. « Plusieurs de nos malades, nous les envoyons faire les examens ailleurs et parfois nous-mêmes, nous convoyons les échantillons dans des conditions de mobilité difficiles que connaît Kinshasa, vers des structures médicales éloignées dont les prix dépassent largement la bourse de nos patients. Parfois, nous mettons trois jours pour obtenir les résultats. » Ces structures éloignées, c’est notamment l’Institut national de recherche biomédicale. LABOH-KIN sert à ne plus en dépendre.

L’effet sur l’épidémie existe donc, mais il est indirect, et il vaut la peine d’être nommé correctement. Décharger l’INRB des analyses de routine de deux millions de Kinois libère le laboratoire de référence du pays, celui-là même qui séquence le virus. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas non plus ce que suggère l’association du mot « laboratoire » et du mot « Ebola » dans les communiqués.

Sur Ebola, la contribution française est réelle et documentée ailleurs. L’ambassadeur Rémy Maréchaux l’a détaillée le 14 juillet. « Partenaire historique de l’Institut national de recherche biomédicale depuis sa création en 1984, la France lui apporte une assistance pour le séquençage génomique de la souche Bundibugyo. » Il rattachait au même effort le réseau de cinq laboratoires sentinelles financés à Kinshasa par l’Agence française de développement. Le 7 juillet, le Centre de crise du Quai d’Orsay a livré vingt tonnes de matériel et de médicaments en Ituri, douze tonnes à Solidarités International, huit à ALIMA et Première Urgence Internationale.

Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’INRB, y ajoute la part la moins visible et peut-être la plus durable. « La première contribution, c’est d’abord la formation. Ceux qui sont sur le terrain là-bas, le professeur Placide, il a fait sa thèse à Montpellier, en France. Le professeur Ahuka, qui vient d’être nommé Incident Manager, il a fait aussi sa thèse à Montpellier. »

Les laboratoires qui comptent aujourd’hui, eux, sont ailleurs et financés par d’autres. Le déploiement des plateformes de diagnostic décentralisées en Ituri est soutenu par le ministère britannique des Affaires étrangères, avec l’OMS, la Banque mondiale, l’Institut national de santé publique et l’INRB. Les résultats sont mesurables. Le 25 juin, Tedros Adhanom Ghebreyesus indiquait que la capacité était passée de trente tests par jour à Kinshasa à plus de deux mille par jour grâce à neuf laboratoires répartis dans trois provinces. Le 16 juillet devant les députés, le ministre de la Santé Samuel Roger Kamba parlait de « plus de 14 laboratoires et plus de 700 lits déployés en un mois et demi », pour « 2 011 cas confirmés de maladie à virus Ebola, avec 744 décès » et « 42 zones de santé touchées dans cinq provinces », l’Ituri étant « le grand épicentre ». À Mongbwalu, l’installation d’un laboratoire a fait passer le délai de diagnostic à moins d’une heure, là où les échantillons faisaient auparavant quatre-vingts kilomètres jusqu’à Bunia.

Reste l’échelle. Le plan conjoint de l’OMS et d’Africa CDC, lancé le 5 juin pour la période allant jusqu’en novembre, réclame 518 millions de dollars. Il en manque plus de 400. Africa CDC chiffrait le 17 juin à 21,5 millions de dollars le déficit opérationnel immédiat de la riposte. Si la transmission n’est pas contenue, les besoins pourraient atteindre 1,5 milliard. Les douze millions d’euros de LABOH-KIN sont étalés sur quatre ans et n’ont pas été conçus pour cela. La contribution française chiffrée au plan de 518 millions n’a, elle, pas été rendue publique.

Il n’y a pas de scandale à Kinkole. Il y a un décalage entre le calendrier de l’aide et celui d’une épidémie, ce qui est le lot ordinaire du développement, et une communication qui s’adosse à Ebola pour un projet qui n’en relève pas. Le directeur général de l’AFD, Christophe Lecourtier, a d’ailleurs dit à l’INRB la raison la plus honnête de tout cela. « J’ai plein de gratitude pour le centre de recherche que vous constituez, avec la qualité des professeurs que vous avez pu rassembler. Et ce rôle de sentinelle, évidemment, vous le jouez finalement pour nous tous, pour l’Europe aussi. »

Une dernière précision s’impose, parce que les communiqués l’ont déjà brouillée. Radio Okapi écrit que « 300 professionnels de santé ont été recrutés ». L’AFD écrit qu’il s’agit de « renforcer les capacités de près de 300 agents de santé ». Ce sont des formations, pas des embauches. Et le laboratoire de Kinkole a été inauguré. Aucune source ne confirme encore qu’il soit opérationnel.

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B
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