Grand angle Nzanga Mobutu : « Le M23 est un instrument du Rwanda pour déstabiliser la RDC »

Nzanga Mobutu : « Le M23 est un instrument du Rwanda pour déstabiliser la RDC »

Nzanga Mobutu : « Le M23 est un instrument du Rwanda pour déstabiliser la RDC »
AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 4 FÉVRIER 2025 - 08:56 WAT · 9 min de lecture
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La région du Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, géant de l’Afrique centrale et du bassin du Congo avec ses 2.345.000 km2 et ses 105 millions d’habitants, est sous le feu des critiques. Le risque de contagion d’une guerre régionale est plus présent que jamais depuis qu’un groupe rebelle armé, le M23, le Mouvement du 23 mars, créé en 2012, prend le contrôle d’une grande partie de la région du Kivu. 

Les récents combats avec l’armée nationale congolaise ont favorisé le M23, qui est entré dans la ville frontalière de Goma avec le Rwanda et l’Ouganda. Outre les attaques contre les civils, la communauté internationale dénonce le risque d’un conflit armé, compte tenu du rôle stratégique de la ville. Le M23 est désormais soutenu par le Rwanda de Paul Kagame, qui refuse de le reconnaître. Ce qui est certain, c’est la qualité de l’armement du groupe rebelle et l’utilisation d’un discours qui mélange nationalisme et régionalisme. 

Pour comprendre la situation et la position du pays victime de cette situation, la République démocratique du Congo, El Diario de Hoy a pu compter sur une interview exclusive de Nzanga Mobutu.

Candidat à la présidentielle de 2006 et 2011, le fils du président Mobutu a été vice-Premier ministre dans les gouvernements congolais entre 2007 et 2011. Ayant créé l’Union des démocrates mobutistes (UDEMO) en 2007, il est une figure de soutien du président actuel Félix Tshisekedi. Son expérience, sa vision, à la fois géopolitique et historique, nous permettent aujourd’hui de comprendre les racines et les ramifications d’une crise préoccupante qui nous oblige à regarder objectivement les sources d’une agression contre la République Démocratique Unie du Congo, qui met en péril l’ensemble de Afrique centrale. . 

Voici ses déclarations au journal El Diario de Hoy :

Monsieur Mobutu, la communauté internationale semble ignorer le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), malgré son statut instable depuis des décennies. Pourquoi s’inquiète-t-on du risque de guerre dans le bassin du Congo ? 

Le conflit dans l’est de la RDC dure depuis des années. Depuis plus de 30 ans, cette région est le théâtre de violences perpétrées par des groupes armés locaux et étrangers. Cependant, l’intensification des attaques du M23, soutenu et appuyé par le Rwanda, a particulièrement attiré l’attention de la communauté internationale. L’ampleur des combats, la prise de Goma et l’implication directe de plusieurs puissances étrangères rendent la situation alarmante. 

Par ailleurs, le contexte mondial caractérisé par des tensions toujours croissantes et l’importance stratégique des ressources congolaises, essentielles pour l’industrie mondiale, conduisent les grandes puissances à reconsidérer leurs positions face à cette crise. 

Qui est le mouvement M23 ? 

Le M23 est un mouvement armé, composé d’anciens militaires du mouvement précédent, le « Congrès national pour la défense du peuple, CNDP), le même que celui soutenu par le Rwanda. Après la défaite du M-23 en 2013, Elle est réapparue en 2021 avec une force militaire renforcée. Officiellement, elle prétend défendre les droits d’une partie de la population du Kivu. Mais en réalité, elle agit comme un instrument de Kigali (la capitale du Rwanda) pour déstabiliser la RDC et contrôler ses positions stratégiques. ressources minérales. 

Est-il vrai que le M-23 est lié au Rwanda ? 

Les liens entre le M-23 et le Rwanda sont largement documentés. Des rapports des Nations Unies, de plusieurs ONG et des services de renseignement de plusieurs pays ont confirmé cette réalité : le Rwanda fournit au M-23 des armes, un soutien logistique et des troupes. L’objectif de Kigali est double : affaiblir la RDC en entretenant une instabilité chronique et tirer profit de ses ressources minières, notamment le coltan, essentiel à l’industrie technologique mondiale. 

Pourquoi est-il stratégique de prendre le contrôle de la région du Kivu ? La RDC risque-t-elle d’être déstabilisée ?

Le Kivu est l’une des régions les plus riches en ressources naturelles avec ses minéraux stratégiques. Je pense au coltan, à l’or et aux terres rares, essentiels à l’industrie de haute technologie. Son contrôle garantit un accès privilégié à ces richesses, attisant les ambitions de plusieurs pays. De plus, sa position géographique en fait un centre névralgique dans les dynamiques régionales d’influence en jeu dans des pays comme le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. Aujourd’hui, la RDC est affaiblie par cette guerre. Si le conflit devait s’étendre, il pourrait incendier toute la région des Grands Lacs. 

L'exploitation minière au CongoPhoto EDH/AFP

La rébellion qui a conduit à la chute du président Mobutu en 1997 a également éclaté dans l’est du Congo… Peut-on faire un parallèle avec la crise actuelle ? 

Il existe des similitudes notables dans l’implication d’acteurs étrangers cherchant à redéfinir l’équilibre des pouvoirs en RDC pour servir leurs propres intérêts. En 1996-1997, la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila, avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda, conduit au renversement du maréchal Mobutu. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle offensive du M-23, toujours soutenu par Kigali. Mais le contexte est différent : la RDC dispose désormais d’une armée en reconstruction et d’un soutien international fort à Kigali. Cependant, la logique d’une guerre d’influence régionale, exploitant les tensions locales, reste la même. 

La dimension ethnique existe-t-elle aujourd’hui ? Pourquoi craint-on une conflagration entre la RDC, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda ? 

L’argument ethnique est utilisé comme prétexte, mais le véritable objectif et le véritable enjeu sont avant tout géopolitiques et économiques. La prétendue protection de certaines communautés sert de justification aux interventions des pays voisins en RDC. Toutefois, si le conflit devait s’intensifier, il pourrait rapidement impliquer d’autres acteurs régionaux comme le Burundi et l’Ouganda, qui ont des intérêts dans l’est du Congo. Le risque d’une conflagration mondiale dans la région des Grands Lacs est bien réel. 

Pourquoi existe-t-il un lien entre les ressources naturelles stratégiques du Kivu et l’industrie de haute technologie, si essentielle à l’économie d’aujourd’hui et aux GAFAM ? 

La région du Kivu est riche en minerais stratégiques, notamment le coltan, essentiel à la fabrication de smartphones, d’ordinateurs et de batteries électriques. Ces ressources sont vitales pour les multinationales comme Apple et Google. La guerre dans cette région ne se limite pas à un seul conflit local : elle impacte les intérêts économiques des puissances mondiales. Certains pays ferment les yeux sur les abus commis, car ils profitent de l’instabilité pour accéder aux minerais à moindre coût, via des réseaux de contrebande passant par les pays voisins. 

 Existe-t-il une solution à la crise ? Le président Donald Trump peut-il contribuer à ramener la paix dans la région ?

 La crise sécuritaire en RDC est complexe. Malgré tout, il existe des solutions. 

Nous mettons en évidence trois axes qui semblent privilégiés :

1. Une pression diplomatique accrue sur le Rwanda et ses partisans. 

La communauté internationale, et en particulier les grandes puissances comme les États-Unis, doivent imposer de sévères sanctions aux responsables du soutien au M-23 ainsi qu’aux réseaux de contrebande de minerais. L’impunité dont bénéficie Kigali ne fait qu’encourager de nouvelles attaques. 

2. Un renforcement des capacités militaires et stratégiques de la RDC

 L’État congolais doit continuer à moderniser son armée, améliorer ses services de renseignement et sécuriser ses frontières. La coopération militaire avec des alliés de confiance pourrait aider à restaurer l’intégrité territoriale du pays. 

Un nettoyage du commerce des ressources naturelles

La guerre à l’Est est avant tout une guerre économique. Il est impératif de couper le financement des groupes armés en imposant un contrôle strict sur la traçabilité des minerais et, si nécessaire, en sanctionnant les multinationales si leur complicité avec des circuits illégaux est avérée. 

Le retour du président Donald J. Trump à la Maison Blanche pourrait avoir un impact sur la situation sécuritaire. Son approche plus directe des relations internationales, fondée sur la défense des intérêts stratégiques et économiques des Etats-Unis, pourrait le conduire à adopter une position plus ferme contre les ingérences étrangères en RDC. 

L’administration précédente avait mis en garde le Rwanda contre son rôle dans l’instabilité régionale. Je pense que le retour de Donald Trump pourrait être un atout essentiel pour la République démocratique du Congo. Le président des États-Unis est conscient des implications économiques de la situation internationale. C’est l’occasion pour les deux parties de souligner l’importance stratégique du pays dans l’économie mondiale. Nous avons beaucoup de choses à discuter avec le président Trump. 

 L’Amérique latine peut-elle être utile à la République démocratique du Congo ? 

Oui. Certes, plusieurs pays, comme le Salvador, le Paraguay, l’Argentine, mais aussi le Guatemala, le Mexique, le Costa Rica, le Pérou, sans oublier l’Équateur et l’Uruguay, peuvent apporter un leadership et un soutien diplomatique. Ils peuvent dénoncer les ingérences étrangères et promouvoir des solutions pacifiques. Sur le plan économique, son expérience en matière de gestion des ressources naturelles et d’agro-industrie peut aider la RDC à diversifier son économie et à limiter le pillage de ses minerais. Enfin, les pays qui ont participé aux missions de l’ONU, comme le Mexique, le Brésil, l’Uruguay ou le Salvador, peuvent partager leur expérience en matière de stabilisation post-conflit. 

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Litsani Choukran
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