Football Les Léopards font sensation à leur arrivée à Houston

Les Léopards font sensation à leur arrivée à Houston

Débarqués les 11 et 12 juin au Texas pour leur premier Mondial depuis cinquante deux ans, les joueurs de la République démocratique du Congo ont volé la vedette en arrivant en costume sur mesure à motif léopard, signé du créateur congolais Alvin Junior Mak.

Les Léopards font sensation à leur arrivée à Houston
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 12 JUIN 2026 - 18:13 WAT · 7 min de lecture

Débarqués les 11 et 12 juin au Texas pour leur premier Mondial depuis cinquante deux ans, les joueurs de la République démocratique du Congo ont volé la vedette aux autres sélections en arrivant en costume sur mesure à motif léopard, signé du créateur congolais Alvin Junior Mak. Une entrée en matière qui circule en boucle sur les réseaux sociaux à travers le monde.

Sur les images qui circulent depuis ce week end, ils descendent de l’avion un par un. Costume noir taillé près du corps, doublure visible en imprimé léopard, chaussures cirées. Quelques sourires retenus, quelques regards droits. Pas de geste théâtral, pas d’effet de manche. Juste un défilé. Et l’effet est immédiat. Les vidéos s’enchaînent, les bagages tournent sur le tapis roulant en arrière plan, et la sortie du terminal de Houston ressemble davantage à un photoshoot qu’à une descente d’avion.

Les Léopards de la République démocratique du Congo viennent d’arriver au Texas pour leur premier Mondial depuis cinquante deux ans. La dernière fois, ils s’appelaient encore Zaïre, c’était en 1974. Cette fois, ils débarquent après un détour imposé : trois semaines de mise à distance sanitaire en Europe, à Bruxelles puis à Paris, conséquence directe de la résurgence d’Ebola dans le pays. Le programme habituel d’un stage d’avant Mondial a été décalé. Pas l’entrée en matière vestimentaire.

Le costume comme déclaration

Le créateur n’a pas été choisi au hasard. Alvin Junior Mak, styliste franco congolais installé entre Paris et Kinshasa, signe la collection officielle des Léopards depuis la dernière Coupe d’Afrique des nations 2025. Sa marque JmakxParis avait déjà conçu les vestes à imprimé léopard portées par la sélection lors de cette compétition. Pour le Mondial, il a poussé plus loin. Les costumes complets ont été coupés sur mesure pour chaque joueur, avec une variation du motif sur le revers, l’épaule ou en intégral selon les pièces, accompagnés d’accessoires assortis, dont des sacs portés en bandoulière à la sortie de l’aéroport.

Le créateur a partagé sur ses comptes Instagram et Facebook plusieurs visuels du défilé d’arrivée. Sur la photo relayée par le compte congolais @toutletemps243, qui a recueilli plus de 230 mentions « j’aime » et 46 partages, quatre joueurs apparaissent alignés sur le tarmac. La légende est sobre : « Les Léopards de la RDC. Styliste : Alvin Jmak. Photo crédit : Jmak. »

Le buzz international

L’effet d’image dépasse rapidement la sphère congolaise. France 24 publie en milieu de matinée le 12 juin une vidéo de l’accueil à l’hôtel, montée sur une rumba congolaise. La chaîne commente : « Look 100 pour cent assumé : les joueurs portaient des tenues motif léopard signées par le créateur Alvin Junior Mak. » Le post recueille en quelques heures plus de 450 mentions « j’aime », 128 partages et près de 12 000 vues.

Au Brésil, le compte spécialisé culture afro @AfricajnViu publie le même jour, en portugais : « La sélection de la RD Congo a embarqué pour la Coupe du monde dans le meilleur style et avec beaucoup de saveur. Habillés en léopards et en tenues élégantes après 52 ans, les Congolais sont prêts à disputer la Coupe du monde à nouveau. » Le tweet dépasse les 1 300 mentions « j’aime » et plus de 25 000 vues, ce qui en fait le post le plus partagé sur le sujet à l’échelle internationale. Plusieurs comptes lusophones reprennent la formule.

Côté anglophone, le ton est similaire. Le compte @julliejaykanz résume l’arrivée à Houston en une formule : « HOUSTON ! The Leopards have landed. DR Congo arrive for their first World Cup since 1974 in stunning leopard print suits. 52 years of waiting, one statement entrance. » (« HOUSTON ! Les Léopards ont atterri. La RD Congo arrive pour sa première Coupe du monde depuis 1974 dans des costumes léopard saisissants. Cinquante deux ans d’attente, une entrée déclaration. ») Plusieurs comptes africains et américains relaient avec le hashtag #LeopardPrintSwagger.

Le débat : fierté ou cliché

Dans les commentaires des publications, deux camps s’opposent rapidement. Le plus large est celui de la fierté. « Look 100 pour cent assumé. On est Congolais, pays de Papa Wemba », écrit le compte @dungika sous le post de France 24. Une autre internaute, @MalikaMuanza, salue « this outfit is fire and bag just wow ». Plusieurs commentaires venus du Brésil, de France et des États Unis qualifient l’arrivée congolaise comme la plus stylée du tournoi à ce stade.

Quelques voix dissonantes émergent toutefois. Sous le tweet brésilien le plus viral, un commentateur français s’inquiète : « Et voilà encore une fois obligé d’être dans les clichés. Pourquoi une peau de léopard, bordel ? Pourquoi ? Oui, c’est le surnom de cette équipe, mais mon Dieu, pourquoi tomber dans le cliché de l’Africain slip léopard se baladant avec une lance dans la savane ? J’ai mal. » Le commentaire est isolé dans la masse des réactions positives, mais il revient également dans plusieurs threads francophones, posant la question du tribut symbolique demandé aux délégations africaines lorsqu’elles paradent à l’international.

Le rappel utile : le surnom des Léopards date de la fin des années 1960. Le félin figure sur l’écusson de la sélection depuis cette époque. L’image n’a donc pas été plaquée pour le Mondial 2026, elle s’inscrit dans une histoire que la fédération assume. Mais le débat sur la frontière entre identité revendiquée et stéréotype répété accompagne traditionnellement chaque grand rendez vous africain de la Coupe du monde. Il n’est ni nouveau ni surprenant.

La sape, langue commune

Le contexte culturel pèse aussi dans la lecture. La Société des ambianceurs et des personnes élégantes, plus connue sous le nom de Sape, est née entre Brazzaville et Kinshasa dans les années 1920 et 1930, et n’a cessé depuis de se réinventer. Le mouvement érige l’élégance vestimentaire en geste de dignité, parfois de résistance. Du quartier Matonge à Kinshasa à la rue du Faubourg Saint-Denis à Paris, la Sape a fait du costume coupé près du corps, des chaussures cirées et des accessoires soigneusement choisis une véritable grammaire visuelle. Papa Wemba, dont le nom revient dans les commentaires sous le post de France 24, en aura été l’un des ambassadeurs les plus internationaux.

Quand Alvin Junior Mak habille la sélection nationale, il s’inscrit dans cette grammaire. Le motif léopard, traité en doublure ou par touches, est un emprunt au folklore national. La coupe, le tissu, la silhouette générale sont, eux, ceux du sapeur. C’est ce double registre qui explique pourquoi l’image circule autant : elle ne se limite pas à un effet de marque, elle articule un patrimoine vestimentaire avec un emblème national.

Avant le Portugal

Le premier match de la RDC contre le Portugal est programmé pour le 17 juin au NRG Stadium de Houston, à 13 heures locales. Cinq jours après leur arrivée, les Léopards entrent sur la pelouse. Le résultat sportif n’est pas encore écrit. Mais une chose, déjà, est acquise : à Houston, on a parlé de la République démocratique du Congo avant le coup d’envoi. Et pas seulement à propos du groupe au tirage.

Le créateur Alvin Junior Mak n’avait pas, au moment où ces lignes sont écrites, commenté publiquement le buzz. Sur ses comptes, il s’est contenté de partager les visuels et de remercier ses équipes.

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B
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