Diplomatie RDC : Kinshasa démarche le Cambodge pour Juliana Amato Lumumba, à trois mois de l’élection à la tête de l’OIF

RDC : Kinshasa démarche le Cambodge pour Juliana Amato Lumumba, à trois mois de l’élection à la tête de l’OIF

Crispin Mbadu a sollicité le 25 août à Phnom Penh l'appui du Cambodge à la candidature de Juliana Amato Lumumba au secrétariat général de l'OIF. Le pays hôte accueille le sommet où l'élection aura lieu le 16 novembre.

RDC : Kinshasa démarche le Cambodge pour Juliana Amato Lumumba, à trois mois de l’élection à la tête de l’OIF
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 25 AOÛT 2026 - 17:07 WAT · 6 min de lecture

La République démocratique du Congo a sollicité le mardi 25 août 2026 le soutien du Royaume du Cambodge à la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. La démarche a été conduite à Phnom Penh par le ministre délégué près la ministre d’État chargée des Affaires étrangères, Crispin Mbadu, selon une dépêche du ministère.

« Porteur d’un message du Président de la République, Félix Tshisekedi, le ministre délégué près la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Crispin Mbadu, a été reçu en audience par Prak Sokhonn, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Royaume du Cambodge », indique le texte. Et de préciser : « Au cœur des échanges figurait la candidature de Madame Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale de l’OIF. »

Le ministère des Affaires étrangères résume ensuite l’objet de l’audience dans la même dépêche. « Le ministre délégué a présenté la vision portée par la candidate congolaise et sollicité l’appui du Cambodge à cette candidature, qui traduit l’ambition de la RDC de contribuer au renouvellement et au dynamisme de la Francophonie », rapporte la dépêche du ministère des Affaires étrangères.

Le choix de Phnom Penh n’est pas un choix parmi d’autres

Le Cambodge n’est pas un interlocuteur ordinaire dans cette campagne. C’est lui qui accueille le XXe Sommet de la Francophonie, les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, sous le thème « Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable ». Le sommet réunira les quatre-vingt-dix États et gouvernements membres de l’organisation.

Or c’est au cours de ce sommet, le 16 novembre, que le prochain secrétaire général de la Francophonie sera désigné. La démarche congolaise auprès du pays hôte intervient donc à moins de trois mois du scrutin, et auprès de l’État qui présidera les travaux où la décision sera prise.

La procédure elle-même a changé cette année. L’organisation l’a reconnu dans son propre communiqué : « Depuis la création du poste de Secrétaire général(e) en 1997, le processus de désignation reposait essentiellement sur des consultations diplomatiques bilatérales. » Pour la première fois en cinquante-six ans d’existence, les candidats ont été auditionnés publiquement, le 30 juin 2026 à Paris, lors d’une Conférence ministérielle extraordinaire de la Francophonie. Quatre candidatures étaient alors en lice, portées par la RDC, la Mauritanie, la Roumanie et le Rwanda.

Ce dernier point pèse sur la lecture congolaise du dossier. La secrétaire générale sortante, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, brigue un troisième mandat. La candidature congolaise se mesure donc à celle du pays que Kinshasa accuse d’agression dans l’est de son territoire, dans une organisation dont le sommet de novembre a précisément la paix pour thème.

Une candidature déposée en février, une campagne qui dure depuis six mois

Kinshasa a officialisé sa candidature le 26 février 2026, plus d’un mois avant la clôture du dépôt, fixée au 3 avril à minuit, heure de Paris.

Juliana Amato Lumumba, fille de Patrice Lumumba, premier Premier ministre congolais, revendique une trentaine d’années en gouvernance publique, diplomatie culturelle et coopération internationale. Formée à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, elle a été vice-ministre puis ministre de la Culture entre 1997 et 2001, avant de diriger le secrétariat général de l’Union des chambres de commerce africaines, au Caire, de 2007 à 2015. Elle s’exprime en français, en arabe, en anglais, en lingala et en swahili.

La RDC n’est pas une nouvelle venue dans l’organisation. Elle a accueilli le XIVe Sommet de la Francophonie à Kinshasa, les 13 et 14 octobre 2012, dont sont issues la Déclaration de Kinshasa et une série de résolutions. Aucun Congolais n’a en revanche jamais occupé le secrétariat général depuis la création du poste en 1997, exercé successivement par Boutros Boutros-Ghali, Abdou Diouf, Michaëlle Jean et Louise Mushikiwabo.

Depuis février, sa campagne s’est déployée sur plusieurs fronts. Elle a défendu à Paris, fin juin, une Francophonie économique. Elle a sollicité le Québec, membre à part entière de l’organisation et poids lourd de son financement. L’audience de Phnom Penh prolonge cette séquence, cette fois vers l’Asie du Sud-Est, où la Francophonie compte le Cambodge, le Laos et le Vietnam.

L’argument de fond que Kinshasa met en avant tient à son poids démographique. Avec plus de cent millions d’habitants, la RDC est le pays le plus peuplé de l’espace francophone, et la première population de langue française au monde. C’est cette asymétrie entre le poids démographique et l’absence de tout secrétaire général congolais en vingt-neuf ans que la campagne congolaise met en avant sous le mot de « renouvellement » employé par la dépêche du 25 août. La secrétaire générale sortante défend, elle, la continuité d’une action engagée depuis 2019.

La RDC compte par ailleurs sur son antériorité institutionnelle. Elle est membre de l’organisation depuis les origines de la coopération francophone, et Kinshasa a porté une déclaration et des résolutions adoptées par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement en 2012.

Trois éléments restent à établir. La réponse du Cambodge, que la dépêche congolaise ne mentionne pas : le communiqué rapporte une sollicitation, pas un engagement. Le nombre d’États ayant à ce jour publiquement apporté leur soutien à l’une ou l’autre des quatre candidatures, qu’aucune source ne recense. Et les modalités exactes du vote du 16 novembre, l’organisation ayant réformé la procédure de désignation sans publier le détail de la règle de majorité qui s’appliquera au sommet.

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B
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