RDC : la Revue annuelle des performances s’ouvre sur l’éducation numérique, à une semaine de la rentrée
Raïssa Malu a lancé le 25 août à Kinshasa les assises de la Revue annuelle des performances 2026, sur le thème de l'éducation numérique. Elles s'achèvent le 27, six jours avant la rentrée du 1er septembre.
RDC : la Revue annuelle des performances s’ouvre sur l’éducation numérique, à une semaine de la rentrée
AFP
Les assises nationales de la Revue annuelle des performances, édition 2026, ont été lancées le mardi 25 août à Kinshasa par la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu. Les travaux se tiennent jusqu’au 27 août, sous le thème « Éducation numérique : vers un système éducatif moderne, actif et citoyen ».
À l’ouverture, la ministre d’État a demandé aux participants de tirer les leçons de l’année scolaire 2025-2026 et de retenir un nombre limité de priorités pour 2026-2027, en privilégiant des décisions concrètes, mesurables et assorties d’un mécanisme de suivi. Elle a insisté sur la nécessité de consolider les recommandations issues des travaux préparatoires dans un cadre unique de suivi, en cohérence avec le Plan quinquennal 2024-2029. Les assises doivent déboucher sur un plan d’action précisant les priorités, les responsabilités, les échéances et les indicateurs de suivi pour l’année scolaire qui s’ouvre.
Le calendrier de l’exercice n’est pas neutre. La rentrée est fixée au mardi 1er septembre 2026 : les conclusions de ces trois jours porteront donc sur une année scolaire qui commence six jours plus tard.
Ce que l’édition précédente avait produit
La Revue annuelle des performances est un rendez-vous récurrent du ministère. L’édition 2025 s’était tenue du 26 au 28 août 2025 au Lycée Sacré-Cœur de Kinshasa, sous un autre thème : « Gouvernance, qualité et citoyenneté : transformer l’école pour bâtir une RDC résiliente et inclusive ». Elle avait réuni les acteurs des soixante divisions provinciales de l’éducation, et son programme portait sur l’évaluation des performances, l’actualisation de la carte scolaire et le suivi des réformes.
Raïssa Malu y avait fixé l’horizon : « notre objectif ultime d’ici 2029 est de faire du système éducatif du pays un modèle d’excellence en Afrique ». C’est ce même horizon que le Plan quinquennal 2024-2029 couvre, et auquel la ministre a demandé cette année de rattacher les recommandations.
Un an plus tard, le bilan public de ces recommandations n’a pas été rendu. C’est précisément l’objet de la demande formulée le 25 août : un cadre unique de suivi, avec des indicateurs. La formulation reconnaît en creux que les recommandations des éditions antérieures n’étaient pas suivies dans un dispositif unifié.
Le thème numérique face aux chiffres de la rentrée
Le choix de l’éducation numérique comme thème 2026 rencontre trois réalités documentées, qui donneront la mesure de ce que le plan d’action vaudra.
La première est budgétaire. La stratégie de l’éducation et de la formation en situation d’urgence, adoptée en janvier 2026, chiffre l’ensemble de ses besoins : « Le budget estimé pour la mise en œuvre de la SEFSU est de 824 198 072 USD sur cinq ans ». Sur cette enveloppe, la ligne consacrée à l’éducation et à la formation à distance s’élève à 11 253 730 dollars, soit 1,4 % du total, contre 286 070 400 dollars pour les kits d’apprentissage. Le numérique est, dans le propre document du ministère, la plus petite des lignes.
La deuxième est sanitaire, et elle rend le sujet immédiat. Pour cette rentrée, l’enseignement à distance a été instauré dans dix-huit zones classées à haut risque pour l’épidémie d’Ebola, la date du 1er septembre restant maintenue partout. L’éducation numérique n’est donc plus une perspective de modernisation : c’est déjà, dans ces dix-huit zones, le seul mode d’enseignement disponible à la rentrée.
La troisième est sociale. La part de l’éducation dans le budget national est passée de 14 % en 2025 à 12 % en 2026. Et le 6 août, en assemblée générale à Kinshasa, la Synergie des syndicats d’enseignants a appelé à refuser la reprise du 1er septembre sur toute l’étendue du territoire, en réclamant un salaire mensuel de 500 dollars et la mécanisation des enseignants non payés. Un plan d’action numérique adopté le 27 août devra composer avec un corps enseignant qui menace de ne pas ouvrir les classes cinq jours plus tard.
À ces trois contraintes s’ajoute le socle du problème. L’UNICEF évalue à 7,6 millions le nombre d’enfants de 5 à 17 ans non scolarisés en RDC. La loi-cadre du 11 février 2014 dispose pourtant, à son article 76 publié au Journal officiel, que « La gratuité s’applique également aux manuels et fournitures scolaires ». La deuxième phase des inscriptions en classes de recrutement s’est close le jour même de l’ouverture des assises.
Le décalage se lit aussi dans la géographie des besoins. Une semaine avant l’ouverture des assises, le 24 août, le Réseau des ONG de défense des droits des déplacés internes réclamait depuis le Kwango des kits scolaires et des modules de rattrapage accéléré pour des enfants déplacés du Nord-Kivu, du Maï-Ndombe, du Kwilu, de l’Ituri et de Kinshasa. La stratégie d’urgence adoptée en janvier prévoit précisément 113 883 864 dollars pour les cours de récupération, la remédiation et les centres de rattrapage scolaire, soit dix fois la ligne numérique. Le plan d’action attendu le 27 août arbitrera, de fait, entre ces deux priorités.
Trois éléments diront ce que cette édition aura produit. Le contenu du plan d’action arrêté le 27 août, avec ses indicateurs et ses échéances, que le ministère s’est engagé à publier. Le taux d’exécution des lignes numériques de la stratégie d’urgence, jamais rendu public à ce jour. Et le sort des dix-huit zones sous enseignement à distance, seul endroit du pays où l’éducation numérique sera évaluée par les faits dès la première semaine de septembre.
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